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Crime

Retour des attentats suicides en Tchétchénie ?

La Tchétchénie n'avait pas fait parler d'elle pour terrorisme depuis que les militants islamistes ont menacé et échoué à perturber les Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi. Mais dimanche, un kamikaze s’est fait sauter à Grozny.
12.10.14
Photo Musa Sadulayev/AP

La Tchétchénie, déchirée par la guerre contre le terrorisme en périphérie Sud de la Russie, était relativement tranquille depuis que les militants islamistes ont menacé et échoué à perturber les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi plus tôt cette année.

Mais dimanche, un kamikaze s'est fait sauter à Grozny, capitale tchétchène, tuant cinq personnes et en blessant douze autres, selon l'agence de presse contrôlée par le gouvernement RIA Novosti.

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Le kamikaze, Opti Mudarov, dix-neuf ans, a déclenché la bombe alors que la police l'avait arrêté avant qu'il n'entre dans une salle des fêtes hébergeant un concert donné en l'honneur du Jour de la ville, une fête locale.

La date de l'explosion est évidemment symbolique. Le Jour de la ville a lieu le jour de l'anniversaire du président tchétchène Ramzan Kadyrov, un ancien rebelle qui a changé de bord et est devenu un allié proche du président russe Vladimir Poutine.

Ramzan Karyrov dirige la république semi-autonome tchétchène d'une main de fer avec l'aide de Vladimir Poutine, qui a dépensé des millions de dollars pour reconstruire Grozny après que les forces russes ont rasé la ville pour écraser les deux rébellions qui éclatèrent contre Moscou dans les années 90.

Oui, il y a des combattants tchétchènes en Ukraine, et personne ne sait qui les y a envoyés. Lisez-en plus ici (article en anglais).

Des défenseurs des Droits de l'homme ont accusé Ramzan Kadyrov et ses partisans de torturer leurs ennemis, de tuer des journalistes, et de diriger des escadrons de la mort. Il lui est arrivé de dire que les crimes d'honneur étaient acceptables puisque les femmes sont la propriété de leurs maris.

D'une manière caractéristique, Ramzan Kadyrov a annoncé qu'il éradiquerait et punirait les individus à l'origine de l'attaque.

« Ces diables ont dévoilé leur véritable visage. Nous leur montrerons que ce qu'il font n'a pas sa place sur ce sol » a t-il déclaré à RIA Novosti. « Tous ceux impliqués dans cette attaque seront découverts et détruits ».

« Tous ceux impliqués dans cette attaque seront découverts et détruits ».

On ne peut pas établir de connexion ferme entre les attaques et l'agression russe en Ukraine et en Crimée, dans lesquelles des musulmans tatars s'opposent au gouvernement de Moscou, ou encore avec l'expansion de l'État Islamique en Irak et en Syrie, avertit Jeffrey Mankoff, un expert russe du Centre d'études stratégiques et internationales. Mais l'explosion va à l'encontre de la tendance d'apaisement prévalante à Grozny, à l'opposé de la violence croissante dans le Daghestan et l'Ingouchie voisins.

Il y a sept ans, en dépit de la répression russe à l'encontre des séparatistes, le cerveau de la terreur tchétchène Doku Umarov avait déclaré l'établissement d'un émirat caucasien dans la région. L'année dernière, arguant que les Jeux Olympiques se dérouleraient sur « les os de nos ancêtres », il avait appelé à des attaques contre l'évènement sportif. Des responsables russes ont affirmé l'avoir éliminé quelques mois après.

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Faites la connaissance du dingue russe qui détruit prétendument la NASA. Lisez-en plus ici (article en anglais).

Alors que les fidèles de Doku Umarov ont attaqué avec succès des trains et des bus à Volgograd, une ville à environ neuf cent soixante kilomètres de Sotchi, et qu'une femme « veuve noire » tchétchène est suspectée d'avoir infiltré l'organisation des Jeux, ceux-ci se sont déroulés sans problème.

Mais il semble que les terroristes tchétchènes sont de retour.

« Le fait que cela se soit passé à Grozny est significatif » analyse Jeffrey Mankoff. « Pendant les Jeux et avant, le gros des attaques se sont déroulées en dehors de Tchétchénie. Ramzan Kadyrov a mis un frein à ce qui se passait dans son fief même alors que la situation sur le terrain dans le Caucase du nord devenait de pire en pire ».

La manière dont le kamikaze Opti Mudarov a disparu pendant deux mois est également inquiétante. Personne ne sait où il s'est rendu, mais l'expert russe connaît un endroit où il aurait pu être radicalisé.

« Il y a un nombre assez significatif de tchétchènes qui combattent en Syrie » affirme-t-il. « Kadyrov, Poutine et d'autres ont exprimé des inquiétudes. À un moment donné, ils [les combattants tchétchènes de l'État Islamique] vont revenir, et il va y avoir une sorte de refoulement. Pour ce qui est de savoir si [l'attaque de dimanche] est un exemple de ce refoulement, nous l'ignorons ».

Suivez John Dyer sur Twitter : @johnjdyerjr