Le numéro Embuscade

Une boîte de sushis avec Vince Staples

Le rappeur californien de 23 ans nous a parlé de son nouvel album, « Big Fish Theory ».
14.4.17

Cet article est extrait du numéro « Embuscade ».

Vince Staples ne peut pas s'empêcher de digresser. Même s'il n'avait manifestement aucune envie de se mettre en avant et qu'il s'était montré réticent à l'idée de parler de la relation qu'entretiennent les musiciens avec l'argent, il s'est finalement fendu d'un petit aparté. « Les rappeurs sont tous les mêmes. Ils disent tous : "Je suis un putain de riche. Tu veux être riche, toi aussi ? Mate ma Bentley''. Dans ces moments-là, je me dis : ''Ouais, ta caisse est dégueulasse. Cette bagnole est affreuse. » Il s'est arrêté quelque temps avant de poursuivre, non sans une pointe d'énervement : « Et tu sais à quel point cette voiture consomme ? À mes yeux, elle ne vaut pas son prix. »

Il s'est exprimé avec le ton d'un connaisseur, qui aurait déjà comparé les avantages des voitures de luxe présentes sur le marché – ce qu'il a probablement déjà dû faire. Pourtant, nous avons tous les deux l'accoutrement d'une personne qui ne peut pas vraiment se permettre d'acheter une telle voiture – à savoir un jean noir et un sweat de la même couleur, ceinturé par un bout de tissu excessivement long. « Tout le monde parle des voitures électriques maintenant, a-t-il ajouté. Autant se choper une Fisker, c'est le même prix. Lâche un peu de blé. Sauve la planète. En plus, pas besoin de payer d'essence ! ».

J'ai laissé échapper un petit rire, faute de trouver un moyen pertinent de poursuivre cette discussion, avant d'embrayer sur un autre sujet que Staples ne souhaitait pas évoquer. Je ne l'ai pas réalisé au moment de notre entretien – durant lequel nous avons partagé des sushis sur le toit d'un studio hollywoodien –, mais avec du recul, je me dis qu'il doit être habitué à ce genre de conversation déséquilibrée. Après tout, il était très clairement la personne la plus charismatique et spirituelle d'entre nous deux. Ses traits d'esprit sont d'ailleurs devenus sa marque de fabrique – que ce soit lorsqu'il insulte des abrutis sur Twitter, lorsqu'il réalise des courtes chroniques pour GQ, ou lorsqu'il se moque des marques prêtes à le payer pour un concert. Son charisme, pourtant indéniable, est plus difficile à repérer au premier abord ; probablement à cause de son côté grincheux. Son emprise sur les gens ne se mesure pas uniquement à sa capacité à susciter l'enthousiasme, mais plutôt à sa capacité toute particulière à aller droit au but. Qu'il le veuille ou non, Staples ne peut s'empêcher d'attirer l'attention sur lui. Il s'avère que ce n'est pas une qualité aussi enviable qu'on pourrait le penser – même pour un artiste.

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