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Que se passe-t-il lorsque l'on a ses règles dans l’espace ?

Indice : On ne peut utiliser qu'un seul des WC de la Station Spatiale Internationale.

Stephanie Wilson, Naoko Yamazaki, Dorothy Metcalf-Lindenburger et Tracy Caldwell Dyson sur l'ISS en 2010. Photo : NASA

Pour les femmes astronautes, la gestion des menstruations peut se transformer en véritable cauchemar. « La Station Spatiale Internationale est une sorte de boite de conserve géante. L'hygiène est une notion toute relative ici, et l'eau non destinée à la boisson est rationnée, » explique le Dr. Varsha Jain, « gynécologue de l'espace » et chercheuse au Centre de physiologie humaine appliquée à l'espace au King's College de Londres.

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De plus, seul un WC sur les deux que compte la station peut recueillir du sang, qui est traité comme un contaminant, explique-t-elle. (L'autre recycle l'urine afin de la transformer en eau propre à la consommation.) « D'un point de vue pratique, changer de tampon ou de serviette dans un environnement en microgravité où les objets flottent librement peut vite devenir très compliqué, » poursuit Jain, qui a passé une partie de l'année à Houston où est basé le centre d'entrainement des astronautes, au Centre Spatial Johnson de la NASA.

Dans une nouvelle étude publiée dans le journal npj Microgravity, Jain examine la façon dont les femmes astronautes peuvent supprimer leurs règles, si elles le désirent.

« Il est important de comprendre que c'est un choix tout à fait personnel, » explique-t-elle. « La NASA ou l'Agence Spatiale Européenne ne réglementent pas ce genre de choses. » Néanmoins, avant de partir en mission, ces femmes doivent se plier à un entrainement rigoureux, intensif et quasi ininterrompu. Plongée en eaux profondes, exercices de survie, etc., autant d'activités a priori peu compatibles avec les menstruations.

Les études sur les effectifs militaires montrent que les femmes désirent généralement supprimer leurs règles lorsqu'elles sont en mission. Cela ne serait pas étonnant que ces résultats soient transposables aux femmes astronautes, un groupe très peu étudié jusque-là.

Généralement, ces femmes optent pour la prise de pilule en continu, explique Jain. « Toutes ne sont pas persuadées que les femmes doivent absolument avoir leurs règles chaque mois. Les opinions varient considérablement sur ce sujet, et dépendent généralement de facteurs sociaux, » explique l'étude. « Cependant, la suppression des règles est de plus en plus populaire, et de plus en plus commune. » Au lieu de prendre la pilule pendant trois semaines consécutives, puis de l'interrompre afin de déclencher ce que l'on appelle des saignements de privation, ces femmes prennent leur pilule durant toute la durée de leur cycle.

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Cependant, emmener un énorme stock de pilules dans l'espace n'est pas un choix beaucoup plus pertinent que les serviettes hygiéniques. Pour une mission de trois ans qui l'emmènerait vers Mars, une femme devrait emmener 1100 pilules avec elle, ce qui contribuerait à l'encombrement du vaisseau.

La prise de pilule contraceptive augmente également le risque de formation de caillots dans les jambes ou les poumons, même si aucune astronaute n'a connu d'accident similaire jusqu'à présent. « Elles sont généralement très en forme physiquement, et ce genre de problème est rare dans une population de femmes en parfaite santé, » précise l'étude.

De fait, peu de femmes sont allées dans l'espace jusqu'à présent, fait remarquer Jain. Sur les 543 astronautes en activité depuis 1961, seulement 11% étaient des femmes. Nous ne savons pas si de tels problèmes de santé pourraient apparaître sur une population de femmes astronautes plus large.

« L'échantillon de femmes ayant visité l'espace est très petit, » explique-t-elle. « Quand les vols commerciaux se multiplieront, » le problème pourrait commencer à apparaître, surtout chez les femmes qui ne sont pas en aussi bonne santé que leurs camarades des corps d'astronautes d'élite.

Les contraceptifs durables et réversibles, comme les DIU ou les implants, n'ont pas encore été étudiés chez les astronautes. Ils pourraient constituer une bonne alternative à la pilule, mais les médecins ne savent pas si les vibrations intenses provoquées par le décollage et l'atterrissage de fusées pourraient les endommager ou les déplacer.

Jain estime qu'il faudra mieux informer les femmes astronautes sur les possibilités qui s'offrent à elle en termes de contraception et de suppression de leurs règles en vue d'une mission. Ce serait idiot de se retrouver coincée sur Mars sans tampon sous la main.