De gauche à droite : Lee Spencer, Cayle Royce, Nigel Rogoff and Paddy Gallagher | Photo de Ben Duffy
« L'avantage de mes blessures, explique-t-il, c'est que, puisque j'ai perdu mes deux jambes, je tire sur les deux avirons de manière égale, même si pour moi tout est dans les épaules et le dos. Les autres ont des problèmes de dos parce qu'il ne tirent pas à force égale sur les deux avirons, et Nigel a eu du mal parce qu'il souffre d'une paralysie partielle à sa bonne jambe, ce qui fait qu'il avait un très mauvais équilibre. »
« Je gisais par terre avec ma jambe qui pendait, je me vidais de mon sang, se rappelle Spencer. Un mec, rastafari, Frank Sabindi, m'a fait un garrot à la jambe pendant que sa fille était debout sur mon artère fémorale. Sans eux je serais mort. Un ami à moi m'a envoyé un petit porte-clé avec une figurine rastafari tricotée et je me suis dit que ce serait cool de l'emmener avec moi. »
Royce poursuit l'histoire : « Les rafales nous faisaient dériver dangereusement vers le sud. Je me suis mis à penser, réellement, qu'on n'allait jamais arriver à l'île d'Antigua. On progressait toujours vers l'ouest, mais on serait probablement arrivé au Mexique. »
L'émotion était bien sûr à son comble. « Ça a toujours été un rêve de gosse de ramer en plein océan, savoure Gallagher. Accomplir ce rêve avec une blessure comme la mienne véhicule un message fort. Je suis ému et très reconnaissant d'en avoir eu l'opportunité. »
Le plus beau, c'est que Row2Recovery est arrivé huitième au classement sur les 26 équipes, prouvant ainsi qu'on n'a pas besoin d'avoir ses deux jambes pour réaliser quelque chose d'exceptionnel.« Quand on s'est embarqué dans cette aventure, on ne savait pas vraiment si c'était possible ou pas, conclut Royce. Ça nous a redonné vachement de confiance en nous de réussir ce défi et de prouver que, oui, on peut tout à fait courir contre des équipages valides et vivre des aventures épiques. On s'est prouvé à nous-mêmes, mais aussi au reste du monde, qu'il y a une vie après la blessure. »A lire aussi : Comment le sport m'a aidé à surmonter mon handicap