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A 21 ans, Jimmy Vienot veut mettre à l'amende tous les Thaï

On a suivi le plus grand espoir français de boxe thaï lors de son dernier combat, au mois de septembre à Paris. Et les combattants thaïlandais ne lui ont pas résisté.

par Frédéric Jasseny
11 Octobre 2016, 9:30am

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En boxe thaï, il y a les carrières construites avec le temps, les longues ascensions marche après marche. Vers la trentaine arrivent alors les combats pour le titre, face aux meilleurs combattants thaïlandais. Pour Jimmy Vienot, c'est tout l'inverse. A seulement 21 ans, il veut les meilleurs au monde. Tout de suite. Surtout les Thaïlandais.

17 septembre au Cirque d'Hiver, dans le 11e arrondissement de Paris, Jimmy Vienot est en combat vedette du très select gala de muay thaï Wicked One Duel. Son adversaire, Yodpayak Sitsongpeenong, est le champion en titre du mythique Lumpinee à Bangkok. Un crack.

Jusqu'en janvier 2017, c'est trois Thaïlandais de très haut niveau que va affronter Jimmy. Après Yodpayak, suivront Tengneug "Super X" en octobre et Sudsakorn en janvier 2017. Trois terreurs des rings en cinq mois. Et comme si cela ne suffisait pas, un combat pour une ceinture de champion du monde à l'anniversaire du Roi en Thaïlande en décembre 2017, et quelques combats dans les règles du kickboxing, sont aussi au programme. En cas de victoire, Jimmy prendra une tout autre dimension à l'échelon international. En moins d'un an, il passerait d'espoir à star établie du muay thaï.

Dans le milieu, certaines voix soutiennent que le Montpelliérain risque de brûler les étapes. Mais Jimmy balaie d'un trait les critiques : « Pourquoi j'attendrais ? Il n'y a rien entre nous. J'ai battu beaucoup de Français, beaucoup d'Européens... Si je ne vais pas les chercher vers qui je vais me tourner ? » Être sur le ring devant des stars incontestées de la discipline n'est pas une fin en soi. Jimmy pense à la suite. Le Cirque d'Hiver n'est qu'une étape. « Vu que j'ai battu quasiment tous les Français de ma catégorie, la seconde étape c'est de battre les Thaïs, mais aussi les meilleurs Russes... Je veux tous les battre pour être le numéro un. »

Dans les vestiaires du Cirque d'Hiver, le champion et son entraîneur Dédé Thibault se préparent une heure avant d'être appelés dans le carré. Jimmy intériorise tout. Aucune information ne filtre de son regard, de ses gestes. A 21 ans et du haut de son mètre 85 pour 72 kilos et de sa gueule d'ange, rien n'indique qu'il a déjà derrière lui une carrière riche de 66 combats, pour 54 victoires dont 26 par K.O. Il conserve le même visage, froid, impassible, fermé. On en vient à se demander s'il ressent du stress avant de passer entre les cordes. « La dernière fois que je l'ai vu stresser, c'est quand il a combattu chez lui à Montpellier, précise son entraîneur. Aujourd'hui il n'est pas particulièrement stressé. C'est rien pour lui. Il a déjà affronté des Pakorn, Yodwicha, qui sont vraiment des numéros 1 en Thaïlande. Là, c'était autre chose... » Simple étape donc. La ceinture de Champion du Lumpinee de leur adversaire n'a absolument pas l'air de les impressionner. Si le game plan est respecté ce sera une simple victoire de plus.

Mais à chaque combat, une nouvelle stratégie. Ses principales armes sont les mêmes : un gros mental, des genoux destructeurs et une explosivité rare, surtout dans ses coups de pieds. Ce soir, son entraîneur depuis ses débuts à 13 ans, reste prudent. « C'est un secret », dit-il, en prenant soin de fermer le rideau qui les sépare du camp du Thaïlandais. A ce niveau de la compétition, aucun indice sur la stratégie ne doit filtrer. Très peu de mots fusent de la part du coach. Yodpayak, et les Thaïlandais de manière générale, sont moins mobiles que les Européens mais « plus durs », ils cherchent à « faire mal sur un coup » et « surtout au corps-à-corps ». Dédé observe son protégé balancer des coups dans le vide en guise d'échauffement. La cinquantaine de personnes présentes dans le vestiaire ne semble pas exister. Jimmy continue en ajoutant les jambes, puis les coudes, les genoux. Concentré. « J'ai tout de suite vu ses qualités. Dès le début, il venait à tous les entraînements trois fois par semaine », commente le coach.

Jimmy passe la seconde et délivre de puissants coups dans les cibles en cuir. Toujours en conservant une distance suffisante. C'est peut-être la clé du combat. Là encore pas de grands discours. Le coach martèle la stratégie, mais tout bas. L'élève écoute religieusement.

C'est son tour. Le Montpelliérain pénètre dans l'arène du Cirque d'Hiver très sûr de lui. Les mains sont déjà levées, comme si la victoire ne faisait aucun doute. A genoux au milieu du ring, le combattant thaïlandais entame un ram-muay. Ce soir, il vole presque la vedette à Jimmy. Il attire tous les regards. La danse symbolique destinée à remercier son entourage et les Dieux, prend fin. Premier coup de gong.

Jimmy applique sa stratégie en prenant des risques mesurés. Pas la peine de se rapprocher du Thaï, dangereux au corps-à-corps. Les mains sont très hautes. Le bras arrière touche avec précision, en ligne. S'il ne prend pas l'initiative, Jimmy remise très vite. « Oui, continue comme ça », balance Dédé.

La détermination ne le quitte pas. Il sait exactement ce qu'il fait ici, entre quatre cordes. « Dès que j'ai commencé la boxe, à 13 ans, explique Jimmy, j'ai voulu prendre les meilleurs. J'ai toujours été comme ça. Depuis tout petit, je veux être le meilleur dans mon domaine. J'ai toujours combattu dans ma vie, que ce soit en judo dès l'âge de 4 ans ou même à l'école. Mais le judo n'était pas assez complet pour moi. La boxe thaï, c'est le sport en pieds-poings debout le plus complet. C'est pour cela que je l'ai choisie. »

Chaque combat est différent, « il faut s'adapter à chaque fois. » Jusqu'au 4e round, Jimmy domine totalement les échanges. Avec des enchaînements en boxe anglaise, simples et efficaces, il touche à plusieurs reprises. Il se décale presque automatiquement pour sortir des griffes de Yodpayak. Le Thaï est systématiquement hors distance. Ne reste plus qu'à le marteler de kicks avec une jambe arrière très lourde. Yodpayak se montre plus agressif à partir du 4e round. Mais Jimmy se protège et réplique. La vigilance et la puissance des contre-attaques lui assurent là encore l'avantage.

A l'appel du 5e round, Jimmy a l'air éprouvé. Il faut alors trouver les ressources pour repartir au combat. C'est à ce moment précis que le quotidien de boxeur ressurgit, consciemment ou pas. « C'est un tout, les régimes, les heures d'entraînement. Le dernier jour avant le combat, le régime est vraiment dur. Faut pas manger. J'ai juste droit à un verre d'eau et un yaourt. Il faut se lever tous les jours le matin, parfois pour faire du fractionné. Aller tous les jours à la salle. Tout est dur. »

A l'image d'autres Français qui ont percé, il s'entraîne "à la thaï". Cinq heures par jour réparties en deux entraînements, tous les jours. Le combat n'est que la partie visible, la récompense. Alors il ne faut surtout pas lâcher. Surtout pas avant le dernier round où le Thaï va tout donner.

Jimmy demande à son entraîneur s'il est devant au pointage. « Oui mais soit prudent, on ne sait jamais », répond Dédé.

Dernier coup de gong. Il prend quelques risques en acceptant de combattre à mi-distance, là où le Thaï pourrait refermer ses griffes sur lui. La garde est un peu moins compacte. On craint le contre. Mais cette fois, c'est la rage du Français qui va faire la différence. Au mental.

Ce 17 septembre au soir, Jimmy Vienot a passé un cap. Il a résolu l'équation thaïe en se permettant même de briller en touchant très nettement. Meilleurs déplacements, meilleur coup d'œil, stratégie appliquée à la lettre. Le Thaï n'a pas pu s'installer au corps-à-corps. On sait maintenant que Jimmy Vienot a une boxe anglaise précise et puissante. Nouvelle corde à son arc.

Rapide sourire esquissé à l'annonce du vainqueur. Un nom de plus à la liste de ses victimes. Mais pas le temps de parader, il pense déjà à la suite : « Au niveau de la garde, il faudrait être un petit peu plus serré, envoyer plus de poings et être encore plus dur au corps-à-corps. Sinon, pour le reste ça va. » Même s'il a touché à plusieurs reprises en direct du bras arrière, l'élève se remet en question. « Je dois en faire encore plus. J'ai beaucoup esquivé mais je dois toucher encore plus avec mes poings. Mais je l'ai vraiment bloqué. J'ai annulé son corps-à-corps. »

Il faut déjà passer à autre chose, repartir au charbon. Pour Jimmy, le muay thaï a toujours été beaucoup plus qu'un sport, ou un loisir. « Je ne fais rien du tout à part la boxe. Mon travail, c'est le combat. J'ai arrêté les études dès mon passage chez les professionnels. Elles ne me passionnaient pas du tout. J'ai arrêté à 17 ans après avoir eu mon CAP en carrosserie. De là, mon entraîneur m'a fait passer à deux entrainements par jour. J'en ai parlé à mes parents et je me suis dit c'est parti. Mon seul métier reste la boxe.»

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Son parcours hors norme questionne. Jimmy a la dalle et on ne sait absolument pas quand est-ce qu'il sera rassasié. S'il continue sur sa lancée, il pourrait supprimer toute concurrence dans un futur proche. Il faudra alors un nouveau défi. Encore très jeune, tout est possible. Et pourquoi pas en MMA ?

« C'est mon prochain objectif. Je commence déjà à m'entraîner. La boxe thaïe, j'en vis mais pas assez bien. C'est important pour moi. Avec juste 3 000 euros par mois, il n'y a pas de quoi être bien. Je me lancerai en MMA pour être champion UFC. C'est mon but. Je n'ai pas le choix de toute façon.»

Mais le prochain gros défi c'est toujours en muay thaï : le 29 octobre contre Tengneug "Super X" en vedette de la soirée "Best of Siam 9" à Paris. Contre un Thaï qui, cette fois, possède de bons poings, des coudes efficaces et qui peut mettre K.O. n'importe qui, tout est à refaire.

Fred aime les sports de combat et il en parle plutôt bien sur son site Internet.

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