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Mon meilleur ami me surnomme souvent "Madame Seum". Cette photo lui donne raison. PHOTO VICE FRANCE. 
Life

J'ai passé une journée dans mon ancien lycée à Aulnay-sous-Bois

Et je suis bien contente de ne plus devoir y aller.
Justine  Reix
Paris, FR
10.3.21

Je suis entrée au lycée en 2010. J’y ai rencontré des personnes que je peux maintenant appeler des amis. J’y ai décidé de me mettre au travail. J’y ai passé de bons moments, mais je n’ai jamais eu aussi hâte d’en partir et d’entrer à l’université pour me rapprocher un peu plus de mes aspirations professionnelles. Certains professeurs m’ont soutenu dans mon projet de devenir journaliste tandis que d’autres n’ont pas hésité à en rire et dire devant toute la classe que c’était impossible (non pas que j’étais mauvaise élève mais simplement que c’était inaccessible pour des gens comme nous). Avec la profonde envie de leur montrer qu’ils avaient tort et étant probablement un peu sadomasochiste, j’ai décidé d’y retourner le temps d’une journée comme élève. Et croyez-moi, le lycée est beaucoup plus dur que votre job de bureau.

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***

La veille, je passe une demi-heure à chercher les vêtements que je vais porter. Faut-il mettre des fringues d’époque ? Des vêtements que je mets quand je suis détendue pour faire plus jeune ? Quelque chose de plus classe et mature pour imposer le respect devant des anciens profs ? Mon choix se porte sur la dernière proposition. Col roulé, bottines à talons, pantalon de tailleur. Super, j’ai l’air d’une prof. Je me demande vraiment si les styles ont évolué. À mon époque, toutes les filles populaires portaient un sac Longchamp (ma phobie), des talons hauts de Forever 21 et un gros trait de liner dramatique sur les paupières. J’imagine déjà des élèves biberonnés et matrixés par Tiktok, mais peut-être sont-ils déjà trop vieux pour ça.

Pour être dans le bain, je retourne chez ma mère, le temps d’une nuit. Dans ma chambre d’ado, le soir, je prépare mon sac pour le lendemain et regarde mon poster avec la citation “To be able at any moment to sacrifice what you are to what you will become” (être capable à n’importe quel moment de sacrifier ce que tu es pour ce que tu vas devenir). Ok, mais en attendant 8h15 pour un premier cours, ça fait tôt quand même. Ma mère prend rapidement ses anciennes habitudes de maman poule et me prépare une pochette remplie de masques et une bouteille d’eau pour ma journée de cours. Elle me propose un snack que je décline.

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Le lendemain, je me traîne devant ma tasse de thé. Avec le télétravail, je ne suis plus habituée à me presser le matin. D’un coup, je pense au bus que je dois prendre. Pour me remettre dans les conditions, j’ai décidé d’aller en cours comme à mon époque. Ma mère se fout clairement de moi en me souhaitant bonne chance pour le cours de maths de l’après-midi. Je jette un dernier coup d’oeil à ma petite Clio blanche garée en face de chez moi. Je vais regretter de ne pas y aller avec.

Sur le chemin pour l’arrêt de bus, je me sens tout à coup nostalgique. J’ai pris tellement de fois ce chemin. Ce quartier d’Aulnay est mignon, tout est très désuet, on se croirait (presque) dans un village. J’attends patiemment le bus. Je scrute le fond de la rue qui s’étend sur plusieurs kilomètres, comme je l’ai fait des centaines de fois et je plisse les yeux à la recherche du 615. Est-ce le bus ou une hallucination que je vois tout au fond ? C’est bien lui. Une fois à l’intérieur, je remarque le nombre de lycéens dedans. Il n’y a pas foule comme à son habitude, probablement parce qu’il est encore un peu tôt.

« On nous distribue ensuite des polycopiés, rien que le mot me fait sourire »

La nostalgie se mue en vent de panique. Qu’est-ce qui m’a pris de faire ça ? La grande majorité d’entre nous ne voudrait pas retourner au lycée même contre quelques billets. Le prof qui est supposé m’accueillir à l’entrée du lycée m’envoie un message pour me prévenir de son retard en raison du RER B. Original. Je le plains de devoir faire ce chemin tous les jours. C’est donc la nouvelle directrice, très sympathique, qui me fait entrer dans l’établissement.

Au premier abord, rien n’a changé. Seule grande différence, un bâtiment préfabriqué installé au fond du lycée pour gagner en place. On me guide vers la salle des profs pour me présenter à celui qui me donnera mon premier cours de la journée. J’entre dans le saint des saints pour la première fois. Étonnamment, l’ambiance est décontractée, tout est propre et bien rangé. Je pars tout de suite en classe avec mon prof d’anglais.

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Anglais de 8h15 à 9h15

Covid oblige, ce cours se tient en effectifs plus que réduits. Nous sommes 7 élèves. Je suis arrivée et je n’ai pas particulièrement de difficultés en anglais, je suis sereine. Le prof commence par une interrogation orale pour vérifier si le cours précédent a bien été appris. Lorsqu’il annonce ce mini-contrôle, je lis la surprise dans le regard d’un garçon. À son passage, il ne connaît aucune réponse. On nous distribue ensuite des polycopiés, rien que le mot me fait sourire. Le prof est relativement jeune, je vois que j’ai vieilli parce que je ne peux m’empêcher de m’identifier à lui.

Entre le Covid, ces demi-groupes et la réforme, les élèves n’ont plus de classe. À chaque cours, ils changent de camarades, ce qui les empêche de bien s’intégrer et de forger des amitiés durables. Je ne peux m’empêcher de penser à ma meilleure amie, rencontrée en seconde. Nous avions toutes deux des connaissances en arrivant au lycée et si nous avions pas été obligées de nous côtoyer tous les jours probablement que nous ne serions jamais devenues proches.

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Sur les feuilles, un article évoque un homme écrasé par une foule d’acheteurs lors du Black Friday et une photo d’une foule qui fait la queue. Les élèves sont mis en duo et chacun doit expliquer à l’autre son document. Le but : les analyser et trouver le sens caché derrière ces documents. Je remarque tout de suite un élève qui ne porte pas son masque et se contrefout de tout. Il parle en français et ne prend pas la peine d’essayer d’expliquer le texte auquel il ne comprend rien. Il prend en photo ce que sa camarade a écrit et le lit lors de son passage oral. Pour l’instant, rien n’a changé : le lycée reste le lycée. Le prof m’interroge, je réponds sans problème.

Histoire de 9h15 à 10h15

Pas le temps de souffler, il faut enchaîner sur l’histoire. Au programme aujourd’hui : guerre froide, guerre du Vietnam, Mao, nationalisation du canal de Suez… J’ai un peu de mal à suivre, j’ai complètement perdu l’habitude d’engranger des informations aussi denses en un temps aussi court. Comme pour l’anglais, je ne suis pas perdue mais certains points ont clairement disparu de ma mémoire.

Un élève résume le cours précédent. Avec son masque, je ne comprends qu’un mot sur deux. Les dates et événements historiques s’enchaînent, je commence à faire des petits dessins dans ma marge pour me concentrer (vraiment). Aucun manuel n’est posé sur les bureaux, au moins une bonne chose en comparaison à mon époque où on se cassait le dos avec. Un jour, alors que je courrais pour attraper le bus, les hanses de mon sac ont carrément lâché sous le poids des bouquins. Mon sac était foutu et j’avais loupé le bus. Je me souviens que j’avais grillé un gros “putain” dans la rue sous les regards consternés de petits vieux.

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Vers la fin du cours, je commence à avoir envie de regarder mon portable. Quelle maladie. Je n’ai rien à y faire et pourtant cet outil de malheur se rappelle à moi. Et si untel t’avait enfin recontacté pour l’interview ? Je jetterai bien un coup d’oeil à Twitter, ça se trouve j’ai loupé une info primordiale. La réalité, c’est qu’en tant qu’adulte on est très rarement obligé de lâcher son portable. Je réalise l’importance qu’il a pris dans ma vie en particulier en tant que journaliste. Et on a beau parler de ces gamins au lycée qui m’entourent atteint de nomophobie (peur d’être séparé de son portable), on n’est clairement pas mieux. Je résiste et continue de noter mes cours assidûment.

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Récréation

Je vais me promener un peu dans la cour, je trouve l’ambiance un peu morose. Il n’y a pas de cris d’élèves survoltés, probablement que la crise sanitaire ne doit pas être simple pour eux aussi. Je retourne dans la salle des profs et regarde les casiers à la recherche de noms familiers. Est-ce que je vais enfin pouvoir croiser cette fameuse prof qui nous racontait qu’on ne ferait rien de notre vie ? Sur la centaine de casiers, seulement deux me rappellent des souvenirs pas forcément très joyeux. Le lycée est envahi de jeunes profs ce qui n’est pas pour me déplaire. Je me souviendrais toujours de ces vieux enseignants prêts à nous rabaisser à la moindre occasion. La sonnerie retentit, il est temps d’aller en cours de philo.

Philosophie de 10h25 à 12h15

C’est probablement l’un des cours que j’attendais avec le plus d’impatience. J’ai adoré mes cours de philosophie à la fac, beaucoup moins au lycée mais j’espère bien retrouver ce plaisir. Le prof distribue d’anciennes copies et parle de Pronote. Voilà enfin un changement drastique avec ma période de lycée. Ce logiciel compile toutes les notes des élèves et sont accessibles aux parents. Terminée cette époque où il suffisait de froisser son contrôle en boule au fond de son sac pour ne plus jamais en entendre parler.

Je sens le stress sur le visage de certains élèves avant de recevoir leur explication de texte. Sur ma table, il y a les mêmes dessins “torturés” qu’à mon époque. Une sorte de fille manga immonde aux gros seins qui pleure du sang dont les yeux sont rayés avec écrit “broken”. Qu’est-ce qu’on peut être mélodramatique à cet âge-là. Ça me fait rire. On commence à noter la correction du devoir. Ça va vite, je n’ai plus l’habitude d’écrire autant, je commence à avoir mal.

Les quelques élèves qui participent sont drôles : « C’est grave dur de développer en philo m’sieur », raconte une fille qui crie sur tous les toits qu’elle a eu 8/20 au devoir rendu. Comme dans un open space, un rien peut nous déconcentrer. Ce matin, c’est la chanson Right Now d’Akon qui résonne dans la cour et nous fait tous tourner de la tête. Le prof dodeline aussi de la sienne en rythme avec la chanson, sourit et reprend.

« Il est difficile de tout écouter de A à Z, j’ai parfois des absences, je me perds dans un abysse sans pensées »

Un débat s’ensuit sur la différence entre croire et savoir. Je n’en perds pas une miette. Je suis rassurée, il reste encore un semblant d’études supérieures dans un coin de ma tête. Mais l’après-midi dédié aux sciences m’inquiète déjà. Une élève se pose beaucoup de questions et coupe sans arrêt le prof : « Quelle est la position de la religion par rapport aux Lumières ? » Le prof souffle doucement et lui demande d’attendre la suite de la correction. « Hey, mais moi je suis Descartes en pire » sort-elle en riant.

Au fond de la classe, deux jeunes chuchotent depuis le début du cours. Je me demande ce qu’ils se racontent. Vu les grands gestes que miment l’un des deux, je parie sur du sport ou l’animé Shingeki no kyojin. Après plusieurs réprimandes, le prof finit par les séparer et je pouffe derrière mon masque. On a l’impression de séparer deux âmes soeurs. Les deux se jettent un regard désespéré, celui qui a dû changer de place se retourne régulièrement vers son camarade perdu. Pour passer le temps, celui resté au fond commence à désosser sa souris blanco et joue avec les bandes plastiques qui en sortent. Rien n’a changé finalement.

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Le brouhaha ambiant me fatigue, je n’ai plus l’habitude de tout ce bruit et ces chuchotements. Au travail, quand mes collègues parlent trop, j’ai la possibilité de mettre mes écouteurs, là je dois me concentrer pour faire comme si de rien n’était. Il est difficile de tout écouter de A à Z, j’ai parfois des absences, je me perds dans un abysse sans pensées. Mais les réflexions sur l’état de nature de Rousseau me rattrapent et j’écoute à nouveau attentivement le cours. Avant la sonnerie, certains rangent déjà leurs affaires et mettent leur sac sur la table pendant que le prof donne encore son cours. Je trouve ça cruel. Maintenant que je suis adulte, je me mets à la place du prof. Mais lui, continue calmement jusqu’à la sonnerie qui marque l’heure du déjeuner.

Pause dej

J’avais tellement faim que j’en ai oublié de prendre une photo. Autrefois infecte, la cantine s’est clairement améliorée. Au choix : poulet grillé, poisson ou nuggets végétariens avec des patates. Nous n’avons qu’une heure pour déjeuner. J’enfourne le tout rapidement pour éviter d’arriver au cours prochain la bouche encore pleine.

Géopolitique 13h15-14h15

C’est probablement le cours qui m’intrigue le plus. Ces nouvelles matières lancées avec la réforme du bac permettent aux élèves de se créer une liste de cours personnalisés. Certains élèves sortent leurs ordis, autre grande nouveauté comparée à mon époque où le moindre écran nous était confisqué. En effet, les portables sont aussi autorisés dans l’enceinte du lycée du moment qu’ils sont rangés lors du début du cours. Elle est loin l’époque où il fallait se cacher dans les toilettes pour envoyer un sms ou sortir dans la cafétéria et se le faire confisquer par un surveillant.

« Je remarque qu’une fille a un sac Longchamp ! Comment cette mode a-t-elle pu survivre jusqu’en 2021 ? »

Le prof distribue des copies corrigées de bac blanc et débute son cours. Je suis fascinée par sa méthode. Sur le tableau, les éléments à voir lors de ce cours sont listés. Dès qu’une tâche est terminée, le prof rajoute un petit V à côté. Je l’imagine bien chez lui avec des piles de to-do list. Son cours est méthodique et très clair. Il fait participer activement les élèves. Plus tard, j’apprends qu’il a passé l’agrégation, je comprends mieux.

On analyse et critique un graphique sur les victimes du terrorisme dans le monde ces dernières années. Puis, le prof enchaîne sur une leçon sur la production et la diffusion des connaissances dans un monde cloisonné. Je ne m’y attendais pas mais c’est passionnant. Seul moment de déconcentration durant tout le cours. Je remarque qu’une fille a un sac Longchamp ! Comment cette mode a-t-elle pu survivre jusqu’en 2021 ? Il ne manquerait plus que des bottes Uggs et j’aurais presque l’impression de retourner dans ma classe de terminale L. La sonnerie me rappelle à l’ordre et je quitte avec regret ce cours pour aller à l’échafaud : le cours de physique-chimie.

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Les toilettes sont toujours aussi horribles.

Physique-Chimie 14h25 à 15h25

Le prof nous distribue un exercice à faire dans l’heure sur les matériaux semi-conducteurs. Le polycopié indique : “Si un atome si lie à un autre atome, des états d’énergie supplémentaires apparaissent. Lorsqu’un grand nombre d’atomes s’associent pour former un solide, les états d’énergie se multiplient et finissent par se chevaucher pour former des bandes d’énergies.” Je dois l’avouer, je ne comprends rien et je ne vois pas l’intérêt hormis pour des futurs ingénieurs et étudiants en prépa maths. Je pense que c’est ce qui m’a toujours frustré avec les sciences, j’ai toujours tout remis en question. Pourtant, je suis persuadée que certains se demandent aussi à quoi sert la philo.

« Mes paupières sont lourdes. Je redécouvre l’ennui, cela ne m’arrive plus jamais dans ma vie d’adulte »

Mes paupières sont lourdes. Je redécouvre l’ennui, cela ne m’arrive plus jamais dans ma vie d’adulte. Je regarde la pendule au-dessus du tableau. Je fais des petits points sur la marge de ma feuille. J’en profite pour regarder mes camarades de classe. Depuis ce matin, je remarque une mode chez les filles qui se veulent populaires, celle de porter son masque sous le nez. Une fille part chercher sa trousse qu’elle dit avoir oubliée à la cafétéria.

Devant moi, un grand brun vient s’asseoir à côté d’une blonde au pull rose bonbon. Les deux se dragouillent gentillement. Elle se moque du mec qui a du mal avec le devoir : « C’est super facile », lui targue-t-elle. Lui, répond : « Parle pour toi ». Je suis bien d’accord. Ça doit bien faire 20 fois que je relis la feuille. Plus je la relis, plus je me pose des questions. Les chuchotements des élèves me déconcentrent. Allez, j’essaye de lire une dernière fois le texte. Je commence à écouter les conversations à côté de moi. Comment est-ce possible de se concentrer avec tout ce chahut ?

Dans 25 minutes, ce sera encore pire, j’aurai cours de maths. Ma peur grandit. J’ai l’impression qu’aucun élève n’est perdu comme moi. Ah enfin la correction, le prof la projette au tableau. Je ne comprends toujours rien. Je commence à avoir sommeil. J’ai l’impression d’être projetée dix ans arrière. Alors qu’aux précédents cours, j’étais droite, les yeux rivés sur les profs, je m’enfonce maintenant dans ma chaise. Le dos courbé, j’ai envie de me cacher sous la table de honte. À la fin de l’heure, le prof demande si c’était dur et tous répondent en choeur “non”. Bon l’humiliation est totale. Ça sonne enfin. La fille partie chercher sa trousse revient seulement maintenant, elle devait être sacrément bien cachée cette trousse.

Mathématiques complémentaires 15h25 à 17h35

Le prof n’est pas au courant de ma venue. Épuisée et déprimée par le cours de physique, j’hésite déjà à l’idée de rester deux heures en classe. Je prévois mon coup à l’avance et ne lui précise pas combien de temps je dois rester. Il a l’air gentil, ça me rassure. Avant tout, je dois déjà préciser que je déteste les maths depuis mon plus jeune âge. Je n’en ai pas fait depuis ma seconde. Autant dire qu’au-delà d’une équation, je ne sais rien faire. Dans ce cours, on est loin du cliché des spécialités scientifiques réservées aux hommes, ici, il y a plus de filles que de garçons.

Je remarque seulement maintenant que le prof a un faux air avec Cédric Villani, les deux ont la même coupe de cheveux. Je souris et me demande si cette ressemblance est intentionnelle ou pas. Aujourd’hui, nous allons travailler sur la fonction exponentielle avec plusieurs exercices. Tant pis pour moi pour la leçon. Je commence à regretter le cours de physique où le simple problème était un manque de compréhension. Là, je ne sais juste pas faire. Je fixe le tableau qui indique f(x) = 2x +1e-2x+3.

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Le temps passe lentement, très lentement. Il reste encore 40 minutes de cours. Je lis le texte de l’exercice pour faire bonne figure. Les dérivés ? Je n’arrive même pas à me souvenir si j’ai un jour appris ce que c’était. Au moins, contrairement à la physique, je vois beaucoup de gens largués comme moi dont les lignes de cahiers restent blanches. Je comprends le nombre de parents perdus qui doivent se farcir les devoirs de maths de leurs enfants.

Je regarde l’heure toutes les 10 minutes. Courage, c’est mon dernier cours. La panique me gagne, des souvenirs de cours de maths, de cris et de larmes remontent. Le prof corrige le premier devoir : U prime et UV prime. Quoi ? J’ai l’impression qu’on me parle dans une autre langue. Je tripote mes cheveux et pense à tout ce que je pourrais faire. J’ai envie de disparaître, de me sauver, de faire autre chose. Les plus forts de la classe font des blagues de matheux. Je ne peux m’empêcher de les scruter comme des extraterrestres. Je n’ose pas lever les yeux vers le prof de peur qu’il m’interroge.

Puis j’en viens à relativiser, il est si rare d’être bon en tout, la directrice de l’école a d’ailleurs convenu qu’elle n’était pas scientifique dans l’âme non plus. “Il faut appliquer le TVI”. Encore un jargon inconnu. C’est probablement la première fois depuis la fin de mes études que je suis dans l’attente. J’attends que le temps passe, je n’ai rien d’autre à faire que d’attendre. J’admire ce prof qui est capable de résoudre tous ces exercices avec une facilité déconcertante.

Je commence à m’impatienter. Il reste encore 25 minutes, je n’en peux plus. Je repense à mes souvenirs dans ce lycée. Ces amoureux, ces potes et copines avec qui je passais le plus clair de mon temps et qui me semblaient si importants. Pour la plupart, les derniers messages remontent à des années. Je prends la décision de ne rester qu’une heure sur les deux. Je n’ai jamais été du genre à sécher mais ça ne sert à rien de rester. Je me sauve à la fin du cours en remerciant le prof.

Après une intervention dans une classe sur le métier de journaliste, ma journée se termine enfin. Il est 18h45, il fait froid et il fait nuit. En sortant de du lycée, le parking vide me rappelle que je ne suis pas venue en voiture. Je me traîne jusqu’à l’arrêt de bus qui m’indique 16 minutes d’attente. Je savais bien que j’allais le regretter. Sur le chemin du retour, je pense à tous ces futurs parents qui feront un jour la morale à leurs enfants. N’oublions pas la jungle qu’est le lycée et à quel point c’était dur. Cela vous permettra d’être plus indulgent lorsque votre ingrat de fils vous ramènera un 4/20.

Merci au lycée Jean-Zay à Aulnay-sous-Bois pour leur accueil.

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