CHANOIRS
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Culture

Esprit rave et futur tracé : carte blanche au collectif belge CHANOIRS

« En ces temps tout pourris, on a bien pu observer que l’individualisme c’est vraiment pas une bonne façon de penser. » - Rage (26 ans).
Souria Cheurfi
Brussels, BE
AG
Brussels, BE
19.6.20

Dans notre série « Carte blanche aux collectifs belges », on laisse place à un collectif d’artistes qui vous présente une ou plusieurs créations, peu importe le médium.

Créé en 2011, CHANOIRS est un collectif touche-à-tout, du design de vêtements, à la scénographie, à l’art au sens large et aux soirées - vous les avez vu·es à l’oeuvre si vous étiez à notre VICE Party. Avec un noyau dur à Bruxelles et plus d’une centaine de membres éparpillé·es entre Paris et Marseille, leur objectif est de créer un réseau autosuffisant dans le domaine de l'art et de la night.

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Iels se définissent comme une « constellation d'enfoiré·es rempli·es d'amour ». Trop mignon. Donc au lieu de se lancer dans une explication abstraite et bancale de ce qu’iels font, on a décidé de les laisser se présenter elleux-mêmes en répondant à trois questions et en créant quelque chose pour notre site. Trop inspiré·es, iels nous ont filé un mix de Lux18, le musicien de la team, et une vidéo de Rage qui vous fera d’autant plus vous languir de la réouverture des clubs.

Thomas (MIA WVD), 28 ans, styliste, peintre et sérigraphe

VICE : Salut Thomas. Qu’est-ce qui rend CHANOIRS spécial ?
Thomas : Ce qui est spécial dans le réseau CHANOIRS c'est le nombre d'artistes qui le compose - on est plus de 100. Il y a donc une pluralité de médiums représentés en son sein (des fous et des folles ou des fous et des folles en devenir).

Tu définis comment la notion de collectivité ?
La notion de collectif est presque désuète dans CHANOIRS ; c'est davantage en interne que de réels collectifs se regroupent en fonction des projets, affinités et motivations, de chacun·e. Le collectif permet une association choisie autour de certaines valeurs, en l'occurrence : l'amour, la poésie et l'unité.

Vous touchez un peu à tout au sein du collectif, et toi notamment la peinture. Tu t’y es mis comment ?
Quand j'étais enfant, vers 4 ans, je m’étais bien fait engueuler par mes parents parce que je peignais sur les murs de l'appart. Je me rappelle avoir commencé de grosses accumulations de Crayola, peinture et feutres sous les tiroirs, tables, chaises… Tous les endroits qu’iels ne pouvaient pas voir. C’est mon premier souvenir de peinture, du plus loin que je me rappelle.

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Malika (OBAYBAY), 26 ans, styliste, vidéaste et peintre

VICE : Salut Malika. Qu’est-ce qui rend votre collectif spécial ?
Malika : Dans CHANOIRS, il y a une symbiose entre la vie et les projets. La frontière entre les deux est friable car on s’implique de manière très forte et on y met nos tripes. Je pense que ça se ressent dans nos projets. CHANOIRS, c’est une grande plateforme où on peut se permettre beaucoup de choses, on parle au nom de tout un groupe, on n’a pas peur de se viander, ça nous rend plus audacieux·ses. Tout le monde peut être dans CHANOIRS, faut juste être un peu taré·e.

Tu définis comment la notion de collectivité ?
Depuis que j’ai commencé à collaborer avec des potes, je peux plus m’en passer, c’est devenu essentiel dans mes projets. Je trouve ça fou l’ampleur que peut prendre une idée en la confrontant à d’autres esprits. Il y a quelque chose de très excitant dans le collectif ; les projets prennent de grandes envergures. Je trouve qu’en tant qu’être humain, trouver sa place au sein d’un collectif c’est aussi se rendre compte de sa singularité et son importance dans un groupe.

« En tant qu’être humain, trouver sa place au sein d’un collectif c’est aussi se rendre compte de sa singularité et son importance dans un groupe. »

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Dans le collectif, ta pratique est surtout axée vers le textile. Comment ça a commencé ?
J’ai depuis toujours baigné dans l’art mais c’est une rencontre qui m’a vraiment marquée et beaucoup de choses ont basculées à ce moment-là. J’ai commencé à aborder la peinture complètement différemment, en duo et sur de très grand formats ; avec plus de brutalité, vu qu’on ne faisait aucune concession.

Depuis longtemps, j’ai une passion pour le textile. La couture est venue de manière évidente dans ma pratique. Même s’il s’agit de techniques différentes, je compose les vêtements et la peinture de la même manière, c’est assez agressif et il n’y a pas de règles ou de conventions. En cinq ans avec Thomas, on a imprimé plus d’une centaine de T-shirts en sérigraphie qu’on a donnés à nos potes. À ce moment-là, c’était facile de ne pas monétiser notre production car toute la matière première était volée ou alors on l’avait gratos !

Antoine, 26 ans, event manager, photographe et vidéaste

VICE : Hey Antoine. Qu’est-ce qui rend votre collectif spécial ?
Antoine : Je dirais que c’est avant tout la différence des personnalités qui en font partie. On a tou·tes des backgrounds différents mais on est stimulé·es par la même énergie créative. On produit avec tous les médiums qu’on a à disposition, peu importe nos qualifications. On a la chance d’être soutenu·es par un grand nombre de personnes qui reconnaissent cette énergie et qui la propagent avec nous lors de nos soirées.

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Tu définis comment la notion de collectivité ?
C’est des personnes qui se rassemblent et travaillent dans un but commun, motivées par les mêmes désirs et par les mêmes besoins. Quand on est jeune, affronter la société seul·e peut vite être décourageant alors que si vous êtes plusieurs, la voix est plus forte, l'empreinte laissée est plus profonde. Quand on forme un collectif avec des personnes inspirantes et inspirées, il n’y a pas de limite à ce qu’il est possible de faire. L’individualité est laissée de côté et ça permet de créer une force unie vers un objectif commun.

Comment tu t’es mis à la photo ?
Pour ce qui est de la photographie, mon premier contact c’était avec un appareil pourri reçu à Noël pour mettre des photos sur mon Skyblog. À partir de là, j’ai commencé à m’expérimenter un peu et je me suis inscrit en école d’art quand j’en ai eu l’occasion. La photo ne m’a jamais quitté depuis et maintenant j’en fais mon métier. À côté de ça, je suis aussi impliqué dans la partie musicale.

On a toujours été de gros·ses fêtard·es dans le collectif et quand on a ressenti un trou dans les programmations bruxelloises, on a lancé nos soirées, on les a créées pour nous au début, juste pour avoir un lieu où on pouvait se réunir et se défouler ensemble. Ensuite ça a grandi car l’énergie était électrique et maintenant on a plein de possibilités pour le futur, mais on souhaite rester loin du système mercantile de la nuit. On travaille tou·tes bénévolement et l’argent généré durant les soirées est utilisé pour les prochaines ou réinjecté dans du matériel pour le collectif.

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Lucas (LUX18), 23 ans, DJ résident et booker

VICE : Hello Lucas. Qu’est-ce qui rend votre collectif spécial ?
Lucas : Je pense qu’au sein de notre collectif, les liens sont très forts et uniques entre nous ! Ça se ressent dans l’énergie et l’intensité des événements qu’on organise.

Tu définis comment la notion de collectivité ?
Je pense qu’on peut parler de collectif quand on voit la direction qu'ont prises nos soirées ; des soirées libres, sans aucun jugement ni complexe et sans aucune différence entre les gens. C’est, je pense, le point le plus important pour nous : que les gens soient comme ils veulent être et pas comme on leur dit d’être ! Notre public est super important et son bien-être est primordial pour nous. C’est pour ça qu’on est si proches du C12 aussi : prôner cette fête libre fait complètement partie de nos revendications !

« Prôner la fête libre fait complètement partie de nos revendications ! »

T’es surtout impliqué niveau musique. Comment ça s’est développé pour toi ?
J’ai découvert la musique super tôt, à 6 ans. J’ai pratiqué plusieurs instruments et j’ai eu pleins de groupes de rock ; l’ado classique qui portait des slims quoi ! J’ai été vachement influencé par mon ami et « mentor », Lionel Fernandez , guitariste du groupe Sister Iodine, pionnier de la noise en France. Pour ce qui est de la musique électronique, c’est venu beaucoup plus tard ; quand j’ai commencé à sortir et à écouter des mecs comme Extrawelt. Je crois que ce monde de la nuit m’a fasciné directement et m’a mené à ce que je suis maintenant, aussi en rencontrant des mecs comme Techno Thriller, par exemple, qui ont vraiment influencé mon environnement musical. Cette culture rave nineties est très présente dans la musique que je peux proposer, allant de l’acid à la musique industrielle.

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Rage, 26 ans, vidéaste et tatoueuse

VICE : Hey Rage. Qu’est-ce qui rend votre collectif spécial ?
Rage : CHANOIRS c’est une énergie collective qui met la pression ! Un réseau d’artistes pluri-INdisciplinaires qui évolue, voyage et progresse ensemble à travers tous les médiums possible. Il n’y a pas de limites posées, on peut se balader dans n’importe quel domaine. C’est aussi une liberté de penser, loin des diktats et des stéréotypes. Peut importe qui tu es, si tes intentions sont bonnes et sincères, tu peux en être et t’as sûrement des choses à nous apprendre.

Tu définis comment la notion de collectivité ?
On pourrait tou·tes être des soldat·es solitaires et avancer individuellement, mais la solidarité et l’amour c’est une force inimaginable ! En ces temps tout pourris, on a bien pu observer que l’individualisme c’est vraiment pas une bonne façon de penser. Faire attention aux un·es et aux autres, partager nos points de vue et se mélanger, c’est une porte vers l’apprentissage et vers une plus grande ouverture d’esprit. Ensemble, on est plus fort·es, on a plus de poids. S’il y a un message à passer il sonnera d’autant plus fort avec toute l’équipe derrière !

« En ces temps tout pourris, on a bien pu observer que l’individualisme c’est vraiment pas une bonne façon de penser. »

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Vous touchez un peu à tout au sein du collectif, et toi particulièrement à la vidéo et au dessin. Tu t’y es mise comment ?
Mon père fait partie de la dernière génération de dessinateur·ices qui travaillaient encore à la main, dans le milieu de l’animation et j’ai grandi là-dedans. Hayao Miyazaki et sa façon si réaliste de dessiner la nature, c’est ma référence sûre !

J’ai toujours dessiné et je suis passée par la case école d’art. C’est là que j’ai compris que c’était vraiment pas pour moi, l’école. En fait, j’ai jamais réussi à exister en tant qu’artiste avant de rentrer dans CHANOIRS. C’est quand j’ai vu la façon dont travaillaient Mia (Thomas) et O.baybay (Malika) que j’ai réalisé que j’avais ma place quelque part. Iels m’ont appris la liberté dans l’art.

Nelson, 26 ans, artiste plasticien et trésorier

VICE : Salut Nelson. Qu’est-ce qui rend votre collectif spécial ?
Nelson : L’évolution. Partir de 4 ou 5 et arriver à un réseau d'une centaine de personnes aux qualités variées c'est spécial, mais surtout gratifiant. Je parle de réseau, mais on est une grande famille, tou·tes lié·es par la magie du vendredi 13.

Tu définis comment la notion de collectivité ?
Dans un collectif, la plus importante des notions c’est la communication. On doit savoir partager le moindre détail qui permet de valoriser l'avancement du Chat. Après, soyons honnêtes, avoir une team pareille permet d'avoir des rassemblement du feu de Dieu qui profitent à nous tou·tes et à celleux qui gravitent autour.

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« Avoir une team pareille permet d'avoir des rassemblement du feu de Dieu qui profitent à nous tou·tes et à celleux qui gravitent autour. »

Vous touchez un peu à tout au sein du collectif, et toi particulièrement au dessin. Tu t’y es mis comment ?
J’ai passé de nombreuses heures devant la télé étant petit (génération Cartoon Network). Au final, c'est une première approche au dessin et à la couleur.

Du coup, j'ai vite recopié tous les dessins des cassettes Disney, des BD Thorgal, Kid Paddle et bien sûr des fameuses cartes Pokémon. Je me faisais des sous comme ça en primaire. Mes parents ont vite troqué mes vieux jouets avec des crayons et des feuilles et je me suis rapidement retrouvé à griffonner dans mon coin. Maintenant, les autres sont là !

Merci les petits chats.

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