À la rencontre de l'un des derniers fermiers afro-américains

Dans les années 1920, les fermiers afro-américains constituaient 14 % de l'industrie de l'agriculture aux États-Unis. Aujourd'hui, ils sont moins de 1 %.

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sept. 24 2015, 12:00am

Toutes les photos sont de Michael Santiago

Dans les années 1920, les fermiers afro-américains constituaient 14 % de l'industrie de l'agriculture aux États-Unis. Aujourd'hui, ils sont moins de 1 %. Leur présence réduite peut être associée à des politiques de prêt racistes, à des rachats de fermes par des entreprises, et à divers exodes ruraux. Mais les 1 % de fermiers restants ont déclaré qu'ils faisaient souvent face aux tristes conséquences de ce racisme historique.

Dans le cadre de son projet Stolen Land, Stolen Future, le photographe Michael Santiago a passé du temps avec un homme qu'il appelle Mr. McGill, un des rares afro-américains à gagner sa vie en tant que fermier. Dans les années 1980, McGill gérait une grande ferme mais l'a perdue après que le gouvernement lui a refusé un prêt. Il a passé ces 30 dernières années à gagner sa vie en élevant des cochons sur la propriété de son père, quelque part dans la Californie rurale. Par le passé, son père a également perdu ses propriétés à cause de pratiques discriminatoires en matières de prêt. Il a quand même réussi à préserver cinq hectares de terrain, sur lesquels McGill s'est installé. J'ai discuté avec Santiago des (nombreux) problèmes de McGill et des éventuelles solutions pour y pallier.

VICE : Salut Michael, quand avez-vous décidé de faire cette série sur Mr. McGill ?
Michael Santiago : Quand je vivais en Californie, je me suis rendu dans plusieurs marchés de producteurs et j'ai constaté qu'il n'y avait jamais de fermiers noirs. Un jour, j'ai demandé à un gardien de sécurité s'il en connaissait et il s'est mis à rire. Comme je vis à Syracuse, j'ai tenté d'en trouver quelques-uns là bas – en vain. Quand j'ai rencontré Mr. McGill, j'ai voulu le photographier pour le montrer tel qu'il est – un type qui cherche simplement à s'en sortir.

Comment l'avez-vous rencontré ?
Je l'ai rencontré via une ONG qui s'appelle Farms to Grow. Son histoire commence dans les années 1980, quand il possédait encore une ferme de 320 hectares. Lui et son partenaire avaient besoin d'un prêt pour éviter une saisie – mais le département de l'agriculture a refusé. Après ce rejet, l'employé de l'agence avec qui ils étaient en discussion a acheté leur propriété pour en tirer des bénéfices. Aujourd'hui, McGill vit sur les terres de son père.

Est-ce qu'il réussit à vivre de son activité de fermier aujourd'hui ?
Il fait toujours des petits boulots par ci par là, dans des ranchs. Il a le quotidien typique du fermier. Il se réveille dès l'aube, se lève pour nourrir ses cochons et s'occupe de la maintenance de sa ferme pendant toute la matinée. Dans l'après-midi, il se rend dans d'autres ranchs, avant de nourrir les cochons à nouveau. Il s'endort vers 7 ou 8 heures du soir. C'est ce qu'il fait toujours les jours, sept jours par semaine.

Si la discrimination n'est pas aussi flagrante qu'avant, de nombreux fermiers se remettent encore du racisme passé. Quel type d'aide demandent-ils ?
Ils veulent plus de soutien financier, ainsi que des associations pour les soutenir. Je pense que les prêts devraient être accordés de manière à aider les petits fermiers. Mr. McGill n'a pas reçu de prêt parce que son opération n'était pas assez conséquente.

D'après vous, comment des fermiers tels que lui parviennent à vivre malgré ces conditions difficiles ?
Il doit gagner 2000 à 3000 dollars tous les six mois grâce à ses cochons – il ne fait clairement pas ça pour en tirer des bénéfices. Mais il aime sincèrement ce qu'il fait. Aujourd'hui, il a 71 ans, et ça fait 50 ans qu'il est fermier. Ses cochons sont très importants pour lui.

Interview : Laura Rodriguez Castro. Retrouvez-la sur Twitter.

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