Drogue

Un entretien avec un conseiller de Drogues Info Service

Parents inquiets, toxicomanes en rédemption et fumeurs néophytes : Alain est de ceux qui répondent à toutes leurs questions.
18.7.16

Image via Drogues Info Service

Selon un rapport de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), avec 40,9 % de la population ayant déjà expérimenté ses effets, la France est le premier pays consommateur de cannabis en Europe – devant le Danemark et l'Espagne. Toujours selon ce rapport, publié en 2015, le cannabis est la drogue la plus consommée sur le Vieux Continent, ce qui n'est pas une énorme surprise. Suivent la cocaïne, la MDMA et les amphétamines. Sinon, on ne dénombre « que » 6,8 décès dus à la drogue pour un million de Français – loin derrière les 126,8 cadavres estoniens, ou 69,7 suédois.

Sous cette montagne de chiffres désincarnés se dissimulent de nombreux destins plus ou moins dramatiques. L'une de mes proches consomme du cannabis en très grande quantité – ça fait un petit moment que je m'inquiète pour sa santé. Des pertes de mémoire à la léthargie la plus complète, je me retrouve démunie face à elle, qui refuse toujours d'admettre qu'elle a un problème d'addiction. C'est pour cela que j'ai décidé de contacter Drogues Info Service, dans l'espoir d'évoquer la consommation de drogues des jeunes en France avec un spécialiste de la question.

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Ce service téléphonique propose à n'importe qui de dialoguer avec des conseillers formés pour venir en aide aux addicts et à leurs proches. L'un d'eux a accepté de répondre à mes questions au sujet de Drogues Info Service, de son rôle au sein de ce service et de la consommation de drogues en France.

VICE : Bonjour Alain*. À quoi ressemble une journée chez Drogues Info Service ?
Alain : Nous travaillons le matin, l'après-midi ou le soir, par tranche de six heures. Nous venons tous d'horizons divers, et avons suivi des cursus différents.

Avez-vous été touché par un problème de drogue dans votre vie ?
Personnellement non, mais je ne sais pas pour mes collègues.

Êtes-vous plus souvent en relation avec des consommateurs ou avec leurs proches ?
Je dirais qu'au cours de l'après-midi, nous discutons plus souvent avec des proches, alors que pendant la soirée, les usagers nous appellent en plus grand nombre.

Quelle est la drogue qui revient le plus souvent dans les conversations ?
Je ne peux pas m'exprimer pour le service dans son intégralité mais, en ce qui me concerne, le cannabis est clairement le plus évoqué. Je communique très souvent avec des parents qui s'inquiètent pour leur enfant consommateur.

Image via Drogues Info Service

Pouvez-nous nous parler de l'état des lieux de la consommation de cannabis chez les jeunes ?
Ce que je vais dire ne surprendra personne, mais la consommation de cannabis a augmenté chez les jeunes. De plus, cette hausse s'accompagne d'une modification de la substance elle-même, substance dont la teneur en THC est beaucoup plus forte qu'auparavant.

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Notez-vous des inégalités de classe en ce qui concerne cette consommation ?
Non, pas vraiment. Les jeunes qui m'appellent viennent de tous les horizons. Les différences qui existent sont simplement liées à la volonté de ces jeunes de s'en sortir ou non.

D'où surgissent ces différences ?
En fait, tout dépend du rapport de ces jeunes au produit, et de ce qu'il représente pour eux – s'il s'agit d'une défonce festive, de partage, d'apaisement, etc. Certains jeunes se rendent compte qu'ils sont dépendants – c'est à ce moment-là qu'ils décident de prendre les choses en main, et nous contactent. Après, de nombreux jeunes addicts sont dans le déni, car ils considèrent que la consommation de cannabis est bénéfique pour eux – ils ne comprennent donc pas qu'ils sont dépendants.

Chez d'autres, enfin, la consommation s'effectue dans un cadre ludique – ils sont tout à fait capables « d'arrêter » quand ils le souhaitent. Leur consommation ne pose pas problème, et ils ne nous appellent donc pas.

Image via Drogues Info Service

Comment fonctionne le principe d'anonymat chez Drogues Info Service ?
L'anonymat fonctionne dans les deux sens – pour la personne qui appelle et pour les conseillers. Si un individu nous appelle plusieurs fois, il n'aura jamais le même conseiller au bout du fil. Pour l'instant, cela fonctionne bien – il n'y a jamais eu de plainte particulière.

Si certaines personnes ne sont pas à l'aise avec leur interlocuteur, nous leur proposons de rappeler pour avoir un autre conseiller. Mais cela ne m'est jamais arrivé pour le moment.

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Selon vous, pourquoi les gens se dirigent-ils vers Drogues Info Service ? Pourquoi n'appellent-ils pas des proches ?
J'imagine qu'il est difficile de parler de ça à un proche, directement touché. Discuter avec une tierce personne peut s'avérer bénéfique, mais il ne faut jamais oublier que chez Drogues Info Service, nous ne sommes pas médecins.

Vous arrive-t-il de regretter l'absence de suivi des gens que vous avez au téléphone ?
Disons qu'avant de commencer à travailler chez Drogues Info Service, on vous prévient que ce suivi n'existe pas – c'est là que réside l'intérêt du service d'ailleurs, dans son anonymat le plus complet. Il n'y a donc pas de frustration même si, parfois, on comprend rapidement qu'un suivi serait nécessaire pour la personne que l'on a au téléphone.

Si les gens désirent être suivis, nous leur transmettons différentes adresses de centres de soins.

Je vois. Merci Alain.

*Pour des raisons de confidentialité, le prénom a été modifié.

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