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LE NUMÉRO DE LA SAINTE TRINITÉ

Le paradis pour tous

Monseigneur Dominique Philippe officie depuis presque vingt-cinq ans dans une église en plein coeur du 15e arrondissement parisien.
25 avril 2012, 6:00am

Photos Melchior Ferradou-Tersen

Monseigneur Dominique Philippe bénit une famille de perroquets à l'occasion de la messe des animaux. Selon lui, les animaux ont une âme, et son boulot consiste à la soigner.

Monseigneur Dominique Philippe officie depuis presque vingt-cinq ans dans une église en plein coeur du 15e arrondissement parisien. Chaque année, le premier dimanche de novembre, l’archevêque y organise une messe destinée exclusivement aux animaux. Les habitants du quartier – et même de toute la ville – y amènent leur animal de compagnie dans l’intention de faire absoudre leurs péchés, que l’on imagine nombreux.

On a assisté à la dernière messe qu’il a célébrée et, en plus des classiques animaux domestiques, on a pu caresser des dromadaires, des chèvres et des lamas en quête de bénédiction divine. Depuis, on crevait d’envie de faire plus ample connaissance avec l’homme d’Église le plus étrange de ce côté-ci du Paradis.

VICE : Vous êtes archevêque depuis combien de temps ?
Dominique Philippe : 1988, si mes souvenirs sont bons. J’ai été moine dans une abbaye en Normandie, puis diacre, prêtre, évêque et enfin archevêque. Je suis à Paris depuis 1973 et dans cette église depuis vingt-quatre ans.

Pourquoi avoir fait des messes pour animaux ?
J’aime les animaux. À l’époque, j’avais un caniche qui se promenait toute la journée dans l’église. Beaucoup de gens venaient à la messe et attachaient leur chien à la grille. Un jour, je leur ai dit qu’ils pouvaient entrer avec leurs animaux. Très vite, l’église Sainte Rita a été connue parce que les chiens étaient autorisés pendant la messe.

Ça a dû énerver quelques-uns de vos supérieurs.
Nous sommes neuf prêtres ici, mais nous n’étions que deux à vouloir le faire. Ils avaient peur que les animaux salissent l’église et que les autres curés se moquent de nous. Si vous écoutez ce qu’on appelle l’Église romaine, vous ne faites jamais rien. Ils pensent que le péché est partout. Deux mois plus tard, je me suis levé, et j’ai annoncé : « En accord avec moi-même, on célèbre une messe pour les animaux. »

Vous pensez vraiment que les animaux ont une âme ?
Moi, j’y crois. Cela dit, je n’en veux pas à ceux qui n’y croient pas. J’ai retrouvé des écrits du XVIIe siècle de Jacques-Bénigne Bossuet dans lesquels il parlait déjà de l’âme des animaux ; je ne suis donc pas le seul à penser ça.

Et il existe un paradis des animaux ?
Oui, bien entendu. Un paradis spécial.

À l’inverse, vous pensez qu’ils peuvent être habités par le Mal ?
Je n’y ai pas trop pensé, en réalité. Mais en effet, il existe des animaux qui sont aussi mauvais que les humains. Vous savez, il y a quelques années, une chaîne de télévision m’avait demandé d’aller au cimetière des animaux d’Asnières. Je me promenais et un jeune homme est arrivé avec ces mauvais chiens, là...

Les pitbulls.
Oui. Le chien s’est approché en aboyant, le maître était paniqué, mais l’animal s’est assis à côté de moi et n’a pas bougé. Même dans le quartier, l’été, lorsque les portes de l’église sont ouvertes, beaucoup de chiens entrent, font un tour à l’intérieur et repartent. Il se passe quelque chose entre eux et moi.

Vous pensez que certains animaux sont « meilleurs » que d’autres ?
Non, pas du tout. Je les mets tous sur le même plan. Par exemple, j’ai plein d’oiseaux, et ils savent à quelle heure je vais leur donner à bouffer ; quand je ne suis pas là, ils font la gueule. Mais bon, ils n’ont pas le même truc que les chats ou les chiens.

L'archevêque chez lui, devant ses oiseaux en cage. En plus d'organiser chaque année une messe destinée aux animaux, il a reçu le fantastique club français de Michael Jackson quelques jours après la mort de la pop star.

Vous vivez avec beaucoup d’animaux, d’ailleurs ?
Des tas. J’ai plusieurs poneys, deux lamas, des chèvres, des poules, des coqs, des oies, des canards, des perruches, des mandarins, des canaris, des colombes, des tourterelles... J’habite à la campagne.

Comment cette pratique est-elle perçue par les autres églises ?
Au début, très mal. Quand les choses ne viennent pas de chez eux, c’est forcément mauvais. Le responsable de l’épiscopat m’a accusé de vouloir faire du fric, alors que je ne gagne rien, au contraire. Je me souviens d’un curé à Strasbourg qui a voulu le faire, mais il s’est aperçu qu’il était allergique aux poils d’animaux. Il gonflait, le pauvre. D’autres le font, mais ça ne dure jamais.

Vous pensez que cette pratique va rester isolée ?
Oui. J’ai été le premier à faire ça en France. Je connais quelqu’un qui fait la même chose en Espagne, avec Saint Antoine et son cochon. En France, dès que vous ne suivez pas le chemin, vous passez pour un original. On est toujours un peu arriérés.

En arrivant dans l’église, on est tombés sur un portrait de Michael Jackson. Qu’est-ce qu’il fait là ?
C’est le fan-club français de Michael Jackson qui a affiché ça. Il compte 4 300 personnes et à la mort du chanteur, aucun lieu ne souhaitait les recevoir ; ici on les a reçus. On a fait une messe en son honneur. La cérémonie était très pieuse. Au mois d’octobre, ils ont fait une nouvelle veillée en sa mémoire. On a récité quelques prières, ils ont passé quelques clips et chanté des chansons de Michael Jackson jusqu’à deux heures du matin.

Vous avez une réputation d’excentrique ?
Un peu, mais je m’en fous. Au début, les gens n’étaient pas habitués à tout ça. Il y a quelques années, on avait fait une messe pour les motards ; on avait mis deux grosses motos dans l’église, c’était super. Grâce à ça, les gens reviennent à l’église. À la dernière, un monsieur est venu me voir pour me dire que ça faisait quatorze ans qu’il n’avait pas communié. Il m’a expliqué que la messe traditionnelle l’emmerdait. De toute façon, je fais tout ce que les autres ne veulent pas faire.

La moralité est donc votre seule limite.
Bien sûr. Sans ça, on ferait n’importe quoi.

Vous avez aussi remarié des gens, il me semble.
Quand j’ai fait ça, on m’a traité de cinglé. Je ne vois pas pourquoi on le ferait pas. Si vous êtes avec un mec qui vous met une volée tous les jours, vous allez rester avec lui pour faire plaisir à l’Église ? La princesse de Monaco a eu le droit de se remarier à l’église, elle ! J’ai d’ailleurs écrit à Rome en leur demandant pourquoi. Ils m’ont répondu qu’ils annulaient son précédent mariage parce qu’elle « ne savait pas ce qu’elle faisait ». Comme si elle était idiote. J’ai écrit à nouveau pour leur demander combien le chèque comportait de « 0 ». Étonnamment, je n’ai pas eu de réponse.

Vous avez une approche très moderne.
Oui, je crois que c’est comme ça qu’on va attirer les gens à l’église. L’Église a changé, mais dans le mauvais sens. Ils ont tout faux. Ce n’est pas parce que le curé est en costume cravate qu’ils sont plus modernes. Je suis allé à un enterrement il y a trois jours, dans une paroisse importante, et le curé était sale comme un cochon. Je lui ai dit de cirer ses pompes et de laver sa chemise.

C’est un bon début. Merci beaucoup Monseigneur.
Merci à vous.

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