Drogue

À quel point votre consommation occasionnelle de coke affecte votre corps

Vos potes et vous appelez un dealer tous les week-ends ? Voilà ce qui arrive à chaque fois que vous le faites.
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
13.6.16
danger consommation cocaine
Photo : Chris Bethell

C'est vendredi soir, le bar vient de fermer et vous décidez de terminer la soirée dans l'appartement de quelqu'un. « Qui appelle? » demande l'un de vos amis.

Tout le monde balance 20 euros sur la table, vous appelez, et une heure plus tard, vous partez à la rencontre de deux mecs maussades dans un X5. Ils prennent votre argent et vous remettent quelques sachets de cocaïne. Cela risque d'arriver à nouveau à 4 heures du matin, puis à 7 heures. Dans tous les cas, vous n'allez pas vous réveiller avant deux jours, et quand vous vous réveillerez, vous aurez la désagréable impression que quelqu'un a inséré une râpe dans votre nez.

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Ça arrive à tout le monde. Souvent. Londres vient juste d'être déclarée « capitale européenne de la cocaïne » pour la deuxième année d'affilée. Les chercheurs de l'Observatoire européen des drogues ont testé les eaux usées de la ville et ont trouvé qu'en moyenne, 909 mg de cocaïne ont été évacués par jour pour 1 000 habitants – contre 737 mg en 2014. La capitale britannique est suivie de près par Amsterdam, qui compte 642 mg.

Quels sont les effets de la cocaïne sur notre corps ? Ceux qui s'enfilent quatre grammes par jour font l'objet de nombre d'histoires macabres – leur visage se gonfle ; leur septum se désintègre ; leur cœur explose – or, ce n'est pas la manière la plus répandue de consommer cette drogue. Qu'en est-il des consommateurs occasionnels ? Qu'en est-il de ceux qui prennent un gramme toutes les deux semaines, pendant plusieurs années ? Qu'en est-il de vous ?

Le Dr Adam Winstock, psychiatre et directeur de l'enquête Global Drug Survey, est très clair à ce sujet: « Prendre un gramme de cocaïne tous les week-ends n'est pas bon pour la santé, et ne constitue pas une consommation occasionnelle ou moyenne ». « Nous appelons ça la perception erronée normative – le fait de se dire que c'est normal, puisque tout le monde le fait. La cocaïne est un vasoconstricteur – le cœur pompe plus vite et les vaisseaux sanguins se rétrécissent. C'est un peu comme mettre son pied sur l'accélérateur tout en pinçant le tuyau de carburant. Les gens oublient qu'en partageant leur paille avec tout le monde, ils peuvent attraper l'Hépatite C, un petit virus résistant qui vit hors du corps pendant des semaines. »

Le Dr Henry Fisher, chimiste et directeur des politiques à VolteFace, détaille : « Prendre de la cocaïne chaque week-end est plus dangereux que prendre un produit chimique comme la MDMA. La cocaïne fait beaucoup travailler le cœur et inflige des microlacérations aux muscles cardiaques. Cela empire avec le temps ; ces lacérations se transforment en tissu cicatriciel. C'est là qu'arrive le problème d'artériosclérose. » L'artériosclérose, c'est quand votre paroi artérielle commence à grossir jusqu'à ressembler à un steak bien gras et bien marbré.

Le Dr Winstock précise qu'il y a beaucoup de facteurs aggravants. « Évidemment, si vous êtes un fumeur de 50 ans en surpoids, votre cœur va subir beaucoup plus de pressions que si vous êtes un athlète de 20 ans. Mais même là, le danger réside dans la consommation prolongée sur plusieurs années. Cela dépend également de votre manière de consommer », déclare-t-il. « La Global Drug Survey, qui se fonde sur plus de 50 000 consommateurs sur plusieurs années, démontre qu'en moyenne, 0,5 % des consommateurs de cocaïne se retrouvent à l'hôpital suite à de graves réactions à la drogue. Dans la plupart des pays, un gramme représente en moyenne une dizaine de traces. Au Brésil, un gramme équivaut à six traces et le taux d'hospitalisation est de 3,5 %. Il est donc évident que le cœur supporte mieux de petites quantités fréquentes que des traces massives. »

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Le Dr Winstock et le Dr Fisher s'accordent à dire qu'une consommation de cocaïne prolongée est dangereuse pour le bien-être mental, émotionnel et physique. « Quand les gens augmentent leur consommation, cela commence à entraver leurs relations. Le compte en banque s'assèche, les partenaires s'énervent et les amis s'éloignent – si bien qu'ils se sentent seuls et isolés, ce qui les pousse souvent à prendre encore plus de coke pour essayer de booster leur ego. »

Et le Dr Fisher de résumer : « À cause de la cocaïne, les gens agissent comme des cons. » Il développe ensuite cette remarque : « Les gens ne réalisent pas que c'est une pente glissante. Les consommateurs deviennent dépendants à la fausse confiance en eux que leur donne la cocaïne. Au début, ils en prennent chaque week-end, puis petit à petit, ils éprouvent le besoin d'en prendre le jeudi au lieu du vendredi. Ensuite, c'est le mercredi, et ainsi de suite, jusqu'à avoir un sérieux problème. »

Neil Woods, un ancien détective qui a passé 14 ans sous couverture au sein d'un réseau de trafic de drogue, milite désormais pour LEAP UK, une organisation qui regroupe des anciens policiers opposés à l'interdiction de la drogue. Il ajoute un nouveau point de vue : « Le problème avec la cocaïne, c'est qu'elle est souvent coupée avec autre chose. D'abord, les gens en prennent quand ils boivent, ce qui leur permet de consommer beaucoup plus d'alcool que d'habitude. Cela n'augmente pas seulement les risques d'un comportement lunatique et agressif, mais la cocaïne et l'alcool se combinent dans le foie pour former un nouveau produit chimique, le cocaéthylène, qui intensifie et prolonge les effets des deux drogues. »

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Et le problème empire: il n'y a pas que la cocaïne ; il y a aussi tous les autres trucs ajoutés à la cocaïne.

« Il y a au moins 16 produits chimiques dans la cocaïne. La pureté varie grandement, avec une moyenne de 10 % pour un gramme au Royaume-Uni », poursuit Woods. « Le lévamisole est un produit chimique souvent ajouté au début du processus de production. Il a été développé comme agent vermifuge pour le bétail et n'est vraiment pas bon pour les globules blancs chez l'humain. Ensuite, la lidocaïne, un anesthésique dentaire, est souvent utilisée comme agent gonflant et peut s'avérer cancérigène si elle est consommée régulièrement. Bien entendu, ces aspects seraient bien plus sûrs si la cocaïne était disponible sur un marché correctement réglementé. Curieusement, les décès dus à la cocaïne ont chuté en 2008 et 2009, lorsque la méphédrone était disponible légalement. Dès que le gouvernement l'a interdite, les décès ont grimpé à nouveau. »

Nous y voilà : l'éternel problème du gouvernement qui empire les dommages liés à la drogue en renforçant l'interdiction.

J'espère que vous vous sentez mieux, maintenant que vous savez ce qui arrive à votre corps à chaque fois que vous prenez un gramme, et que la pensée de vos artères qui se ratatinent et se durcissent alors que vous sniffez du vermifuge pour bovins ne va pas vous gâcher la soirée. Bonne continuation !

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