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Camgirl

À 13 ans, je me déshabillais devant ma webcam pour le bonheur de mes camarades de classe

J'adorais être camgirl – le problème, c'est que je me suis fait gauler.
28.10.15
ordinateur ado camgirl

Alors que je discutais au téléphone avec mon père il y a un peu plus d'un mois, ce dernier s'est mis à me parler du sexting. Il m'a demandé si j'avais entendu parler de l'histoire de ce gamin de 14 ans, vivant en Angleterre, qui s'était fait arrêter et avait été enregistré dans une base de données de la police après avoir envoyé des photos dénudées à une fille du même âge sur Snapchat. « C'est terrible, non ? La vie de ce garçon ne sera plus jamais la même. » Voilà quelle a été la réaction de mon père. De mon côté, j'avais la boule au ventre et un pincement au cœur.

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On a continué à parler de ce garçon pendant quelques minutes – de sa vie, de ses sentiments, et des brimades qu'il doit subir tous les jours dans son collège. Puis on s'est mis à parler de moi.

Le sexting est une notion créée par des adultes, pour des adultes. Son utilisation répond à une peur panique des parents face à ce qu'ils ne peuvent pas comprendre : le fait que leurs gamins puissent se foutre à poil. Avant Snapchat, il y avait les MMS, ou encore la simple webcam. Le sexting n'est pas donc pas une nouveauté.

La webcam était l'arme ultime pour n'importe quel utilisateur de MSN Messenger. J'en avais une. Le jour de mon 13e anniversaire, mes parents m'en ont acheté une sans bien comprendre pourquoi je désirais tant l'installer sur mon ordinateur.

Pour être honnête, ma sexualité n'a pas débuté avec l'achat de cette webcam. À l'âge de sept ans, j'apprenais à embrasser mes camarades de classe dans les toilettes des filles de mon école primaire. À neuf ans, un pop-up m'a permis de comprendre de quelle manière la masturbation pouvait être accompagnée par des images et des vidéos.

Mon arrivée dans une école mixte à 11 ans a coïncidé avec mes premières rencontres avec le sexe masculin, notamment avec des types qui disaient que j'avais un « bon cul » depuis leur voiture. Je prenais conscience non seulement de mes propres désirs, mais aussi de ceux des autres.

Pour résumer, à partir de 13 ans, j'ai mis en place un contrat entre cinq ou six garçons de mon école et moi-même. À mon retour du collège, je me connectais sur MSN Messenger, et je passais mon temps à dire des conneries à mes amis. Mais dès qu'un de ces mecs se connectait, je stoppais les autres conversations.

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La plupart me demandaient de me déshabiller, en partie ou complètement. Après dix minutes, notre conversation prenait fin et je passais à l'un des autres mecs. Et c'est à peu près tout.

Après plus d'un an de strip-tease par webcam, ma vie a basculé en l'espace d'une journée. L'un des garçons s'est confié à sa mère, et ma réputation – déjà bien réelle au sein de la gent masculine de mon collège – s'est envolée.

Le jour de la rentrée des classes, je savais que tout le monde savait. Mes parents le savaient, les autres parents le savaient, et même les profs le savaient. Mes meilleurs amis n'ont pas tardé à me donner une lettre manuscrite qui précisait à quel point je les dégoûtais, et qu'ils ne désiraient plus traîner avec moi. J'étais devenue une paria.

Après avoir été une enfant ayant confiance en soi, j'étais devenue une ado complexée.

Hormis une grosse dispute avec mes parents – durant laquelle leurs propos alternaient entre colère, dégoût et déception – nous n'avons jamais discuté de ça. Alors que mes pairs et mes professeurs s'associaient pour me dire que ce que j'avais fait était mal, personne n'a jamais pris la peine de me réconforter et de me soutenir. Mon journal intime m'a été confisqué, et une surveillance étroite de mes faits et gestes a été mise en place.

Tout ceci a été une parfaite introduction aux doubles standards qui gangrènent l'ensemble de la société – les garçons, eux, n'ont jamais été inquiétés. Ils ont même reçu des tapes amicales de la part de leurs potes. Moi, j'étais une salope.

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J'ai commencé à me faire du mal et à développer un trouble du comportement alimentaire qui m'a suivie jusqu'à la fin de mon adolescence. Après avoir été une enfant ayant confiance en soi, j'étais devenue une ado complexée. Je ne savais plus si l'attirance que je pouvais ressentir pour les garçons était une chose normale. Les mecs autour de moi assumaient leur libido naissante. La mienne était inacceptable aux yeux de la société.

Lorsque je me remémore ma « carrière » de camgirl, je me souviens très bien avoir été en paix avec moi-même. J'avais envie de plaire, sexuellement parlant. J'avais choisi cette voie, cette approche du sexe. Me déshabiller devant une webcam n'était pas une erreur de jeunesse, mais un choix assumé.

Aux yeux de la loi, je fournissais à autrui des images et des vidéos à caractère pornographique. Mais selon moi, cette expérience m'a apporté une énorme confiance en moi et une connaissance plus acérée de mes désirs sexuels – ce sont les réactions des autres qui m'ont détruite.

« N'importe qui a le droit d'exprimer ses propres désirs sexuels, tant que cela ne fait pas de mal à autrui ou à la société dans son ensemble, » m'a précisé le Docteur Fiona Grey. « D'après mon expérience, la pratique du sexting est rarement marquée du sceau de la liberté, mais bien plus de la coercition et de la pression sociale. »

Que pouvait bien vouloir dire ma volonté farouche de me déshabiller à 13 ans en comparaison de la loi ? Pas grande chose. À cet âge, la loi vous déclare inapte à choisir vos comportements en rapport au sexe. Il en va de même pour cet ado de 14 ans dont je parlais au début de l'article. Nous ne connaissions pas les conséquences de nos actes sur le plan légal. Comme le dit le Docteur Grey : « Les jeunes sont toujours surpris quand on leur dit qu'ils peuvent être inquiétés pour avoir distribué des images à caractère pornographique. »

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Après lui avoir demandé si elle croyait possible de mettre en place un espace respectueux au sein duquel le sexting pourrait exister, elle m'a répondu, sans hésiter : « Les images à caractère sexuel sont devenues une monnaie d'échange pour les jeunes garçons, qui sont encouragés à partager les images des jeunes filles pour prouver leur masculinité et leur hétérosexualité. »

Il est toujours déprimant d'observer à quel point la société est désarmée face aux mineurs qui désirent s'engager dans une activité sexuelle.

Il m'est toujours difficile de faire entendre aux spécialistes que me déshabiller devant une webcam relevait de ma plus simple liberté. Le sexe chez les enfants et les jeunes adolescents est un sujet incroyablement tabou. Les jeunes filles reçoivent des messages contradictoires de la part des médias, qui condamnent et sacralisent la sexualité, et les empêchent d'assumer pleinement ce qu'elles ressentent.

Il y a quelques semaines, un jeune homme de 17 ans a été arrêté pour détournement de mineure après avoir envoyé des sextos à sa copine, âgée de 16 ans. De telles histoires surgissent dans les médias avec régularité, mais aucun changement législatif n'est à prévoir. L'âge de la majorité sexuelle est un palier crucial afin de protéger les enfants des pédophiles, mais dans le cas du sexting, cette barrière devient mortifère pour de nombreux adolescents.

Un avocat, qui désire rester anonyme, m'a confié que la loi n'était absolument pas adaptée à la réalité des adolescents d'aujourd'hui. « Toute la difficulté pour le législateur est de respecter la liberté des jeunes tout en les protégeant des vices de certaines personnes mal intentionnées, » m'a-t-il précisé.

Vous ne pourrez jamais empêcher les jeunes de vouloir expérimenter des choses. Nous devrions plutôt nous intéresser à la manière dont nous pouvons les aider lorsqu'ils choisissent de s'adonner à des actes sexuels. Il est toujours déprimant d'observer à quel point la société est désarmée face aux mineurs qui désirent s'engager dans une activité sexuelle.

Je suis soulagée de n'avoir jamais été arrêtée par la police quand j'avais 13 ans. Mais j'ai l'impression d'avoir été maltraitée lorsque mes pratiques sont devenues connues de tous. Aucun enfant ne devrait avoir à subir une telle mise au ban de la société, qu'il ait choisi de se déshabiller devant une webcam, ou non.