La Danse du faux lion

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La Danse du faux lion

Un jeu traditionnel sénégalais voit des adultes se déguiser pour effrayer les enfants et accessoirement, les tabasser.

Un faux lion et des enfants hilares, quelque part dans la banlieue de Dakar. Toutes les photos sont de l'auteur

Au Sénégal, le Sim Gaïndé – ou la « danse du faux lion » – est un jeu éducatif qui se déroule plusieurs fois par an, où des adultes se déguisent pour faire peur aux enfants et les poursuivent, avant de coller une bonne raclée à ceux qui courent le moins vite. J'ai vécu plusieurs mois à Dakar, et je suis tombé sur cette scène par pur hasard dans une banlieue de la ville. L'ambiance était complètement délirante. Une hystérie collective s'est emparée de la foule d'enfants, partagée entre frayeur et excitation.

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J'avais ici affaire à un spectacle organisé avec des « faux lions professionnels » : de solides gaillards déguisés qui se déplacent dans le quartier afin de capturer les enfants. Ils les ramènent ensuite dans une aire délimitée par des bâches pour les châtier. Les malheureux prendront alors quelques tapes, se feront arroser ou mettre la tête dans le sable. Mais une fois que les enfants se font attraper, tout n'est pas perdu – ils peuvent échapper à l'humiliation en payant une rançon de quelques centaines de francs CFA. D'ailleurs, les plus riches ou les moins courageux choisissent la sécurité en s'acquittant d'un droit d'entrée de 200 CFA. En quelque sorte, ce jeu une métaphore de la vraie vie : si tu ne cours pas assez vite et que tu n'as pas d'argent, tu prends des coups.

En réalité, la pression est surtout symbolique. Si les plus jeunes s'en sortent avec une gentille fessée, les adolescents qui veulent jouer les durs prendront des coups plus appuyés. Mais les adultes discrets veillent au grain pour que le jeu ne dérape pas. Les acteurs en transe prennent leur rôle très au sérieux, ce qui est à la fois beau et terrifiant. Les enfants les plus vaillants testent leur courage en essayant de toucher les faux lions, en les interpellant ou en se moquant d'eux.

Bien sûr, une telle scène serait totalement impensable en Occident. En Afrique, n'importe quel adulte peut réprimander un enfant qui fait une bêtise. L'éducation est collective. Tout le monde se connaît. On grandit, on apprend dans la rue. C'est ce qui crée ce lien si fort dans un quartier ou dans un village – une telle manifestation participe à la cohésion sociale.

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À l'heure où des psychologues de comptoir essaient d'imposer la vision suédoise de l'enfant roi dans sa bulle de coton, je vois ce jeu comme l'un des derniers remparts contre la pensée ethnocentrée occidentale de l'éducation.

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