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Avec les Français qui plantent des arbres dès que vous vous masturbez

Comment lutter contre la déforestation avec un ordinateur, un paquet de mouchoirs et une plateforme de porno éthique.

par Sarah Koskievic
26 Octobre 2016, 5:00am

Antoine Fromaget et Fabien Sabatié sont deux Français de 22 ans qui poursuivent actuellement leurs études à Sciences Po. Séparément, ils aiment le porno – ensemble, ils veulent changer le monde. En voguant habilement sur la démocratisation de la pornographie, ils ont crée Charitits.org, une plateforme de porno éthique. En apparence, le principe est simple : à chaque utilisation du site – qui ressemble une sorte de moteur de recherche dédié à la pornographie –, chaque euro généré est utilisé pour planter un arbre au Brésil. Le slogan de Charitits ne laisse aucune place au doute : A fap for a seed (une branlette = un arbre), et permet à ses utilisateurs de lutter contre la déforestation dans le confort de leur canapé.


Afin d'en savoir plus sur ce concept relativement nébuleux, on a contacté Fabien Sabatié, l'un des co-fondateurs du site, pour discuter de porno caritatif et du futur de son projet.

VICE : Bonjour Fabien, tu peux nous expliquer comment le fait se masturber devant un ordi va faire avancer la cause de la déforestation ?
Fabien Sabatié :
Charitits référence le contenu des plus grands sites pornos – comme Pornhub, Redtube et Youporn. Via notre plateforme, on crée du trafic vers leurs sites et ils nous paient pour ça. En gros, c'est une espèce de Google du porno. Tous les revenus générés ne sont pas issus de la pub, mais simplement des sites. On est rémunéré à l'affichage de leurs contenus, puis au clic. On reçoit aussi plus ou moins d'argent selon le pays de provenance des utilisateurs – ce qui intéresse les sites pornos, c'est que les visiteurs finissent par acheter du contenu. Les pays les plus pauvres n'en achèteront pas.

On ne tient pas à se faire d'argent avec ce projet, c'est pour ça que l'on reverse l'intégralité de notre argent à l'association The Nature Conservancy, qui replante des arbres là où les entreprises déforestent au Brésil. Nous n'avons pas non plus pour but de créer ou de produire notre propre contenu porno – on se contente d'indexer celui des autres sites.

Pourquoi vous êtes-vous engagé pour une telle cause à travers le porno ?

Je fais partie d'une génération qui se demande constamment comment aider les autres avec les maigres moyens que nous avons à notre disposition. Je me suis demandé comment joindre l'utile à l'agréable pour qu'on puisse simultanément toucher beaucoup de monde et faire un acte citoyen. Je sais que tout le monde mate du porno et je suis végétarien, donc je suis touché par un certain nombre de problématiques éthiques. Comme souvent, cette idée m'est venue après que j'ai fumé un joint.

Il est important qu'on affiche notre transparence sur le site pour que les utilisateurs comprennent bien se qui se passe. Au départ, le site était mal fait et les gens ne venaient pas car le mot « charité » englobait trop de choses : ils ne savaient pas à qui on donnait et comment on donnait. C'est vrai qu'on aurait bien voulu financer un truc comme l'éducation des enfants, mais c'était plus clair de cibler les arbres : une branlette égale une graine.


Avec un slogan comme ça, on vous prend au sérieux ?
On est en partenariat avec le site Piggy Bank Girls, et l'actrice française Luna Rival est devenue notre ambassadrice. J'espère que ça nous donne une certaine crédibilité. Mais c'est sûr que les gens ne nous prennent pas nécessairement au sérieux. Quand on parle de porno pour les arbres, ça les fait sourire, mais on nous demande surtout si c'est légitime – si on va réellement reverser l'argent ou plutôt nous en foutre plein les poches. C'est pour ça qu'on a tenu à obtenir le statut d'association.

La concurrence sur le marché du porno responsable est-elle rude ?

Quelques mois après le lancement du site, on a lu un article qui disait « Deux étudiants lancent un site porno pour la charité... aux États-Unis ». On était un peu énervés parce que ce n'était pas sur notre projet, mais celui de deux Américains dont le site s'appelle ijustcame.org. On les a contacté pour essayer d'établir un partenariat, mais les mecs ne nous ont jamais répondu. Comme on avait pas envie d'être taxés de plagieurs, on a dû oublier la charité au sens large pour nous concentrer sur les arbres.

Pour des mecs citoyens, vous participez quand même à la propagation d'une certaine image de la femme.
Le porno est catastrophique pour la femme et on voulait s'engager dans ce sens. Du coup, au commencement, on s'est dit que tout le contenu qui était hard, irrespectueux et dégradant serait exclu du site. Rapidement, on s'est rendus compte que cela ne fonctionnerait pas. Être en partenariat avec Piggy Bank Girls, qui est du porno équitable et caritatif, ça nous remet dans la catégorie de porno citoyen. Je ne pense pas que Charitits devienne un modèle, mais notre objectif est de faire comprendre au plus grand nombre qu'avec des petits moyens, on peut élaborer un projet collaboratif et bénéfique à tout le monde.

Comment vois-tu l'avenir de Charitits ?
On aimerait que les gens aient le choix de l'endroit où ils plantent leurs arbres et mettre en place de nouveaux outils qui permettent aux utilisateurs de personnaliser leur expérience. À terme, on peut tout à fait envisager de développer notre propre plantation. J'ai fait Charitits pour les mêmes raisons que j'ai fait Sciences Po : en espérant changer le monde.

OK. Merci Fabien.