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Vice Blog

LA SAGA VICE DE L'ETE - MIDI FESTIVAL OU LE MYSTERE DES CASINOS PT.3

15 juillet 2010, 1:16pm


Pas de répit pour nos deux reporters de choc. Après avoir passé une première nuit agitée, Fabien et Julien, aidés de leurs fidèles amis, décident de s'aventurer dans les terres. Par une chaleur étouffante, ils rencontrent Ark qui, pensent-ils, leur fait perdre leur temps. Cette piste semble les avoir menés dans un cul-de -sac : aucune trace des casinos ni du hipster le plus vieux du monde. Ils n'auront tiré de cette journée qu'un mal de tête, souvenir de leurs pérégrinations nocturnes. Mais au réveil, l'enquête les rattrape...

DIMANCHE 27 JUILLET

Nous sommes brusquement réveillés par un coup de bigot de la part d'une des organisatrices du festival. Mécontente de notre absence remarquée la veille, elle appelle pour nous remonter les bretelles. Elle insiste pour que l'on rencontre le directeur de la programmation qui n'est autre que le hipster le plus vieux du monde. Bien qu'encore éméchés, on ne tarde pas à recouper les indices dont nous disposons : casinos, jetons, AFP... Il veut nous faire taire. Nous balbutions de faibles arguments comprenants « l'indépendance des médias » et « l'esprit Vice » puis raccrochons. C'est un guet-apens.

La voiture d'A.B nous attend à la sortie de l'hôtel et nous amène droit vers le KFC. Nous n'avons jamais vu un établissement de restauration rapide de poulet frit du Kentucky aussi propre, et l'on se dit que la manne financière des casinos sert même à nourrir dans de bonnes conditions hygiéniques les corps rougis et musculeux du sud de la France. À l'entrée des toilettes, un agent de propreté s'occupe de distribuer Le Monde. Repus, nous prenons la direction des criques hyéroises en écoutant le sulfureux Al K-Pote auto-proclammé « une sorte de jeune Alain Delon ».

Après avoir plusieurs fois manqué de nous tuer en descendant la pente donnant sur la plage, nous marquons un moment de répit en nous baignant dans l'eau transparente. Mais c'est alors qu'une méduse malveillante nous rappelle à notre mission. Vraisemblablement mandaté par les sbires des casinos, le mesquin invertébré s'est insinué près de notre groupe de nage et a piqué le dos de Fabien. C'en est trop ! On veut notre peau. À peine prend-on le temps de panser la plaie du convalescent que l'on se décide à en finir et à retourner au festival.

Se souvenant de l'appel matinal, Julien décide de faire bonne figure et de se montrer au festival vêtu d'une chemise d'apparat. Prenant les choses en main, il décide contre toute attente d'aller dîner backstage pour infiltrer les ramifications visibles des casinos. Près du buffet et alors que tout le monde se sert du poulet en sauce, Julien met en oeuvre son plan : évoquer autant que possible les casinos dans l'espoir de faire réagir ses interlocuteurs. « La soupe est bonne, comme au casino n'est-ce pas ? », « vous ne trouvez pas bizarre qu'il n'y ait pas d'horloge au casino, tout comme ici ? », « avez-vous vu le film Casino ? ». Globalement, c'est un échec.

Déguisement de circonstance pour passer en backstage.

Cette quête d'informations nous fait rater François Virot. Heureusement, on arrive à temps pour voir The Wave Pictures, groupe qui est passé maître dans l'art de faire des reprises de Moldy Peaches en sympa.

Puis c'est au tour de Jeremy Jay de faire partager sa sympathie étonnamment dansante à un public qui n'a jamais appris à danser. Par moments, on aurait même dit du Bloc Party avant qu'ils se transforment en deuxième U2, soit, U3. C'est la musique inoffensive la plus puissante que nous n'ayons jamais vue.

Les derniers à jouer sont les Skeleton$, à ne pas confondre avec les Skeletons anglais dont le "s" n'est pas écrit en signe monétaire nord-américain. C'est le meilleur groupe du festival. D'ailleurs ils ont été rappelés deux fois par le public, si nos esprits n'ont pas été trompés par l'alcool. On ne saurait pas trop décrire leur musique si ce n'est qu'on dirait un peu du Yeasayer chanté par Arthur Russel. On voulait s'en aller, mais on a été retenus par le « concert à emporter » qu'ils ont donné aux portes de la Villa Noailles.

Dépités par nos faibles avancées sur le complot des casinos, nous nous rendons au Mc Drive sur les coups des deux heures et demi du matin. Alors que l'on pensait que l'intrigue n'avancerait plus, c'est une petite créature moitié homme, moitié femme, moitié ado qui nous offre une indication précieuse. Constatant qu'on écoute Les Innocents à la radio et remarquant nos pass, il/elle nous révèle que le hipster le plus vieux du monde a fait partie du groupe breton. Nous comprenons alors l'insistance des deux saisonniers de la veille qui voulait les inclure à la première place du top. Le bras du hipster le plus vieux du monde est encore plus long que l'on ne le pensait.

Avec cette décisive information en tête, nous revenons pensifs à l'hôtel. Nous ne trouvons pas le sommeil. La lumière vacillante de la lampe se reflète sur le verre brisé du cendard, où se consume lentement une dernière clope. La télé allumée projette un halo ténu et continu d'images mélancoliques. Nous fixons l'écran sur lequel est diffusé l'émission Voyage au Bout de la Nuit.

La portée sourdement sexuelle de la diction de la présentatrice et de ses mouvements délicats nous hypnotise. Le roman qu'elle lit jette une nouvelle lumière sur le mystère. Soudain, nous comprenons que tout est lié. Ce que nous croyions être le mystère des casinos était en fait le mystère des journalistes. AFP, Charlie Hebdo, Le Monde, la concentration inhabituelle de journalistes, le groupe Les Innocents, ce ne sont pas les casinos qui contrôlent le sud de la France. C'est la Ligue secrète des journalistes, avec à sa tête le hipster le plus vieux du monde. C'est pas possible, ça ne pouvait pas finir comme ça. Si.

TEXTE : SALIF KETA

JULIEN MOREL

PHOTOS : SALIF KETA

PS : On a trouvé comment serrer les indie-rates : jouer dans un groupe de musique ;-)