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L’après-midi du 24 septembre, Sprankle a « emprunté » une hache de pompiers rouge et jaune à un camion de pompiers.
9.12.13

Les rumeurs courent parmi la foule des passants présents dans le centre-ville de St. Petersburg, en Floride, à proximité d’un corps qui gît, inanimé, sur le trottoir, recouvert d’une bâche en plastique. Est-ce que c’était pour un briquet volé ? Un vélo, peut-être ? Cela n’a pas d’importance. Kenneth Robert Sprankle est mort. Comme il l’avait prévu.

L’après-midi du 24 septembre, Sprankle avait « emprunté » une hache de pompiers rouge et jaune à un camion qui répondait à une alarme déclenchée dans les appartements « Princess Martha ». Il avait commencé la soirée en fumant du Spice, puis il avait volé la hache et s’était baladé dans le centre-ville. Une vidéo de surveillance a immortalisé Sprankle maintenant la hache à hauteur de taille et traversant le cadre d’un pas décidé, oublieux des passants inquiets qui le suivent à une distance raisonnable. D’autres témoins affirment l’avoir vu dans un état agité, errant aux environs de Williams Park avec sa hache, pendant environ trois heures. Apparemment, personne ne s’est donné la peine d’appeler la police jusqu’à ce que Sprankle se mette à gueuler des menaces incompréhensibles et à pourchasser des badauds terrifiés le long de trottoirs animés.

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La police de St. Petersburg a réagi rapidement à l’appel d’urgence. Le petit groupe fuyant les agissements erratiques du lunatique a croisé les agents de police au coin d’une rue. Quelques secondes plus tard, Sprankle a surgi, la hache levée. Ignorant les ordres répétés de lâcher sa hache, il a chargé. Alors qu’il s’approchait dangereusement des agents de police, Damien Schmidt, un agent expérimenté, a levé son flingue au niveau de sa poitrine et a tiré.

Cinq coups de feu plus tard, Ken Sprankle s’écroulait sur le trottoir. Les trous dans sa poitrine lui ont été fatals. Il avait 27 ans.
Un cliché de Sprankle, environ un mois avant sa mort. Photo publiée avec l’aimable autorisation du shérif du comté de Pinella

Sprankle était atteint de maladies mentales. Il était bipolaire et schizophrène. En janvier, il avait déménagé de Pennsylvanie pour s’installer en Floride, dans l’espoir que le climat tropical et les plages l’aident à supporter son état dépressif. Ça a été sa plus grande erreur. Aménager en Floride, c’est un peu comme tomber amoureux d’une jolie fille qui envisage constamment de vous assassiner. Ce n’est pas l’endroit approprié pour un nouveau départ. La chaleur, la nature, les nombreux parcs sont un peu le chant des sirènes destiné à capturer les voyageurs imprudents et leur fric. Si on lui en donnait la possibilité, la Floride vous piquerait jusqu’à votre dentier, vous rendrait complètement fou avant de vous dévorer en souriant.

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Interviewée par le Tampa Bay Times, sa tante a déclaré : « C’était sa première grande aventure. Je crois qu’il n’en était pas capable. »

Ses problèmes sont allés s’amplifiant. Il s’est rendu prisonnier des bas-fonds de St. Petersburg. Il s’est vite retrouvé à la rue et s’est mis à fréquenter Williams Park, un lieu de rencontre pour tout ce que la ville compte de dealers, de junkies et de gens de passage. Il a arrêté de prendre ses médicaments. S’est fait arrêter pour avoir volé un vélo. S’est jeté sous les roues d’une voiture. A craché à la figure d’un infirmier de l’hôpital psychiatrique. S’est étranglé avec des équipements hospitaliers. A essayé de se noyer dans Mirror Lake après avoir fumé du crack.

Son casier judiciaire (incroyablement facile d’accès en Floride) liste huit arrestations depuis le mois de mars. En outre, il avait été enfermé deux fois dans les semaines qui ont précédé sa mort – en tout, sept fois en l’espace de 6 mois. Parfois à sa propre demande, parfois non.

Il avait besoin d’aide. S’il ne recommençait pas à prendre ses médocs, il allait péter les plombs et tuer quelqu’un.

Et quelque part dans ce chaos, dans ses moments les plus désespérés, le cannabis synthétique a croisé sa route.

La hache volée de Kenneth Robert Sprankle. Photo publiée avec l’aimable autorisation du commissariat de St. Petersburg

Le cannabis synthétique, ce n’est pas le truc que fume votre mère en cachette pendant que vous êtes en cours.

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Souvent appelé Spice, le cannabis de synthèse se retrouve sous la forme de centaines de cannabinoïdes synthétiques développés dans les années 1980 par le Dr John W. Huffman et son équipe de scientifiques, qui espéraient soigner les maladies comme la sclérose en plaques. Beaucoup de produits de première et deuxième génération, comme le JWH-018 ou le JWH-007, portent les initiales de Huffman. Les générations suivantes ont des noms plus funky, comme le AKB48 ou le XLR-11.

Ils se présentent sous forme de poudre ou intégrés à des mélanges d’herbes. Des fabricants underground trempent diverses herbes comme de la damiana, de la lavande et du lotus bleu dans une solution chimique de cannabinoïdes. Souvent, les solutions incluent des éléments mystère comme des opioïdes de synthèse, des bronchodilatateurs, du thymol. Ils permettent aux produits chimiques de se fixer sur les herbes, bien que cette technique ait prouvé son caractère incertain, créant des « points chauds » où la concentration est beaucoup plus forte. Si vous vous retrouvez à fumer un de ces « points chauds », accrochez-vous.

Une fois que la récolte synthétique est obtenue, ses fabricants la mettent dans des sachets brillants et lui filent des noms sexy, comme Spice, K-2, Pandora’s Box, Ultra Haze ou encore Toxic Waste. Les effets désirés vont d’une défonce modérée à l’euphorie pure et simple, en passant par des hallucinations.

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Les ingrédients utilisés pour ces mélanges sont rarement divulgués sur l’emballage. Figure en revanche la mention « impropre à la consommation humaine » : ce qui ne dissuade aucunement les gens d’en fourrer dans leur pipe favorite avant de tirer dessus de toute la force de leurs poumons.

À l’inverse de la marijuana, avec laquelle il est impossible de faire une overdose, ingérer trop de Spice peut induire des hallucinations intenses, des palpitations, une incapacité à parler, des vomissements, des épisodes psychotiques, des expériences de mort imminente, de la paranoïa, des tremblements incontrôlables et même des crises cardiaques.

Un Floridien anonyme après avoir fumé du Spice. Photo via l'utilisateur YouTube o0Nightshadez0o

Récemment, j’ai fait la connaissance d’un mec dans un café, et le sujet du Spice est venu sur la table. Il a préféré rester anonyme, mais m’a confié qu’il avait eu l’impression que son cœur allait exploser à l’intérieur de son torse. Il m’a répété plusieurs fois qu’il fallait que je dise aux gens que ça n’avait rien à voir avec la marijuana. « Ce truc est taré », m’a-t-il dit.

Si vous avez de la chance, ça va vous faire planer comme jamais. Sinon, vous pourriez finir sur le sol de votre maison à être secoué de spasmes, dans un lit d’hôpital, ou à pourchasser des inconnus dans la rue avec des objets tranchants.

Une nouvelle étude, « Ischemic stroke after use of the synthetic marijuana 'spice’ »  [AVC ischémique après consommation de marijuana de synthèse], publiée le 8 novembre dans Neurologypar des chercheurs de l’université de South Florida, tend à établir un lien entre le cannabis synthétique et le risque d’attaque.

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Les chercheurs ont présenté le cas étrange d’un frère et d’une sœur qui ont tous deux souffert d’un « infarctus cérébral grave » après avoir fumé séparément du Spice provenant du même sachet et contenant du JWH-018.

L’étude note aussi que l’augmentation des attaques mises sur le compte de la marijuana peut être corrélé à la consommation de cannabis de synthèse. Parce que beaucoup de potheads se tournent vers la défonce légale (surtout quand ils n’arrivent pas à se fournir en weed) et que beaucoup de composés synthétiques ne sont pas détectés par les analyses toxicologiques, il est possible que les attaques attribuées à la marijuana soient en réalité dues au Spice.

Fumer du Spice, c’est comme jouer à la roulette russe avec les équilibres chimiques de votre cerveau. Même si vous connaissiez chaque herbe et composé chimique qui se retrouvent dans votre mélange, vous ne seriez pas plus avancé sur ce qui se passera quand si vous roulerez un bon gros spliff avec et que vous lâcherez ses ingrédients sur votre cerveau.

Il fut un temps où toutes sortes de cannabis de synthèse étaient vendus légalement sur Internet et dans les épiceries, même les stations-service, et ce partout aux États-Unis. Ce temps est révolu. Mais pas vraiment.

Le gouvernement fédéral a commencé à sévir en 2011, chose inévitable quand les gens se mettent à tomber comme des mouches. Cette année, la DEA a ajouté de nombreux composés synthétiques – notamment le JWH-018 – sur la liste des substances interdites à la production, à la vente et à la consommation.

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En dépit des attaques dont il fait l’objet, le Spice continue à être produit. Les enfoirés de l’ombre qui produisent du Spice à la pelle n’ont pas baissé les bras et laissé tomber le marché. Ils ont juste changé de recette. Chaque nouvelle interdiction sert juste à créer une nouvelle génération de produits non testés aux effets inconnus.

Après que le Gouvernement a commencé à sévir, la procureure générale de l’État de Floride, et combattante déclarée des drogues, Pam Bondi, a impulsé deux règlements d’urgence – dont le plus récent date d’octobre dernier – afin de bannir temporairement toujours plus de substances. Elle espère que les législateurs de Floride pérenniseront cette interdiction à l’occasion de la session 2014.

En dépit des efforts législatifs poussés, la région de Tampa Bay reste un endroit privilégié pour la production et la vente de cannabis de synthèse. En 2012, une équipe d’enquêteurs de ABC Action News a découvert de nombreuses entreprises impliquées dans la vente de quantités massives de Spice.

Une entreprise de Tampa, Baba Wholesale, produisait et distribuait énormément de Spice. Après que leur activité a été mise à jour, Baba Wholesale a disparu – ils ont très probablement déménagé dans une ville avec des journalistes moins curieux.

Quand l’équipe de ABC les a pris au piège et confrontés à propos des effets dangereux de leurs produits sur les kids, George Challita, le boss de Baba, a demandé, non sans cynisme : « Pourquoi me soucierais-je de quelqu’un que je ne peux pas contrôler ? »

On ignore quelle marque de Spice Ken Sprankle a fumée avant son expédition à la hache. Son passé de drogué et de malade mental aux tendances suicidaires a contribué à mettre toutes les chances contre lui lorsqu’il a fumé ce joint. Même si les questions subsistent quant à l’usage d’une arme létale, l’agent qui a tiré sur Sprankle a été dédouané de toute faute.

Par un curieux détour du destin, Ashton Stottler, un homme ayant affirmé que Sprankle l’avait pourchassé sans raison apparente, a été arrêté neuf jours plus tard pour agression d’un agent de police et possession de marijuana de synthèse. Il a plaidé coupable et a écopé de 35 jours de prison.

Mais Stottler, cette année, ne s’est pas contenté de se faire poursuivre par un homme armé d’une hache. En janvier, il a poignardé un homme à treize reprises après que ce dernier a fait irruption dans une maison de l’Arkansas où il séjournait en compagnie d’une amie. Stottler a plaidé la légitime défense.

D’une façon bizarre, Stottler avait essayé de recoudre les plaies de l’homme avec du fil dentaire avant que les flics ne débarquent.