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De retour à SOFEX après le printemps arabe

La troisième guerre mondiale en preview lors de la nouvelle édition du plus grand salon d'armement du Proche-Orient

D'après les gens qui étudient des trucs, l'endroit où Yahvé est supposé avoir fait pleuvoir du feu sur Sodome et Gomorrhe se trouve à seulement quelques kilomètres de la ville d'Amman, en Jordanie. L'ancien site de la colère de Dieu est aujourd'hui le meilleur endroit où acheter les outils de celle des hommes – la semaine dernière, la ville accueillait le SOFEX (Special Operations Force Exhibitions) 2012 : un salon militaire qui dévoile les armes les plus impressionnantes et les plus vénères du marché. Comme vous le savez si vous vous intéressez aux nouveaux enjeux du monde arabe, la colère des hommes n'est pas prête de s'apaiser.

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VICE s'est déjà rendu à SOFEX mais, à la suite du Printemps arabe, je voulais voir si certaines choses avaient changé dans le business de la guerre ; s'il y avait plus de demandes d'armes en cette période d'incertitude et si certains des généraux et représentants officiels du gouvernement suaient un peu plus que d'habitude en venant faire leurs emplettes.

Ce général soudanais nous disait : « Le Printemps arabe est une chose naturelle. Vous oppressez les gens pendant des années puis ils se rebellent. »

Pour me faire une idée de ce qu'il y avait dans le catalogue de cette année, j'ai discuté avec un type du Midwest, employé de DS ARMS – grand fabricant de fusils mitrailleurs basé à Chicago – sur un stand du Pavillon Américain de SOFEX. Comme s'il expliquait les différentes fonctionnalités d'un nouvel aspirateur, il détaillait celles du FAL 7.62, inspiré par un fusil mitrailleur belge vieux de 50 ans « à la différence qu'aujourd'hui, il y a un lance-grenades attaché au canon, comme une bonne vieille baïonnette. »

Le FAL 7.62 de DS ARMS : un fusil mitrailleur avec un lance-grenades.

« Le lance-grenades est fait pour cibler une zone étendue » dit-il. « Si tu tires dans une pièce, une fenêtre ou un véhicule, tout peut exploser en même temps. Il contient beaucoup de charges explosives. Regarde, le lance-grenades est très polyvalent ; adapté aux policiers, aux militaires, à tout le monde – tu peux mettre plusieurs types de munitions à l'intérieur. Tu peux mettre des plombs, de la chevrotine, du gaz lacrymogène, des explosifs, des fusées de détresse et même des grosses balles en caoutchouc que tu peux tirer en direction du sol et laisser rebondir dans la foule. C'est une arme très polyvalente. Tu peux l'utiliser pour le combat rapproché, même si beaucoup de gens considèrent que c'est trop puissant pour ce genre de trucs. En fait, c'est une arme très populaire et qui va le devenir encore plus à cause des gilets pare-balles qu'utilise de plus en plus fréquemment l'ennemi de nos jours… La plupart des pays du Moyen-Orient en ont déjà fait l'acquisition. »

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Qu'est-ce que ce type du Midwest américain peux t-il bien avoir dans la tête lorsqu'il parle de l'« ennemi » ? Al-Qaida ? Les Salafistes égyptiens ? Les Talibans ? La Syrie ? Ou n'importe quel type arborant un t-shirt Che Guevara ? Si DS ARMS vend ces armes à l'étranger, comment décident-ils de qui sont les gentils et les méchants ?

« Nous sommes très responsables » répond-il lorsque je lui demande s'il pourrait vendre des armes aux ennemis des États-Unis. « Toutes les ventes passent par le Ministère des Affaires Étrangères mais il y a beaucoup de ventes. » (Il voulait être sûr qu'on ne fasse pas mention de son entreprise spécifiquement.) « Il y a des rumeurs selon lesquelles des ventes à destination du Koweït auraient été détournées et conclues avec la Libye. »

Ça m'a paru intéressant que la Libye ait pu acheter des fusils mitrailleurs FAL au Koweït car je venais justement de les voir parler avec un représentant de RPG (lance-roquettes) à l'autre bout de la tente. Environ cinq délégations libyennes étaient à SOFEX cette année, sous la direction du nouveau chef Yussef Al-Mangush, un ancien colonel dans l'armée de Kadhafi qui a finalement rejoint la rébellion. Il avait été emprisonné par Kadhafi puis libéré lorsque Tripoli est tombée. Maintenant, il est ici et se ballade de stand en stand afin de déterminer qu'elle est la meilleure façon de dépenser des millions dans de petits jouets meurtriers.

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Un mannequin d'un genre indéterminé présente le casque High Performance Ballistic de NP Composites (disponible en vert olive, bleu marine et bleu ciel.)

Quand j'ai demandé au général libyen Hassid ce qu'il était venu acheter, il m'a répondu : « Nous venons pour tout. » J'ai pris ça comme la réponse bateau qu'un militaire donne à un journaliste – il n'allait pas dire : « Oui oui, nos ports sont particulièrement vulnérables. » Plus tard, lorsque j'ai parlé au Commandant – qui s'est présenté sous le nom de Ghaffar – de leurs besoins, il m'a répondu : « L'OTAN a détruit toute notre force aérienne. Il fallait que ça arrive. Ce n'est pas grave car c'était de la vieille camelote russe. Maintenant, nous repartons de zéro. » Peut-être qu'ils sont vraiment venus pour tout.

Ghaffar, le commandant Libyen

Ma conversation avec les Libyens avait quelque peu remis en question mon regard sur le marché des armes. D'un côté, je suis horrifié par ces machines de guerre. D'un autre côté, je ne peux pas m'empêcher d'admirer ces hommes qui ont mené la rébellion contre un tyran mégalomane.

La Libye n'était pas le seul pays représenté au salon de cette année. Le Yémen, le Bahreïn, l'Irak, l'Égypte, la Tunisie, le Pakistan et la Palestine étaient tous venus choper les dernières avancées en termes de technologie militaire. Au bout d'un moment, on aurait vraiment dit un océan de veste camouflage, de médailles et de moustaches. Quand j'ai demandé au représentant RPG ce qui intéressait les représentants libyens, il m'a corrigé : « Vous voulez dire, algériens ? »

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Le général yéménite Ahmed Al-Ashmal parle shopping avec un représentant de Rosoboronexport, une agence d'import/export gérée par le gouvernement russe. « L'insurrection est terminée » nous a dit Al-Ashmal. « Le Yemen va retrouver le calme. Inch'Allah. »

Une chose est sûre : les officiels bardés de médailles qui déambulent au salon de Amman se trouvent dans le même pays que beaucoup de leurs anciens concitoyens. Considéré comme l'un des pays les plus stables de la région, la Jordanie est devenue une destination refuge pour – selon les chiffres des Nations Unies et du gouvernement jordanien – quelque deux millions de Palestiniens, 110 000 Syriens et 450 000 Irakiens.

Réfugiés ou pas, la plupart des habitants de Amman savent que SOFEX a lieu ici. Des généraux tracent en ville armés de leurs grosses berlines pendant que plusieurs F-16 fendent les nuages. « Vous savez, je suis en train de dessiner un avion » me souffle mon chauffeur alors que nous roulons vers les tentes au premier jour du salon. « Il peut voler jusqu'en Amérique en moins de trois minutes et transporter 2000 tonnes de missiles. » Je lui ai dit que ça semblait assez impressionnant et il a continué : « Mais ma meilleure arme est une bombe atomique. Je vais l'utiliser pour prendre le contrôle de la planète. » Est-ce qu'il plaisantait ? Était-il défoncé ? Les anges qui ont détruit Sodome et Gomorrhe avait bien pris une forme humaine, après tout. Ange ou chauffeur de taxi, je pense qu'il m'aimait bien – il m'a donné la permission de diriger l'Asie au cas où son plan fonctionnerait.

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Abdallah Al-Sadoun, qui participait pour la première fois à SOFEX, nous a dit : « Le Printemps Arabe ? Nous verrons bien ce que ça va donner. »

La plupart des participants de SOFEX semblent autant brasser du vent que notre taxi dictateur. Les généraux qui représentent des pays dont les gouvernements ont été renversés récemment veulent faire croire qu'ils ont le contrôle de la situation, mais leur destin est plus qu'incertain. Beaucoup de cartes de visite sont échangées mais très peu de ventes ont lieu à SOFEX. D'après les nombreux journalistes qui tournaient autour de la tente où se trouvait le buffet, la Jordanie aurait acheté une douzaine d'hélicoptères AH-6i lors du SOFEX 2010 – l'agence de presse américaine a rapporté qu'une lettre d'intention a même été signée – mais la vente devait être « finalisée cette année. » Elle pourrait ne jamais l'être du tout ; ce genre d'incertitudes est monnaie courant dans ce triste business.

À l'extérieur de la tente Design and Development du Roi Abdullah, j'ai assisté à la démonstration d'un drone du Micro Air Vehicle (un drone à 120 000 $ présent sur la liste de courses de tous les pays cette année). Un Colonel jordanien s'extasiait de voir ce petit jouet tueur d'hommes s'élever à plus de cinquante mètres au beau milieu du ciel azur. Alors que le drone redescendait tranquillement sur terre, les badauds ont pu voir le colonel et le représentant se serrer la main. « Oui, oui, c'était très bien » disait le colonel, souriant. « Je dirais à mes hommes de rester en contact avec vous et nous en rediscuterons – peut-être pour en arriver à une vente. » À SOFEX, comme pour Sodome et Gomorrhe, la destruction est imminente mais qui sait vraiment ce qui s'y passe ?

Le Général saoudien Al-Sandoun (au milieu) avec le directeur de MRKS Security (à gauche) et leur PR (à droite) discutent de l'achat d'un drone (en haut) de chez Aeryon Labs.