Where the wild things bulgare

Notre amie la photographe Estelle Hanania est revenue de Bulgarie avec ces photos de fêtes païennes qui sont publiées sous la forme d’un joli petit livre appelé <i>Parking Lot Hydra</i>, aux éditions Decathlon Books de Peter Sutherland. On en a fait...

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févr. 10 2010, 11:00pm

PROPOS RECUEILLIS PAR MATHIEU BERENHOLC
 


Notre amie la photographe Estelle Hanania est revenue de Bulgarie avec ces photos de fêtes païennes qui sont publiées sous la forme d’un joli petit livre appelé Parking Lot Hydra, aux éditions Decathlon Books de Peter Sutherland. On en a fait une petite sélection avant de lui poser quelques questions.

Vice : Salut Estelle, tu peux nous expliquer l’origine de ces cérémonies ?
Estelle Hanania :
Il s’agit de rituels hivernaux qui ont lieu un peu partout en Europe, de fin décembre à début janvier. Ça date d’avant le Moyen Âge, des sociétés paysannes qui associaient l’arrivée de l’hiver à des puissances démoniaques. La mort de la nature, les animaux qui hibernent, les jours qui diminuent… Les costumes effrayants ayant pour but de faire fuir ces mauvais esprits, ou des les amadouer.

Et comme dans tout carnaval, les gens sont bourrés pendant trois jours ?
Imagine, des dizaines de camions déversent des centaines d’hommes qui se préparent à défiler en chantant, buvant, dansant... Ajoute à ça les barbecues, les orchestres. En trois jours le sol de la ville se jonche de bouteilles vides, de pétards, de plumes, de poils tombés des costumes…

Les costumes sont complètement fous, tu peux nous en dire plus ? On dirait qu’ils ont utilisé des cadavres d’animaux.
Ils sont assez organiques, c’est vrai, certains sont faits à partir de plumes d’oiseaux, voire quasiment d’oiseaux entiers avec les ailes déployées, comme des trophées de chasse. On trouve souvent des vestiges de chasse, d’ailleurs, des dents, des mâchoires, des cornes, des peaux… Il y a aussi ceux qui sont recouverts de longs poils de chèvre et de poils synthétiques, ils n’ont pas de visage et doivent mesurer plus de deux mètres de haut. Ils se déplacent en bandes et se secouent en faisant onduler leurs poils, c’est vraiment impressionnant. C’est ce côté abstrait, déshumanisé et très sculptural qui m’a le plus intéressé.

Tu étais déjà allée en Suisse et en Autriche, quelles sont les différences que tu as pu noter avec les rites bulgares ?
En Bulgarie tout est plus brut, plus gris et marron, boueux et brumeux, j’ai beaucoup aimé.

Ces fêtes étaient-elles permises à l’époque communiste ?
Les rituels ont traversé les époques en s’adaptant aux divers contextes sociopolitiques. La cohabitation entre communisme et traditions païennes n’était pas forcément évidente. Les communistes ont vidé la tradition de son contenu mystique originel pour encourager l’émulation entre villages et groupes, pour amener une idée de compétition.

Ces cérémonies se déroulent un peu partout en Europe, tu as ­l’intention d’en photographier d’autres ?
Ça dépendra de mes prochaines recherches et où elles me mèneront.
















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