Moitié grizzly, moitié ours polaire : une nouvelle espèce hybride dans le nord du Canada ?

On l’appelle le « pizzly », si le père est un ours polaire, ou un « grolar » si le père est un grizzly.

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23 Mai 2016, 8:00am

Image via Facebook/Didji Ishalook

La semaine dernière, Didji Ishalook a eu un drôle d'ours dans sa ligne de mire. Il marchait sur un terrain enneigé, non loin de sa maison, dans un coin perdu du nord du Canada. Ishalook s'est dit que la rencontre n'était pas anodine.

La chasse est une activité importante dans le petit hameau d'Arviat. C'est d'ailleurs le cas dans l'ensemble du territoire arctique de Nunavut. Dans la culture autochtone, tuer son premier ours, ce n'est pas rien.

Mais ce que le chasseur de 25 ans ne savait pas en appuyant sur la détente, c'est qu'il s'agissait aussi d'un moment important pour la communauté scientifique.

L'ours qu'il a tué avait la fourrure blanche d'un ours polaire, mais il était plus petit, avec des griffes et une forme de tête typiques du grizzly. Des experts pensent qu'il pourrait s'agir d'un hybride des deux espèces.

On l'appelle le « pizzly », si le père est un ours polaire, ou un « grolar » si le père est un grizzly. Les Inuits parlent d'un nanurlak, c'est le résultat d'un croisement entre deux espèces génétiquement proches.

Facebook / Didji Ishalook

Chris Servheen étudie les ours. Il met en garde sur le fait que seuls des tests génétiques pourront déterminer si l'ours du chasseur est un hybride, même si cela est probable. Ce spécimen pourrait être également le témoignage d'une hausse des hybridations.

« On dirait qu'il y en a de plus en plus ces derniers temps » explique ce professeur de l'université du Montana. « Ce que l'on voit désormais dans l'Arctique c'est que les ours polaires passent de plus en plus de temps sur la terre ferme, et y arrivent plus tôt dans leur période de reproduction. »

Les ours polaires chassent surtout les phoques sur la banquise Arctique, où ils se promènent la plus grande partie de l'année. Mais avec des températures en hausse dans la région — deux fois plus rapidement que ce que l'on observe dans le reste du monde — la banquise s'amenuise, ce qui complique la chasse pour les ours polaires.

En janvier dernier, l'anneau de glace autour du Pôle Nord a été particulièrement petit pour ce mois de l'année, d'après les mesures satellites du National Snow and Ice Data Center. Des scientifiques sont inquiets et pensent que la glace pourrait disparaître de l'été arctique au cours de ce siècle.

Mauvaise nouvelle pour les ours polaires donc. Mais Servheen explique que ce réchauffement des températures touche aussi les grizzlis qui poussent plus au nord. Cela a pour effet que les animaux des deux espèces ont de plus en plus de chances de se croiser et de se reproduire ensemble. Le scientifique tempère toutefois en prévenant que les hybridations repérées ne sont généralement pas confirmées par test ADN.

Les États-Unis et le Canada s'opposent régulièrement à propos de la classification des ours polaires comme espèce « menacée d'extinction ». Il est difficile de connaître la population exacte des ours polaires, des observations iraient même vers un mieux ces dernières années. Mais le consensus de la communauté scientifique va dans ce sens : des changements climatiques menacent les ours. Le gouvernement américain pousse régulièrement pour une meilleure protection de l'espèce.

Au Canada, les ours polaires sont chassés par des communautés autochtones, et leur classification en espèce menacée d'extinction rendrait illégale la vente de leurs peaux à l'international. Les chefs des Premières nations estiment que ces peaux sont une source de revenus non négligeable pour les communautés pauvres de l'Arctique. Des groupes de défense des droits des animaux et écologistes disent que la chasse ajoute aux menaces qui pèsent sur les ours polaires, mais pour Servheen ce n'est pas le coeur du problème.

« Le gros problème pour les ours polaires, ce n'est pas la chasse indigène, c'est la réduction de la glace due à la montée des niveaux de CO2 », explique-t-il. « De grandes zones vont probablement être inhabités par les ours polaires et la population devrait se réduire de façon dramatique, à mesure de la réduction de la glace. »

Une conséquence de cette nouvelle donne — des ours polaires allant vers le sud quand des grizzlis poussent vers le nord — c'est l'augmentation du nombre de pizzlys/grolars. Les deux espèces sont, d'après Servheen, suffisamment proches pour avoir une descendance fertile. Mais il ne croit pas à l'émergence d'une nouvelle espèce.

Il pense que les hybrides ne sont pas une bonne nouvelle pour les ours.

« Cette hybridation n'est pas une bonne chose pour le futur des ours polaires, et cela ne va pas donner une sorte de nouvel ours qui survivra avec succès en Arctique. »


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Cet article a d'abord été publié sur la version anglophone de VICE News.

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