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Photos : Marie Hyld
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Ils font semblant d'être en couple, pour l'amour de l'art

La photographe Marie Hyld a fait des rencontres sur Tinder. Elle a demandé à ses matchs de poser avec elle, comme s'ils étaient en couple depuis toujours.
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR

Cet article a été initialement publié sur VICE Danemark.

« J’ai passé au peigne fin Facebook, Instagram et Tinder. J'ai swipé à gauche et à droite jusqu'à en devenir malade », raconte Marie Hyld au sujet de ses rencontres numériques. Selon cette photographe de 24 ans, l’aspect superficiel des réseaux sociaux affecte notre rapport aux autres dans la réalité. N’en démontre l’évolution de la culture du dating : on s’efforce de maintenir l'image parfaitement entretenue qu’on renvoie sur Tinder dans la vie réelle, ce qui nous rend moins ouverts et présents dans nos rencontres, poursuit-elle. C’est cette réflexion qui a inspiré son nouveau projet artistique, Lifeconstruction, une série de portraits intimes avec des inconnus rencontrés sur des applications de rencontres.

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Pour commencer, Hyld a décidé de rouvrir son compte Tinder et de l'adapter au projet. Dans sa biographie, elle a expliqué qu’elle souhaitait se rendre chez la personne et prendre des photos – comme s’ils étaient en couple depuis des années. Elle s’est aussi montrée claire sur le fait que les photos seraient rendues publiques, donc matcher avec elle signifiait accepter de participer au projet. « J’ai commencé à scroller, c'était vraiment super intéressant de voir des gens à qui l’idée a plu et qui ont accepté ma proposition. J’ai rencontré à peu près à tous les gens que j’ai matchés. Ils ont tous aimé l’idée », se souvient-elle.

Dans le coin de chaque photo, la photographe note depuis combien de temps elle connaît son date – le temps exact qui s’est écoulé entre le moment où elle l’a rencontré et celui où elle a pris la photo. Elle nous a appliqué le processus de mise en scène de son projet.

VICE : Salut, Marie. Avant de rencontrer tes matchs, avais-tu une idée précise de la façon dont tu voulais les prendre en photo ?
Marie Hyld : D’habitude, c’est mon environnement qui m'inspire. Mais là, je n’étais jamais allée chez eux, donc je ne pouvais pas prévoir quoi que ce soit. C'était l’un des aspects les plus passionnants de ce projet. Je ne savais jamais à quoi m’attendre. Je ne pouvais rien planifier, alors j’ai dû faire avec. Mon objectif personnel était de me laisser aller et de faire ce que bon me semblait.

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Je pense qu’on manque de temps aujourd'hui, on n’est jamais vraiment présents dans nos interactions. La situation s'aggrave et – à mon avis – les réseaux sociaux y sont pour quelque chose. Ironie de l’histoire, mon projet n’aurait jamais pu exister sans Tinder.

Deux photos de la série m’ont particulièrement marquée. Dans l’une, ton partenaire est tout vêtu de latex. Comment ça s'est passé ?
Dans mes souvenirs, son pseudo Tinder était « M. BDSM » et je trouvais ça super cool. Je sentais aussi que j'avais besoin d'un moment « wow » dans ma série – une photo qui accroche le regard – où quelqu'un se mettrait à nu et deviendrait vulnérable. Je lui ai d’emblée expliqué que le BDSM n’était pas mon truc, mais que je travaillais sur un projet photo.

Quand il a ouvert la porte, il était habillé normalement – à l’exception près qu’il portait des chaussettes en latex. Il avait un regard pétillant. Il m’a montré sa garde-robe pleine de tenues en latex. Il m'en a prêté une qui était à son ex. J'ai dû me badigeonner d'huile rien que pour entrer dedans. Il a dû faire la même chose, et ça nous a bien fait marrer. On a même fait une photo pour ma mère qui s'inquiétait de savoir que j’allais chez un homme que je ne connaissais pas. Ça s'est passé un mardi après-midi et la seule raison pour laquelle je l'ai fait, c’est que je suis ouverte d’esprit et que j'ai saisi l'opportunité.

L'autre photo qui m’a marquée, c’est celle où vous êtes assis devant l'ordinateur. Pourquoi as-tu choisi de prendre une photo comme ça ? Il était vraiment branché ordinateurs. Tout son appartement était décoré et agencé de sorte à passer autant de temps que possible devant l’ordi. J'imagine que cela aurait probablement joué un grand rôle dans notre relation hypothétique. C'est un de ces moments où je me suis laissée porter par l’environnement dans lequel je me trouvais.

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