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Des expatriés reviennent sur ce qui les a le plus surpris à leur retour en France

Entre culture du présentéisme et tracasseries administratives, le retour au bercail peut parfois s’avérer complexe.

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26 Juin 2017, 4:30am

Photo via l'utilisateur Flickr Comrade King

Le 31 décembre 2016, 1 782 188 citoyens étaient inscrits sur les listes des Français établis hors de France, sachant que les personnes qui partent pour une durée relativement courte – comme une année d'échange universitaire – ne se sont pas nécessairement signalées. Aujourd'hui, on estime que 2,5 millions de Français résident à l'étranger. Si les statistiques portant sur « l'impatriation » sont bien plus rares que celles concernant l'expatriation, certaines personnes avancent qu'il serait plus simple de partir que de revenir. Entre retour à la réalité et tracasseries administratives, le retour au pays peut parfois s'avérer complexe. Toute personne qui revient en France après avoir vécu à l'étranger connaît ce partage entre la nostalgie de sa vie d'expatrié et le bonheur de retrouver son pays – et les nombreuses ripailles et instants de mauvaise foi qu'il a à offrir.

Lorsque l'on retrouve son pays natal, un temps d'adaptation est nécessaire. Il faut notamment réapprendre à différencier vin et piquette et à ne plus s'extasier devant le premier bout de fromage venu qui ne vous contraindra pas à manger des pâtes sans beurre pour le reste du mois. Au-delà de ces aspects positifs, il est parfois compliqué de ne plus pouvoir critiquer les gens à haute voix, de voir s'envoler la moitié d'un mois de salaire dans un loyer – pour un appartement aussi grand que la buanderie de celui que vous venez de quitter –, et l'autre moitié dans des bars où la pinte coûte parfois le triple de ce que vous étiez habitué à dépenser. Pour en savoir un peu plus, on a demandé à des anciens et actuels expatriés ce qui les étonne le plus lorsqu'ils reviennent en France.


« J'ai travaillé dans différentes régions du monde, et ce qui m'étonne le plus, c'est ce management à la française fondé sur la pression mise sur les employés. En France, les managers aiment vraiment presser les gens comme des citrons. Les systèmes de management que j'ai vu à l'international sont bien plus humains, et certains privilégient le bien-être de l'employé avant tout. En France, il est notamment mal vu pour un cadre de quitter son travail à 17 heures. Alors qu'en Irlande, on me pousse toujours à rentrer chez moi le plus tôt possible. De plus, les Français s'obstinent souvent à appliquer une distance entre le chef et l'employé, ce qui ne rend pas le travail agréable. Au contraire, à l'étranger on laisse plus de place aux relations informelles – ce qui te donne parfois plus envie d'aller au boulot. C'est principalement pour ces raisons que je suis repartie à l'étranger, comme nombre d'expatriés avant moi. » Rose, développeur de projet dans les énergies renouvelables

« En arrivant au Mexique, je savais que j'atterrissais dans un pays où les relations humaines sont généralement plus chaleureuses qu'en Europe. Mais je ne savais pas que les Mexicains étaient à ce point polis et courtois. Toutes leurs expressions et formules de politesse marquent un grand respect envers l'interlocuteur. Pour moi, le paroxysme de ce trait de caractère est le fameux salud [« à vos souhaits »] généralisé quand vous éternuez. Que ce soit dans le métro, dans le ciné, en salle de classe, vraiment n'importe où, tout le monde se retourne systématiquement vers vous pour vous dire Salud, et à vous de répondre "merci", bien sûr ! En rentrant en France, j'ai été surprise de ne plus entendre ce petit mot d'une attention toute mexicaine. Et j'ai même dû me contenir de ne pas le dire au quidam à l'autre bout du wagon de métro, ne voulant pas heurter la pudeur ultra-française de celui-ci. En France, le bon goût veut que l'on fasse semblant de n'avoir rien entendu. » – Alma, étudiante à Sciences Po Paris

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« Je suis revenu en France en décembre 2015, après avoir passé trois mois en Turquie, dans la ville de Bursa. En rentrant à Toulouse, j'ai été particulièrement choqué par la forte présence militaire. Voir des militaires armés jusqu'aux dents dans les transports et dans les rues m'a réellement surpris. En Turquie, malgré les attentats, on ne voyait pas autant de militaires ou de flics parader en public. » – Corentin, apprenti en école de commerce

« Avant de partir aux États-Unis, j'étais souvent inquiète quand je sortais dans la rue – surtout le soir. J'étais inquiète car je savais qu'à n'importe quel coin de rue, peu importe ce que je portais, du jogging à la robe de soirée, je pouvais me faire siffler et recevoir un commentaire désobligeant. Je ne me sentais pas tout le temps en danger, mais j'avais un sentiment d'inconfort permanent. Mon année aux États-Unis m'a confirmé que je ne me faisais pas de film. Sur une période de dix mois, je ne me suis fait siffler qu'une fois. Certes, je ne traînais probablement pas dans les quartiers où le risque de se faire siffler était le plus élevé – mais la différence est nette par rapport à la France, où l'on m'a déjà dérangée deux fois depuis mon retour, il y a seulement huit jours. Il semblerait que la France ait un gros travail à faire là-dessus. Il est essentiel d'apprendre à certaines personnes qu'il est inacceptable de s'adresser à qui que soit de cette façon. » Caroll, étudiante à Sciences Po Paris

« En Irlande, il y a beaucoup de fast-foods ou de restaurants relativement médiocres. En France, peu importe où l'on se trouve, même dans un endroit excessivement paumé, tu trouveras toujours des restaurants relativement bon marché où l'on mange très bien. On oublie parfois que la France a des spécialités dingues et un choix de produits gargantuesque. Quand on retourne dans un supermarché français, c'est le paradis. Il y a des produits, souvent de bonne qualité, pour des prix plus que réglo. La bouffe, c'est vraiment ce qui te manque le plus quand tu vis à l'étranger – il faut souvent débourser des sommes astronomiques pour se procurer de bons produits. » – Tom, assistant producteur

« Après avoir passé six mois à Cracovie puis six mois en Inde, ce qui m'a le plus étonné en rentrant en France, c'est qu'absolument rien n'avait changé. Avant de partir en Inde, j'étais hyper concernée par la place des femmes dans la société – et les inégalités socio-économiques au sens large. En Inde, j'ai été confrontée de manière assez brutale à ces questions, même si je gardais à l'esprit que la situation était également loin d'être idéale en France. Sauf qu'à mon retour, j'ai réalisé à quel point notre modèle social avait finalement peu évolué. En fait, je me suis simplement rendu compte que les pays considérés comme "développés" ne l'étaient pas nécessairement. » – Claire-Lise, étudiante à Sciences Po Toulouse

« Après un séjour en Suède, j'ai réalisé à quel point la culture française était riche, et je suis même devenue nostalgique de la qualité de réflexion des Français. En Suède, j'étais désespérément à la recherche d'âme avec qui je pourrais éventuellement construire une discussion, mais malheureusement, la plupart des personnes que j'ai croisées avaient la même manière de penser. Mais à côté de ces qualités de réflexion indéniables, les Français me sont également apparus superficiels et prétentieux notamment lorsque je les ai analysés avec mes yeux d'expatrié à Berlin. » – Mehdi, étudiant à l'ESTP

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