Sur le green avec un golfeur professionnel
Le coach de Baptiste Chapellan, Olivier Serres, s'allume une cigarette. Il entraîne quatre autres golfeurs français.
La vie des autres

Sur le green avec un golfeur professionnel

On a filé deux appareils photo à un jeune golfeur français – l’un pour qu'il documente une semaine de tournoi, l’autre pour qu'il photographie ses moments de décompression.
16.6.17

Dans l'imaginaire collectif, les golfeurs professionnels sont des hommes d'âge moyen qui passent leur vie au country-club, entourés de femmes séduisantes et de liasses de billets. Mais cette image fantasmée ne représente pas vraiment le quotidien de la plupart des golfeurs – si ce n'est peut-être celui de Tiger Woods à l'apogée de sa carrière. Les golfeurs sont avant tout des sportifs, qui passent leur semaine à s'entraîner, à affiner leur tactique avec leur coach et à voyager un peu partout dans le monde pour disputer des tournois. Si certains gagnent effectivement bien leur vie, nombre de joueurs professionnels ne brassent pas encore des millions. Baptiste Chapellan fait partie de cette seconde catégorie. Il est passé golfeur professionnel en 2008, à l'âge de 21 ans. L'année suivante, il a remporté le titre symbolique de meilleur rookie de l'Hexagone, et participe au Challenge Tour depuis 2010. Aujourd'hui, Baptiste est classé 53e du Alps Tour. Dans le cadre de notre série « La vie des autres », je l'ai contacté pour lui filer deux appareils photo jetables – l'un pour documenter une semaine de tournoi, l'autre pour photographier ses moments de répit. À la réception des clichés, je lui ai passé un coup de fil pour qu'il m'en dise plus sur sa manière d'occuper ses journées.

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Baptiste, au trou numéro 10

Baptiste, au trou numéro 10

VICE : Salut Baptiste, depuis combien de temps fais-tu du golf ?
Baptiste Chapellan : Ça fait maintenant 20 ans. J'ai commencé à l'âge de neuf ans, en 1996. J'ai su que je voulais être golfeur professionnel trois ans plus tard. Par la suite, j'ai eu un parcours assez classique : vice-champion de France minimes (-15 ans), victoire au Trophée des Landes à 20 ans (pour référence, Sergio Garcia avait été le vainqueur de l'édition 1997), meilleur handicap de France et passage chez les pros à 21 ans, première victoire chez les pros l'année suivante et participation à l'Open de France. De 2010 à 2014, j'ai été membre de la deuxième division européenne. Et puis les pépins physiques sont arrivés : fracture du scaphoïde, fracture du cinquième métacarpien à la main droite, et à la gauche 10 mois plus tard. Du coup, je suis redescendu au classement. Mais cette année, j'ai gagné les qualifications des cartes d'accès à la troisième division européenne. Je reviens petit à petit. Comment se déroule la semaine type d'un joueur de golf professionnel ?
Il y a deux semaines types, en fait : la semaine de tournoi et la semaine de décompression. Lors d'une semaine de tournoi : il faut arriver sur le site le lundi ou le mardi selon les vols ; faire le parcours de reconnaissance, prendre des notes, mettre en place une stratégie pour la semaine (le parcours change chaque semaine, il faut changer de stratégie à chaque fois) le jour d'après ; mercredi libre (on s'entraîne un peu et on a le temps de visiter la ville) ; puis le tournoi commence. Le vendredi soir, 40 % des joueurs sont qualifiés pour le week-end, tandis que les autres rentrent chez eux. Le dimanche soir, soit on se rend directement sur le site du prochain tournoi, soit on rentre à la maison. Lors d'une semaine à la maison : ouvrir son courrier (il arrive qu'on ne rentre pas pendant plusieurs semaines – mon maximum, c'était dix semaines), ranger les factures, faire des machines, voir le coach, s'entraîner, voir le kiné, profiter de ses proches, organiser une petite fête pour décompresser et préparer ses affaires pour le tournoi de la semaine suivante.

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Entre deux tournois, Baptiste boit des bières avec ses potes.

Entre deux tournois, Baptiste boit des bières avec ses potes

Combien de tournois fais-tu par an en général ? Et combien d'heures passes-tu sur les parcours par semaine ?
En moyenne, je participe à 25 tournois par an. Quand on est en tournoi, je fais au moins cinq parcours par semaine – sachant qu'il faut compter environ cinq heures pour finir un parcours. En plus de ça, on fait une heure d'échauffement avant, puis on s'entraîne pendant deux heures. On fait aussi 30 minutes d'entraînement physique, puis étirements et décrassage. Ça fait beaucoup d'heures, en gros. Entre les photos où on te voit boire des coups, fumer des cigarettes avec tes potes et tracer sur des terrains à travers le monde, t'as quand même l'air d'avoir un quotidien tranquille.
Sur les photos, on peut voir le bon côté de la chose effectivement. Quand on est pro on voyage beaucoup et j'adore ça – j'ai visité une bonne trentaine de pays. Il m'arrive aussi d'être invité à jouer dans des endroits magnifiques et des hôtels incroyables, donc oui c'est très cool.
Mais il y a quand même des côtés négatifs. On stresse beaucoup, on s'entraîne quasiment tout le temps, on revient très peu chez soi – on n'a donc pas vraiment de vie de famille, et peu de week-ends entre potes. Il y a aussi des moments difficiles quand tu enchaînes les mauvaises performances et que tu te trouves en Colombie, au Kazakhstan, ou au fin fond de la Norvège, seul dans ta chambre d'hôtel. Concernant les clopes, c'est un sujet assez marrant. Sur mon circuit, il est interdit de fumer sur le parcours, sauf au départ du trou numéro 1 et du numéro 10. Sur les autres circuits, il est autorisé de fumer, mais la télévision fait en sorte de ne pas le montrer ! Avant les pros fumaient très souvent, mais ça disparaît petit à petit. Ce sport devient de plus en plus athlétique et physique.

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Au Maroc, avec le golfeur Édouard Dubois et des amis

On associe souvent le golf à un sport de types ultra calmes. À l'inverse, je suis persuadé que les golfeurs sont de vrais tarés, mais dis-moi si je me trompe.
Oui, il y a des gros tarés, crois-moi… On est livrés à nous-mêmes très jeunes, et certains partent parfois en sucette, même si on a tendance à s'assagir avec le temps. Mais si tu veux des anecdotes, il faudra que tu passes pro pour voir ça de tes propres yeux [rires]. Les golfeurs ont l'air posés, mais certains partent au quart de tour. En compétition, j'ai déjà vu un gars mettre un coup de boule à l'un de ses adversaires pour un simple désaccord.

Sur tes photos, j'ai vu des parcours différents, tu étais sur plusieurs tournois ?
J'ai amené l'appareil photo à Marrakech, où se déroulait la Coupe de France – j'ai terminé 16 ème. On me voit aussi au golf du Médoc. Je m'entraîne là-bas depuis toujours. C'est une journée d'entraînement où on me voit avec Grégory Havret – qui a notamment battu Tiger Woods en un contre un.

Au golf du Médoc, où Baptiste s'entraîne régulièrement

Comment vivent les golfeurs français, et toi en particulier ?
On va dire qu'aujourd'hui, il y a une quinzaine de Français (dont je ne fais pas encore partie) qui vivent vraiment bien et parviennent à faire de très bons résultats. Il y a 10 ans, il n'y en avait qu'entre cinq et huit. Financièrement, seule l'élite européenne en vit très bien. J'aime ce que je fais, mes sponsors m'aident à continuer, et je les en remercie beaucoup. En plus j'ai eu deux années compliquées avec mes blessures, et ce n'est pas simple de dégringoler dans le classement et de devoir gagner des prize money pour t'en sortir. Pour finir, c'est quoi ton classement actuel ?
Je suis 53ème au Alps Tour. Je joue très bien depuis quelques mois, mais ça n'influe pas encore sur le classement actuel. On est au début de la saison, il n'y a eu que trois tournois pour l'instant – donc tout reste à faire sur mon circuit. Merci Baptiste. Et bon retour en force.

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Retrouvez Félix sur son site.

Le chien de Baptiste

Le Club House du Golf du Médoc

Entraînement au golf de la presqu'île d'Ambes, avec Olivier Serres

Un dimanche en famille

Golf du Royal Mougins à Cannes

Week-end à Arcachon avec une amie