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Burundi

Burundi : coups de feu nourris lors des manifestations, élections législatives reportées

Ce mercredi, alors que le président Pierre Nkurunziza autorisait le report des élections locales et législatives, ses opposants ont fait face à la police, qui a réprimé les manifestations en tirant des coups de feu, en particulier à Musaga.
20.5.15
Photo par Jerome Delay/AP

La police burundaise a investi, dans la journée de mercredi, le quartier de Musaga, dans la capitale du pays, Bujumbura. De nombreux coups de feu, parfois en rafale, ont été tirés, rapportent les journalistes présents sur place. Les manifestants ont jeté des pierres sur la police, avant de déserter les rues du quartier. À la fin de la journée, des manifestants étaient de retour dans la rue, réclamant le départ des forces de police, redescendues en nombre dans Bujumbura. Ces dernières journées c'était les militaires, perçus comme moins violents vis-à-vis des manifestants qui encadraient les mouvements de protestation.

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Le jour décline à Musaga. Police et groupe soldatq en chiens de faïence. Derrière : des manifestants. Compliqué. — Jean Philippe remy (@jpremylemonde)May 20, 2015

Depuis lundi, les manifestations, contre la candidature du président Pierre Nkurunziza aux élections présidentielles du 26 juin, ont repris. Elles s'étaient interrompues après l'échec du coup d'État mené, vendredi dernier, par le général Godefroid Niyombare, qui serait encore en fuite à l'heure actuelle.

Ce mercredi, les quartiers de Nyakabiga et Cibitoke, autres foyers de la contestation, semblaient également en proie à des heurts entre manifestants et policiers, rapporte RFI. L'axe de la RN7 (et avec, le pont qu'elle emprunte) a été le lieu stratégique des oppositions entre forces de l'ordre et manifestants. Cette voie relie le centre de Bujumbura au quartier de Musaga, où vivent de nombreux contestataires opposés à la troisième candidature du Président Nkurunziza. En fin d'après -midi, heure locale, les manifestants étaient toujours dans les rues de Musaga, et aucun bilan ne pouvait encore être donné après cette journée d'affrontements.

Plus tôt dans la journée de ce mercredi, un soldat de l'armée burundaise aurait été tué par balle, dans le quartier de Nyakabiga, à la suite d'un tir de policier, d'après ce qu'on dit témoins et un soldat sur place. « Un soldat vient d'être tué, il a été touché au coeur, c'est un policier qui a tiré », a affirmé ce soldat d'après l'AFP, ajoutant que les policiers tiraient, selon cette même source, « à hauteur d'homme ». C'est la première fois que la police revient en si grand nombre dans les rues de Bujumbura après l'échec du putsch.

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En fin d'après-midi, armée et police étaient toujours présents dans le quartier de Musaga. Au cours des trois semaines d'affrontements, l'armée a souvent joué le rôle de tampon entre les policiers et les manifestants. Selon les correspondants du Monde et de RFI, les ambulances n'étaient pas autorisées à entrer dans le quartier en fin de journée, alors que des manifestants ne voulaient pas quitter la rue.

Alors que les affrontements faisaient rage dans la ville, la présidence a annoncé, ce mercredi matin que les élections législatives et communales, initialement prévues le 26 mai prochain, ont été décalées au 5 juin. Ce report a été décidé par un décret du 19 mai, signé par le président Nkurunziza. Selon la présidence, c'est la commission électorale, la Ceni, qui a recommandé au président ce report.

Le président Nkurunziza devait s'adresser à la nation ce mercredi. La page Facebook de la présidence a annoncé que cette adresse a déjà été enregistrée et devait être diffusée ensuite sur la Radio-télévision nationale burundaise (RTNB), le principal média public du pays.

Les autres principaux médias burundais, privés, ont été fermés ou ne peuvent travailler, à l'exception d'Iwacu, un média indépendant qui a repris du service après cinq jours d'arrêt. D'autres médias, comme la Radio RPA ou la chaîne de télévision Télé Renaissance, ne peuvent toujours pas publier. Le siège de la RPA avait été attaqué par des assaillants non identifiés officiellement, jeudi 14 mai, avant la tentative de coup d'état, tout comme les radios Isanganiro et Bonesha FM.

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— Sonia Rolley (@soniarolley)May 19, 2015

La veille de ces attaques de médias indépendants, la radio-télévision privée Rema, favorable au pouvoir, avait été incendiée.

Ce mardi, les bureaux d'Iwacu accueillaient une réunion à laquelle participaient notamment l'ambassadeur américain au Burundi, le directeur de Télé Renaissance Innocent Muhozi, et le conseiller en communication de la présidence Willy Nyamitwe. Ce dernier aurait déclaré, selon Iwacu et l'ambassadeur américain, que les médias indépendants pourront émettre de nouveau après avoir fait l'inventaire des destructions et après l'identification de leurs assaillants.

L'accès à une information vérifiée est un point crucial de la crise. En début de semaine, une rumeur reprise par plusieurs médias, comme Burundi Agnews ou Burundi Forum, faisait état de livraisons d'armes par la France aux rebelles burundais. En réalité, un avion militaire français a bien atterri au Burundi, mais pour déployer une quinzaine de gendarmes français, afin de protéger l'ambassade de France à Bujumbura.

Depuis le début de la contestation, fin avril, plus de 100 000 Burundais ont quitté le pays et une irruption de choléra parmi les réfugiés en Tanzanie s'est déclarée, selon l'ONU.

Suivez Matthieu Jublin sur Twitter @matthieujublin

Photo par Jerome Delay/AP