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Vidéo du prêtre otage : les Femen s'expliquent

Inna Shevchenko, leader des FEMEN international revient sur la genèse et les raisons de cette vidéo qui était un faux.
25.11.14
Image via Twitter

Le groupe féministe Femen proteste activement contre la venue du pape au Parlement européen, suivant les méthodes choc dont le groupe est coutumier. Lundi, une militante Femen, a brandi, seins nus, un drapeau européen sur l'autel de la cathédrale de Strasbourg pour protester contre la venue le lendemain du pape devant le Parlement européen. Sur son dos, était inscrit, en anglais « Le pape n'est pas un homme politique. » Elle a pu quitter les lieux sans être inquiétée, mais son action a été vivement critiquée.

Dans un communiqué, Bernard Cazeneuve a « condamné fermement l'incident ». Comme le rappellent plusieurs médias ou le groupe lui-même, cette action a eu lieu en Alsace où le délit de blasphème s'applique en principe toujours, en raison des spécificités de la région en termes de séparation de l'Église et de l'État.

FEMEN rappelle au passage que l'Alsace-Moselle est la seule région de France où le délit de blasphème existe encore! — FEMEN France (@Femen_France)November 24, 2014

Vendredi dernier, le groupe a publié une vidéo montrant un prêtre se faire enlever par deux militantes cagoulées et seins nus. Sur Twitter, les Femen demandent l'annulation de la visite du Pape en échange de la libération du prêtre. Sur le réseau, certains internautes interrogent la véracité du kidnapping, tandis que d'autres s'en indignent.

FEMEN kidnaps a priest from FEMEN France on Vimeo.

Le lendemain, la photo du soi-disant prêtre embrassant une militante accompagnée de la légende : « Le prêtre kidnappé par les #FEMEN renonce à ses voeux. » dissipe les doutes. Sur Facebook, les féministes revendiquent cette fausse prise d'otage : « Dans cette guerre ouverte que la religion a déclaré aux femmes, nous continuerons à inventer de nouvelles formes de provocations toujours plus impertinentes, humoristiques ou choquantes pour faire entendre notre message, » peut-on lire.

Dans une interview accordée ce mardi à VICE News, Inna Shevchenko, leader des FEMEN international revient sur la genèse de cette vidéo, inspirée par le site Gorafi et réalisée par Femen France avec l'aide de soutiens de l'organisation.

VICE News : Pourquoi considérez-vous que le pape ne devrait pas se rendre au Parlement européen ? 

Inna Shevchenko : Laisser le pape s'exprimer devant le Parlement européen, c'est nier la laïcité et la liberté d'expression qui sont les principaux concepts politiques de l'Europe. Pour gagner plus de soutien et dissimuler la crise, le Parlement de l'Union européenne est prêt à sacrifier la laïcité et à se laisser écraser par le pape. En essayant d'apparaître plus progressif sur certains points, le pape fait du lobbying pour interdire l'avortement, la contraception, l'euthanasie, etc. J'ai peur des lois qui peuvent émerger du Parlement après cette intervention. En étant certes moins radical dans ses discours que les précédents missionnaires de Dieu, le pape François gagne un soutien politique plus grand au Vatican, ce prieuré dangereux pour la liberté et l'égalité.

Le pape n'est pas seulement un chef religieux, c'est aussi un chef d'État.

Cet argument est absurde. Si vous reconnaissez sérieusement [le Vatican] comme un État, qui a d'ailleurs été proclamé, alors il faut reconnaître que c'est un État religieux. L'activité du pape revient à faire du prosélytisme. Vous pouvez le tourner comme vous voudrez, mais cette visite est une atteinte à la laïcité. Et on laisse ça passer au Parlement européen. Je me demande pourquoi si peu de défenseurs de la laïcité en France s'élèvent contre ça. J'espère qu'il y en a encore quelques-uns.

En s'adressant au parlement de l'Union européenne, le pape représente un État si vous voulez, mais un État catholique responsable des pires crimes de l'histoire de l'humanité, qui durent encore aujourd'hui.

C'est la première fois que vous faites un faux, pourquoi avoir opté pour cette stratégie ?

C'est la première fois que l'on produit notre propre vidéo. C'est à la fois une protestation, et une tentative de faire émerger un débat. En général, on agit devant les gens et devant des caméras extérieures. On expérimente de nouvelles stratégies sans cesse, et c'est une des façons dont notre action peut se prolonger. Les Femen ne sont pas conservatrices, nous sommes intéressées à l'idée de faire et de proposer de nouvelles choses. Ici, on a pris l'idée de pasticher l'information au site le Gorafi, qui réussit, grâce à des blagues, à dénoncer les mauvais côtés de la société. On a donc pris leur idée et on l'a expérimentée avec la tactique des Femen. On est satisfaites de ce premier essai, et on va en faire plus.

Ne craignez-vous pas que cela affaiblisse vos actions à venir, puisque le public pourra dorénavant douter de la véracité de vos actions ? 

Pourquoi les Femen perdraient de la crédibilité aux yeux du public ? Les actions que vous connaissez ont eu lieu dans l'espace public. Poutine et Berlusconi ne sont pas des acteurs. Il faut accepter que les Femen évoluent et surprennent avec de nouvelles stratégies, auxquelles certains ne sont pas prêts, comme à nos actions seins nus du début.

Vous revendiquez le fait que le féminisme est non-violent, mais n'est-ce pas violent sur le plan psychologique de publier de fausses vidéos de prises d'otage, au moment où de telles vidéos, réelles, nous parviennent ?

Est-ce que vous jugez de la même manière les parodies des Guignols ou du Gorafi ?

Suivez Étienne Rouillon sur Twitter : @rouillonetienne

Mélodie Bouchaud a participé à la rédaction de cet article.

Image via @Femen_France