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Les employés de Google dénoncent le harcèlement sexuel et les inégalités dans la compagnie

« Pour chaque histoire publiée dans le New York Times, il y en a des milliers d’autres. »
Les employés de Google dénoncent le harcèlement sexuel et les inégalités dans la compagnie
Les employés manifestent en Californie. Crédit photo: Michael Short/Bloomberg via Getty Images

Des centaines d’employés du géant informatique Google ont quitté jeudi leurs bureaux pour protester contre la manière de traiter les femmes et les dossiers d’inconduites sexuelles à l’interne. La manifestation nommée « Walk Out For Real Change » (« Sortir pour un vrai changement ») a été portée par plus d’une quarantaine de bureaux, un peu partout dans le monde, comme à Singapour, Tokyo, Londres, Zurich, New York et Dublin.

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Les employés y attaquent la culture d’entreprise de Google, décrite par les organisateurs comme « une culture de complicité, de mépris et de soutien » pour les personnes accusées de harcèlement, d’inconduites et d’abus de pouvoir.

La manifestation survient une semaine après qu’un article publié par le New York Times a révélé que Google avait protégé le créateur d’Android, Andy Rubin, accusé d’inconduite sexuelle par une autre employée, pour des gestes posés en 2013. La plainte a été jugée crédible. Le directeur général de Google d’alors lui avait demandé de démissionner. Au final, Rubin a été élogieusement remercié pour ses années de service, et on lui a remis une compensation financière de 90 millions de dollars américains. Rubin a nié les accusations sur Twitter, en plus de dire que la compensation financière était sauvagement exagérée.

L’article précise qu’Andy Rubin est un des trois dirigeants protégés à la suite d’accusations d’inconduites sexuelles. Un autre a été remercié avec une large compensation financière, tandis que le dernier était toujours en poste. Il a finalement démissionné mardi.

Une ingénieure chez Google depuis plus de dix ans a exprimé un fort malaise par rapport à ces situations, en entrevue avec le Times. « Quand Google étouffe les affaires de harcèlement, ça contribue à créer un environnement où on a peur de signaler des inconduites », explique Liz Fong-Jones, qui milite également en faveur des droits des travailleurs. « On se dira que ça ne mènera à rien, ou pire, que les hommes vont être récompensés et que les femmes vont être mises de côté. »

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On voit qu’elle n’est pas la seule à faire de telles critiques. Des centaines d’employés en ont ras le bol et ont choisi de l’afficher publiquement.

Dans un communiqué de presse, les employés déplorent un climat toxique, qui prend beaucoup plus d’ampleur. « Pour chaque histoire publiée dans le New York Times, il y en a des milliers d’autres, à tous les niveaux de la compagnie. La plupart n’ont jamais été racontées », peut-on y lire.

Les employés ont formulé des demandes précises, martelant qu’ils en avaient assez des belles paroles et que c’était le temps de poser des gestes concrets. On réclame un rapport transparent sur les précédentes plaintes pour harcèlement et inconduites dans la compagnie, de même qu’un processus clair et uniforme pour dénoncer les inconduites sexuelles de manière sécuritaire et anonyme. On exige également la fin de « l’arbitrage forcé » dans les cas de harcèlement et de discrimination, en plus de la fin des iniquités en matière de salaire et de possibilités d’avancement au sein de la compagnie.

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Cette semaine, Google a voulu rassurer ses employés en assurant que la compagnie avait sévi dans les cas d’inconduites sexuelles depuis le départ d’Andy Rubin. Elle a ajouté avoir mis à pied 48 employés accusés d’inconduites sexuelles, dont 13 hauts gestionnaires, et ce, sans leur accorder de compensation financière.

Dans une déclaration transmise par courriel, le dirigeant de Google, Sundar Pichai, a indiqué que les dirigeants étaient au courant des manifestations d’aujourd’hui, et qu’ils leur avaient offert leur soutien. Pichai juge que leurs idées pour améliorer l’environnement de travail sont « constructives. Nous recevons tous leurs commentaires, pour changer ces idées en actions. »

Justine de l'Église est sur Twitter.