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L’invasion des crabes bleus fait de la vie des pêcheurs espagnols un enfer

Comparés à l’État islamique, les crustacés ont traversé l'Atlantique et tout bouffé sur leur passage.

par Jelisa Castrodale
01 Avril 2019, 10:43am

Photo : Getty Images

Sur le web, il y a des milliers de recettes de crabe bleu : bouilli, cru, en salade ou en curry, avec ou sans beurre à l'ail. Franchement, n’hésitez pas à vous mettre une petite alerte si vous aimez bien jouer avec vos artères ou si vous habitez sur la côte méditerranéenne espagnole.

Depuis que l’envahissant crustacé a été aperçu sur les rives du delta de l'Èbre en 2012, il prolifère au point de devenir, selon le Guardian, un problème pour les locaux : cela fait sept ans que les crabes bleus qui batifolent dans le coin dévorent tout ce qui passe entre leurs pinces.

La communauté scientifique tente encore de définir l’origine de leur présence. Si vous avez déjà passé des vacances dans le Maryland, vous savez que les crabes bleus sont originaires de l'est des États-Unis et qu’il est assez surprenant d’en trouver si près de la Catalogne.

Les crabes bleus se sont rapidement « mis à l'aise » en dévorant les filets et les crabes verts ou enragés qui vivaient dans les mêmes eaux.

La plupart des biologistes pensent que les crabes se trouvaient dans l'eau des ballasts de certains navires et qu'ils ont été éjectés par inadvertance dans les eaux espagnoles. Mais la façon dont ils ont été transportés de l'autre côté de l'Atlantique importe peu. Les crabes se sont rapidement « mis à l'aise » en dévorant les filets et les crabes verts ou enragés qui vivaient dans les mêmes eaux.

Les pêcheurs du delta en capturent chaque jour une tonne. Un chiffre en constante augmentation puisqu'en une semaine, le total des prises dépasse généralement les 12 tonnes – soit l’ensemble des crabes bleus remontés à la surface pour toute l’année 2017.

En raison de leurs griffes acérées, les crabes bleus détruisent les filets traditionnels et doivent être capturés à l'aide de paniers en métal spécialisés. Il n’est pas rare que les crustacés soient la seule chose que certains pêcheurs prennent de la journée.

Ces prédateurs sont considérés comme des parasites si invasifs qu’ils ont même été comparés à l’État islamique lorsqu'ils ont commencé à apparaître de plus en plus au large de la Tunisie. Selon les pêcheurs locaux, eux aussi ont « tout détruit ».

Des scientifiques du Centre de recherche marine de l’Université d’Alicante (CIMAR) en Espagne tentent de trouver des moyens de contrôler la population de crabes bleus. Tâche rendue difficile par un cycle de reproduction beaucoup plus rapide que le rythme de travail des chercheurs.

La seule solution pour limiter leur expansion serait de commencer à les manger. En nombre. Certains militent pour que plus de permis de pêche soient délivrés, permettant à un plus grand nombre de pêcheurs commerciaux d’utiliser des cages ou des paniers spécifiques au crabe.

Heureusement, le crabe bleu est plutôt pas mauvais en bouche et se marie très bien à des plats comme la paella. « Le crabe est là et les conditions de son succès aussi », a déclaré au Guardian Joan Balagué, chef de l'association des pêcheurs de Sant Carles de la Rapita.

« C'est devenu une ressource et il y a un marché pour ce crabe. Pour les pêcheurs, c’est une aubaine. On doit s’adapter et tirer le meilleur parti de ce qu’on peut avoir. » Une adaptation qui pourrait nécessiter beaucoup de beurre à l'ail.


Cet article a été préalablement publié sur MUNCHIES US

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