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Il est temps pour l’Université McGill de changer le nom des Redmen

« L’adoption du nom des Redmen a pris racine avec les couleurs de McGill, mais elle était tout aussi fermement enracinée dans l’histoire du colonialisme et du racisme. »
À McGill, les étudiants s’opposent au nom Redmen depuis 1953
Photo extraite de l’album de fin d’études de McGill de 1952

La pression s’accentue sur l’Université McGill pour qu’elle change le nom de ses équipes masculines de sport, les Redmen, un terme jugé raciste envers les Premières Nations par une grande majorité des étudiants. À un référendum le 12 novembre dernier, ils ont voté à 78,8 % en faveur du changement de nom. La direction de l’université a alors lancé un groupe de travail chargé d’étudier la question.

Tomas Jirousek, le commissaire aux affaires autochtones de l'Association étudiante, mène depuis des mois la campagne pour faire changer les choses et dénonce une opposition chancelante : « Le seul argument qu’on nous donne, c’est que l’équipe a été nommée ainsi à cause des couleurs de l’école, mais je doute sérieusement que le nom ne soit pas lié à du racisme anti-autochtone. Les archives de l’université prouvent plutôt le contraire. »

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Suzanne Morton, professeure d’histoire à l’Université McGill, travaille depuis quelques mois à l’étude des archives de l’université et partage l’opinion de Tomas Jirousek : « C’est à partir de 1927 qu’on a commencé à surnommer l’équipe de football de McGill les Redmen, explique-t-elle, à cause des couleurs de l’équipe, mais surtout pour suivre la tradition de donner aux équipes sportives des noms autochtones [les Indians de Cleveland, les Eskimos de Duluth, les Braves de Buffalo, les Tomahawks d’Ottawa…, NDLR]. Toutes les équipes ont et avaient leurs couleurs, mais elles ne s'appelaient pas pour autant Greenmen, Goldmen ou Bluemen. »

« D’ailleurs, même des équipes qui n’avaient pas de rouge dans leur histoire utilisaient le nom “Redmen”, poursuit-elle. [L’Université du Massachusetts de 1948 à 1972, l’Université de Guelph entre 1957 et 1967 et l’Université St. John’s jusqu’en 1994, NDLR]. En 1947, McGill a embauché l’ancien coach de la NFL Vic Obek, comme entraîneur de l’équipe de football, et plus tard en tant que directeur des sports de l’université. Il a apporté le style américain qui mélange sport et spectacle, et a eu envie d’insister sur le nom des équipes pour en faire des marques. L’équipe junior intermédiaire a été nommée les Indians. »

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« C’est à cette époque que la chanson des équipes sportives de McGill est officiellement devenue Hail to the Redmen, raconte Suzanne Morton. Les paroles étaient les suivantes : « Braves on the warpath, fight for Old McGill, Scalp’em, swamp’em, fight for the kill » (« Braves sur le sentier de la guerre, battez-vous pour McGill la vieille, scalpez-les, écrasez-les, battez-vous jusqu'à ce qu'ils soient tous morts »). À la même époque, on a commencé à appeler les équipes féminines les Squaws et les Super Squaws. »

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Déjà en 1953, les étudiants de McGill étaient mal à l’aise avec les icônes autochtones sur les affiches. « C’était déjà un vrai sujet de débat dans les réunions universitaires. On s’attend à ces réactions-là dans les années 70, mais, si tôt, ça prouve bien que le malaise existait déjà, explique-t-elle. Quand les étudiants ont montré leur désaccord face au nom Redmen en 1953, on leur a répondu qu’il était plus facile de dessiner un logo représentant un Amérindien qu’une merlette. »

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« Je ne peux pas accepter les déclarations voulant que ce nom ne soit pas lié à du racisme depuis toujours. Ce n’est pas un débat pour moi, ajoute Suzanne Morton.

L’adoption du nom des Redmen a pris racine avec les couleurs de McGill, mais elle était tout aussi fermement enracinée dans l’histoire du colonialisme et du racisme. Et si nous voulons avancer dans le respect mutuel et faire en sorte que les étudiants autochtones se sentent bien à McGill, cette relique du 20e siècle doit être effacée. »

Mais, selon Tomas Jirousek, ce serait aussi une question d’argent. D’après lui, « certains anciens élèves ne veulent pas du changement de nom. Parmi ceux-là, certains donnent beaucoup d’argent à la section des sports de McGill, ils disent à l’université que, si les équipes sportives changent de nom, ils arrêteront de donner. C’est écœurant que McGill choisisse l’argent plutôt que les étudiants autochtones. Il faudrait plus de donateurs qui appuient notre cause afin d’aider à changer les choses. »

« C’est devenu une urgence, poursuit Tomas Jirousek. Quelle que soit l’histoire du nom, les étudiants autochtones souffrent de cette situation en ce moment même, et ils ne veulent pas venir à McGill à cause de ça. »

Le 6 décembre 2018, le groupe de réflexion de l’Université McGill rendra ses conclusions sur le sujet.

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