Eminem n’aide pas son cas avec la vidéo pour « Fall »

Après les critiques mitigées de son nouvel album, « Kamikaze », le légendaire rappeur semble donner raison à ses détracteurs.
4.9.18
Image: Eminem.com

La semaine dernière, notre collègue de chez Noisey, Phil Whitmer, avançait la thèse que le rappeur torontois Drake est l’équivalent dans le hip-hop des Red Hot Chili Peppers. À ce moment-là, rien ne laissait vraiment présager que le rappeur préféré de la première cohorte de milléniaux, Eminem, s’apprêtait à sortir un nouvel album.

Sorti à la va-vite sur toutes les plateformes vendredi dernier, Kamikaze est un ramassis d’à peu près tout ce que vous pourriez vous imaginer d’Eminem en 2018. Beaucoup de diss, le même flow furieux et les rimes multisyllabiques qui ont fait sa réputation. Comme chaque fois, les plus vieux fans et les puristes du hip-hop ont applaudi l’effort de Marshall, alors que les autres ont été au pire contrariés, et au mieux indifférents.

Mettons tout de suite quelque chose au clair : Eminem fait objectivement partie de la liste des meilleurs rappeurs de tous les temps. Beaucoup de ses pairs le placent régulièrement dans leur top 5, et sa plume a influencé celle de beaucoup des rappeurs les plus populaires du moment, de Tyler, The Creator à Machine Gun Kelly. Mais il semble que le rappeur quarantenaire ait de plus en plus de mal à accepter les critiques, ce qui est un peu ironique, considérant qu’être irrévérencieux et insouciant fait partie intégrante de ce qui lui a valu un culte de personnalité. Pourtant, sur cet album, Marshall Mathers fusille tout et tout le monde, s’en prenant entre autres aux deux rappeurs nommés ci-dessus, ainsi qu’à la scène du mumble rap en entier, aux autres rappeurs blancs et même à Ja Rule (c’est quand la dernière fois que vous aviez pensé à Ja Rule?).

Probablement qu’Eminem aurait pu profiter de l’avis de quelqu’un de plus jeune avant de sortir la nouvelle vidéo pour sa chanson Fall, parue sur Kamikaze. Essentiellement, la vidéo commence avec le rappeur en voiture avec des amis, qui se fâche, car il ne cesse de recevoir des alertes de commentaires désobligeants sur ses chansons. Il sort de la voiture et tente de fuir un monstre, qui pourrait, selon votre interprétation personnelle, représenter soit ses démons, soit le hip-hop actuel. Dans le clip, Eminem ne cesse de tomber, mais atterrit toujours sur ses deux pieds. Je ne vous dirai pas comment ça se termine, mais vous le savez probablement déjà.

Côté musique, c’est probablement la chanson la plus incendiaire de l’album, essentiellement destinée à fusiller tous les rappeurs qu’il déteste et les publications qui ont fait paraître des articles négatifs à son sujet. Sur papier, les paroles sont franchement bonnes, mais elles se transposent mal sur le beat qui n’est pas tout à fait adapté au flow d’Eminem. Et le refrain, quant à lui, est carrément dégueulasse, et il ruine la chanson.

En gros, tout donne à penser que ce serait peut-être Eminem, et non pas Drake, qui serait l’équivalent rap des Red Hot Chili Peppers. Il sort tous les trois ou quatre ans un album polarisant, qui plaît d’abord et avant tout aux fans ride or die, et qui passionne les autres surtout à cause des débats sur internet qui l’entourent. Comme les Peppers, il partira en tournée, et on ira le voir par nostalgie, pour se rappeler de l’époque où on fumait des joints en écoutant ses tounes au secondaire, mais ça ne sera probablement pas pour entendre ses nouvelles chansons.

D’une certaine façon, Eminem, c’est un peu comme l’oncle qu’on trouvait vraiment cool quand on était jeune, qui nous a tout montré et beaucoup influencés, et qu’on continue d’aimer en grandissant. Mais à un moment, on se rend compte que Tonton Marshall a des problèmes de consommation, de gestion de la colère, qu’il souffre probablement d’éphébophobie légère, et que ça l’amuse encore d’utiliser des termes misogynes et homophobes en 2018.

Billy Eff continue d'aimer Tonton Marshall malgré tout. Il est sur internet ici et .