Nos Nouveaux Voisins

Les différences entre les écoles d'Érythrée et d'Europe

En arrivant en Suisse, je n'arrivais pas à différencier toutes ces personnes à la peau claire – elles se ressemblaient toutes pour moi.

par Yonas Gebrehiwet
29 Mai 2017, 7:00am

Yonas (au centre) remporte un prix scolaire en Érythrée. Photo publiée avec l'aimable autorisation de Yonas Gebrehiwet.

Cet article fait partie de la série « Nos Nouveaux Voisins », pour laquelle des jeunes réfugiés de toute l'Europe ont écrit sur les sujets qui leur tenaient à cœur. Cliquez ici pour en savoir plus.


Yonas, 20 ans, est originaire de l'Érythrée. Il vit actuellement à Rheineck, en Suisse.

Pour ceux qui sont nés dans un pays où les chances de réussite sont quasi nulles si vous n'avez aucun diplôme universitaire, il ne vous reste qu'une seule solution : devenir le meilleur de la classe. C'est pour ça que je faisais déjà partie des meilleurs élèves dans mon pays natal, l'Érythrée. Mes parents n'arrêtaient pas de me répéter : « Tu dois étudier, ou tu n'arriveras jamais à rien ! ». Ça m'a toujours mis la pression, et je m'appliquais beaucoup. Mes acquis m'ont été d'une grande aide il y a cinq ans, quand j'ai déménagé en Suisse. J'avais alors 15 ans. Néanmoins, j'ai dû tout apprendre de la langue et de la culture suisse.

J'étais une véritable boule de nerfs lors de mon premier jour de cours à Rheineck. Je savais que tout ce que j'apprendrai à partir de ce jour serait nouveau pour moi. J'ai par exemple mis un certain temps avant de parler aux autres. Au début, je n'arrivais pas à établir de différence entre toutes ces personnes à la peau claire, elles se ressemblaient toutes pour moi — d'autant plus que je faisais de nouvelles rencontres chaque jour.

J'ai été surpris par le faible nombre d'étudiants en classe, 15 élèves seulement. Avant, nous étions 60 dans ma classe – une situation loin d'être avantageuse. Aussi, nous n'avions jamais de polycopiés car nos professeurs n'avaient pas assez de moyens à leur disposition, alors nous devions recopier tout ce qu'ils écrivaient sur le tableau. C'était vraiment pénible. En Suisse, j'avais aussi beaucoup plus de temps pour parler avec mes professeurs, et l'ambiance de classe était beaucoup plus calme.

En Érythrée, je passais seulement la moitié de mes journées à l'école — cinq jours par semaine. J'avais tout l'après-midi pour faire mes devoirs. Pendant ces matinées, notre enseignement n'était que théorique. Nous avons à peine reçu d'éducation physique — on nous laissait seuls pour préparer des gâteaux, ou on nous confiait des travaux manuels comme de la couture.

En Afrique, se rendre à l'école était un véritable défi. En Érythrée, certains élèves mettaient une ou deux heures pour venir à l'école en voiture ou à pied. Heureusement pour moi, ma maison se situait à seulement cinq minutes de l'école. En Suisse, se rendre à l'école n'était pas vraiment un problème. Lorsqu'un élève vit à une certaine distance de l'école, il n'a qu'à prendre le bus ou son vélo pour venir. Personnellement, je mettais deux fois plus de temps pour me rendre à l'école en Suisse.

Une photo plus récente de Yonas, par Ladina Bischof

J'ai dû combattre beaucoup de préjugés sur l'Afrique lors de mon premier jour d'école. La plupart des gens pensaient que je ne vivais pas dans une vraie maison en Érythrée. Même après leur avoir montré des photos de ma ville natale, ils me demandaient tout le temps : « Est-ce qu'il y a des vraies maisons en Afrique ? ». J'essayais d'expliquer la même chose, encore et encore.

Je n'ai pas non plus réussi à me faire rapidement de nouveaux amis. J'étais un bon élève, alors j'ai senti qu'un sentiment de jalousie et de compétition s'était instauré entre mes camarades et moi. Par exemple, ça ne faisait que six mois que j'étais là, mais j'ai été le seul à résoudre un problème donné par notre professeur de mathématiques. Le meilleur élève de maths m'a alors détesté à cause de ça et a essayé de liguer les autres contre moi.

J'ai eu beaucoup de mal à apprendre la langue. Le plus horrible étant surtout de parvenir à distinguer le haut allemand du suisse. Ça peut paraître drôle maintenant, mais j'ai mis six mois à me rendre compte qu'en dehors de l'école (où on était censé parler allemand), les gens parlaient dans un dialecte suisse. Je me suis senti inutile pendant des mois — même si j'avais appris des choses, je n'arrivais toujours pas à comprendre un mot lorsque les autres parlaient dans un cadre social. C'était très frustrant ; je voulais vraiment maîtriser la langue le plus vite possible.

Parfois, mes camarades faisaient volontairement des efforts pour me parler doucement en allemand, en pensant que ça m'aiderait à comprendre. C'était plutôt l'inverse, en réalité — je devais m'efforcer de leur dire qu'ils devaient me parler normalement s'ils voulaient vraiment m'aider.

Ça fait maintenant cinq ans que je suis arrivé en Suisse. Aujourd'hui, mon occupation principale consiste à attirer l'attention sur la situation des Érythréens en Suisse. Mais en plus d'écrire des articles et de donner des interviews, je suis ingénieur textile pour une entreprise dont les bureaux se situent à quelques kilomètres de mon ancienne école. En plus de ça, le trajet pour me rendre au bureau ne me prend pas plus de dix minutes en train.

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