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L'appétit vient en buvant

C'est fou comme la malbouffe a l'air bonne, quand on est bourré. C'est dingue comme on a la dalle, quand on a bu. Des chercheurs ont prouvé que la fringale éthylique était en partie due aux réactions chimiques que provoque l'alcool dans le cerveau.
Hilary Pollack
Los Angeles, US
2.7.15

On a tous vécu une spirale de gloutonnerie éthylique, au moins une fois.

À la base, on sortait d'un restau entre potes et on était partis pour enchaîner sur un petit apéro tranquille : l'affaire de quelques cocktails (radins en alcool) qui coûtent un bras. Mais entre-temps, on est tombé sur ce vieil ami de fac (celui qu'on ne croise normalement plus que sur Facebook), il a insisté pour nous offrir un shooter de tequila, en a profité pour nous conter l'intégralité de « ses années Erasmus » et pour nous offrir encore d'autres tournées de shooters de tequila. Et puis cinq minutes plus tard (comptez deux heures, si vous êtes sobres), on s'est senti d'un coup très seul avec une pinte de bière sans bulles à la main et en train d'agoniser dans un bar sur le point de fermer.

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La suite de la soirée est elle aussi un classique : on a beau s'être enfilé une entrecôte-frites un peu plus tôt dans la soirée, plus environ 700 calories des cocktails bas de gamme à l'apéro et pourtant, une dalle monstre tape à la porte de notre estomac. Soudain, rien ne fait plus envie que cette énorme part de pizza aux lardons ou ce pauvre sandwich à la dinde un peu passé qui nous font de l'œil, là, derrière la vitre sale d'un snack miteux. Évidemment, l'idée de passer au Mcdo du coin nous traverse toujours l'esprit : un gros big mac, ou deux, avec des nuggets, de la sauce barbecue — ça serait con de se le refuser. Et puis tant qu'à faire, autant prendre un sundae caramel en dessert, ça passe bien ça, non ?

Cette envie vous prend d'un seul coup, elle est irrationnelle et vous n'avez aucun moyen pour lutter : c'est parce qu'elle est particulièrement féroce. Ce moment dont on parle, c'est quand on n'a plus qu'une seule chose en tête en fin de soirée après s'être pris une bonne cuite : bouffer.

Si on sait d'où vient la fringale qui vient après un bon joint, il y a désormais une explication scientifique qui explique pourquoi on a besoin d'avaler tout et n'importe quoi dès qu'on est un peu bourré. Une étude récente, réalisée par le Département de médecine et neurologie de l'Indiana University School of Medicine et qui sera publiée dans le prochain numéro du magazine médical Obesity, confirme que ce n'est pas un mythe : la bouffe a réellement meilleur goût lorsque l'on a bu.

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Est-ce que cette étude a pour unique but de décomplexer toutes les femmes seules et complètement arrachées que l'on croise immanquablement dans la file du Macdo à 2h du matin ?

Peut-être. Toujours est-il que sous la direction du Docteur William JA Eiler II, les chercheurs ont scrupuleusement sélectionné 35 femmes non fumeuses, non végétariennes et ne souffrant d'aucun problème de poids pour mener leur étude. Les scientifiques les ont réparties en deux groupes. Pour les femmes du premier groupe, on a administré de l'alcool par voie intraveineuse afin de pallier aux éventuels problèmes de digestion et court-circuiter la dimension sociale, tous deux liés à la prise d'alcool orale ; Pour les femmes du deuxième groupe, on a donné un placebo constitué d'une simple solution saline.

Elles ont ensuite été exposées à des parfums de nourriture et des parfums aléatoires, et on a mesuré leurs réponses cérébrales à l'aide de scanners IRM. Après s'être enivrés de ces différentes senteurs, les sujets se sont vues offrir un repas de « pâtes avec de la viande et de la sauce italienne » (c'est la jargon médical pour dire bolognaise).

De manière peu surprenante, on a constaté que les deux tiers du groupe de celles qui étaient légèrement éméchées mangeaient beaucoup plus que celle du groupe placebo. Certe, les nouilles sont généralement très appréciées par la communauté des personnes ivres, c'est incontestable — qui n'a jamais englouti une bonne assiette de pâtes recouvertes de gruyère en rentrant de soirée. Mais un début d'explication scientifique a été révélé par les scanners cérébraux : l'hypothalamus, qui assure plusieurs processus métaboliques, semble être plus sensible aux odeurs de nourriture dès lors que les sujets ont consommé de l'alcool.

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Ce phénomène de fringale post-éthylique est appelé « l'effet apéritif ». Cette étude est la première à démontrer que ce n'est pas uniquement l'action de boire qui stimule l'appétence pour la nourriture, mais aussi l'alcool en lui-même et les réactions chimiques qu'il provoque dans le cerveau.

Mais attention aux effets pervers du petit creux festif : « La plupart des boissons alcooliques sont de véritables bombes caloriques. Combinées avec l'effet apéritif, l'association peut conduire à un déséquilibre énergétique et à une prise de poids importante », avertit le Dr. Eiler dans un communiqué.

Et au cas où vous ne seriez pas encore au courant, le monde occidental a déjà atteint un taux d'obésité plutôt préoccupant. Alors, même si on ne peut pas vous empêcher de manger ce kebab — parce qu'il est deux heures du matin et que vous ne répondez plus de rien — Hé, on vous aura prévenus.