Respirer de la fumée de cannabis serait pire que le tabagisme passif

Une nouvelle étude affirme que la fumée de joint serait trois fois plus toxique que la fumée de tabac. Mais est-elle vraiment sérieuse ?
03 août 2016, 10:01am
Photo: Pixabay.

Rester quelques minutes dans un aquarium vous permettra peut-être de vous défoncer à moindre frais, mais avez-vous déjà songé aux effets secondaires ? Des études précédentes indiquent que l'exposition passive et prolongée à la fumée de cannabis ne provoque qu'une intoxication légère, mais une étude récente suggère qu'en réalité, la fumée de weed serait bien pire pour la santé que la fumée de cigarette.

L'étude, publiée la semaine dernière par l'American Heart Association, montre que lorsque des rats sont exposés à la fumée de cannabis pendant une minute, leurs vaisseaux sanguins mettent trois fois plus de temps à retrouver un fonctionnement normal que lorsqu'ils sont exposés à de la fumée de cigarette. Après une minute d'exposition, il faut en effet 90 minutes aux artères des animaux pour retrouver un diamètre et une activité idoine, contre 30 minutes avec la fumée de tabac.

« De nombreuses personnes évitent de s'exposer à la fumée de tabac mais ne se méfient pas de la fumée de cannabis, » explique le Dr. Matthew Springer de l'UCSF, professeur de médecine et auteur principal de l'étude.

« Maintenant que le cannabis a été légalisé dans de nombreux États, les individus auront de plus en plus régulièrement l'occasion d'y être exposés de manière passive. Ceux qui fument de la marijuana pour des raisons thérapeutiques ne réalisent peut-être pas que leur famille et leurs voisins pourraient en subir les conséquences. »

La diminution de la fonction artérielle provoquée par la fumée de tabac peut avoir des conséquences à long terme, explique-t-il. Il est donc cohérent d'examiner le cas de la fumée de marijuana. Les artères transportent le sang, et donc l'oxygène au cœur de manière moins efficace, ce qui pourrait temporairement augmenter le risque d'une crise cardiaque ou d'un AVC chez une personne présentant des facteurs de risque cardio-vasculaires, ajoute Springer.

Mais une étude sur les rats peut-elle être appliquée aux humains de manière aussi expéditive ?

Springer pense que oui : « Les humains et les rats réagissent de manière similaire à l'exposition à la fumée de cigarette, et les rats réagissent de manière similaire au tabac et à l'exposition à la fumée de cannabis, » explique-t-il. « Il est donc raisonnable de penser que les humains et les rats réagissent également de manière similaire à la fumée de marijuana. »

Le cardiologue John Pippin, directeur des relations académiques auprès du Comité des médecins pour une médecine responsable, ne l'entend pas de cette oreille. Il explique que l'inhalation de fumée provoque certes une constriction des vaisseaux sanguins, mais que le phénomène est le même qu'il s'agisse de fumée de cannabis, de tabac, de feu de camp ou même d'encens.

Il ajoute que les résultats de l'étude sur les rats sont insuffisants pour pouvoir en déduire quoi que ce soit pour les humains : les comparaisons physiologiques entre humains et rats ne sont pas fiables. De plus, ses propres recherches montrent que 95% des médicaments efficaces sur les rats échouent aux tests cliniques sur les humains.

« On ne peut déduire qu'une seule chose de cette étude : il vaut mieux éviter le bang quand on possède un rat domestique. »

« Je reste très sceptique devant ce genre d'étude. Pour moi, ces recherches sont totalement inutiles, » ajoute-t-il. « On ne peut en conclure qu'une chose : il vaut mieux éviter le bang quand on possède un rat domestique. »

Pippin précise qu'il serait pourtant facile de trouver des sujets humains pour une étude qui exigerait de leur faire respirer beaucoup, beaucoup de fumée de cannabis. Springer, quant à lui, réplique que le statut légal de la marijuana rend l'organisation d'études cliniques très compliquée.

« Évidemment, cela n'empêche personne d'organiser de nouvelles expériences sur l'influence de la fumée sur la physiologie humaine dans l'avenir. » conclue Springer. Mais respirer la fumée d'un gros feu de bois au nom de la Science, convenons-en : c'est moins fun.