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Seuls dans la nuit – avec les deux derniers habitants d'un petit village de montagne

Elvira et Antonio Rodríguez, âgés de 87 ans, sont les seuls habitants de Pradelas, un bled situé dans la province de Lugo, en Espagne.

par Lorena Varela
25 Avril 2017, 4:30am

Cet article a été initialement publié sur VICE Espagne.

Elvira et Antonio Rodríguez, âgés de 87 ans, sont les deux derniers habitants de Pradelas, un petit village de montagne situé en Galice. La Galice est l'une des régions d'Espagne les plus touchées par la désertification rurale. Chaque semaine, un village de la région se vide ; 3 562 d'entre eux sont désormais déserts.

Elvira et Antonio me racontent que lorsqu'ils étaient plus jeunes, le village était plein de vie. Les habitants escaladaient la montagne chaque jour et organisaient des petites fêtes où tout le monde était convié. La plupart des résidents étaient des paysans et tous étaient heureux d'être autonomes et en communion avec la nature.

Mais la dernière génération née à Pradelas a quitté le village dès que possible. Désormais, il ne reste plus qu'Elvira et Antonio. Si quelque chose leur arrivait, ils seraient obligés de se débrouiller seuls : personne ne pourrait leur venir en aide.

Depuis plusieurs années maintenant, Antonio souffre de problèmes respiratoires : il vit quasiment en permanence avec un respirateur artificiel. L'un des enfants du couple leur rend régulièrement visite pour leur apporter quelques produits indispensables – dont des médicaments. « On ne quitte presque jamais la maison, me confie Antonio. On a un petit potager, mais il fait très froid en ce moment. Nous avions plein d'animaux avant, mais on ne peut plus vraiment s'occuper d'eux. »

Elvira raconte qu'« une fois, il y a des années, alors que nous étions dans le salon, la maison a été touchée par la foudre. Il y a eu une coupure de courant alors que mon mari utilisait son respirateur artificiel. J'ai eu tellement peur que je n'arrivais plus à réfléchir correctement. J'ai essayé d'appeler une ambulance mais, bien entendu, le téléphone était également coupé. J'ai dû sortir, marcher dans la montagne au milieu de la nuit et atteindre A Pobra do Brollón, le village le plus proche. Les habitants là-bas ont pu appeler une ambulance, qui est arrivée à temps. Mais j'ai eu une peur bleue. »

Dans les yeux de l'octogénaire se lit la mélancolie de ne plus reconnaître un village qui l'a toujours accueillie. Elle n'en peut plus : à tout moment, une autre coupure de courant pourrait avoir, cette fois, une fin bien plus tragique. « Le boulanger ne vient même plus nous livrer, déplore-t-elle. Si on veut acheter de la nourriture, il faut marcher une heure pour atteindre le village le plus proche. »

Dans ce cas, pourquoi restent-ils à Pradelas, seuls, alors qu'ils pourraient habiter avec leurs enfants dans une ville de plus grande taille ? « Malgré sa maladie, Antonio ne veut pas quitter ce village : c'est là que nous nous sommes mariés et là que nous avons fondé notre famille. C'est notre foyer et il veut y rester jusqu'à la fin de sa vie », m'explique Elvira. Elle préférerait habiter à Pontevedra avec son fils, mais elle craint que le fait de quitter le village soit fatal pour son mari. « Déménager aurait des conséquences terribles sur la santé d'Antonio », m'assure-t-elle.