​John Daly, le mauvais génie du golf
Photo Reuters de Frank Polich
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​John Daly, le mauvais génie du golf

Boulimie, alcoolisme et talent : voici les ingrédients du destin hors norme de John Daly, dont la carrière sur les greens a oscillé entre grandeur et décadence.
18 avril 2017, 7:15am

Durant trois mois et à raison d'un article par semaine, la rédaction de VICE Sports vous fait découvrir les truands du sport. Des hommes et des femmes issus de différentes disciplines, dont le talent certain est éclipsé par leur comportement sur et en dehors des terrains, des courts, des parquets et mêmes des greens. Des arnaqueurs, des séducteurs, des aboyeurs, des méchants qui ont des penchants pour la picole, la drogue ou les crasses en tout genre.

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S'il existe un sport pour lequel les clichés ont la vie dure, c'est bien le golf. Dans l'imaginaire collectif, il s'agit plutôt d'un loisir, d'une activité en plein air pratiquée par des gens aisés, bien coiffés, à l'existence aussi lisse que paisible, sans le moindre remous. Puis vient John Daly, golfeur atypique des années 1990 dont la dégaine et le style de jeu détonnent dans ce monde policé. C'est simple, la vie de cet Américain au physique imposant ressemble à tous ces destins de rock stars brisés, la mort en moins. De la gloire à la déchéance, l'histoire de Daly ferait passer les déboires sentimentaux de Tiger Woods pour un vulgaire épisode d'Hélène et les Garçons. John Daly, c'est ce personnage de Bukowski qui captive avec sa bedaine vertigineuse et sa dégaine un peu crade. Le genre d'éternel incompris et d'inadapté notoire que ses défauts rendent sacrément attachant.

Mais avant d'en arriver à la période la plus sombre de sa vie, il convient de dire que John Daly est très certainement l'un des golfeurs les plus doués de sa génération. Son palmarès parle d'ailleurs pour lui. Au cours de sa carrière, il a ainsi remporté plusieurs tournois majeurs et terminé troisième aux Masters de 1993. Un palmarès admirable, en partie éclipsé dans la mémoire collective par la légende extrasportive qui entoure John Daly. Et comme toute légende se doit de commencer par une histoire improbable, il faut donc revenir en 1991 pour en connaître le prologue. Invité de dernière minute par le tournoi de l'US PGA, un prestigieux tournoi du Grand Chelem, Daly va conduire près de mille kilomètres en une seule nuit pour participer à la prestigieuse compétition. A la surprise générale, il va l'emporter au nez et à la barbe des meilleurs joueurs de l'époque. « Je n'y croyais pas moi-même. » expliqua-t-il à la suite du tournoi. Voilà l'acte fondateur de la carrière de Daly, celui qui va le positionner comme une pièce majeure sur l'échiquier du golf mondial. Par la suite, il va également remporter un autre tournoi du Grand chelem, l'Open Britannique en 1995, un palmarès d'exception donc.

Trop souvent, Daly a été brocardé comme un joueur puissant, un peu bourrin. « Parmi tous les surnoms que l'on m'a donnés, celui que je préfère est "The Lion", parce que c'est le roi de la jungle, baby ! »,__ se réjouissait-il alors. Dans une interview reprise par Le Figaro, l'Américain estime que les spécialistes « croyaient que je n'étais qu'un joueur de golf qui tapait fort dans la balle. Et on ne parlait jamais de mon petit jeu, qui me permettait souvent de scorer, et de gagner parfois... » Pour les novices, le petit jeu est l'ensemble des coups portés à proximité et sur le green (surface tondue proche du trou, ndlr). C'est la vérité. Derrière ses allures de brute épaisse, Daly est un artiste. Agile et habile, il est l'un des golfeurs les plus élégants du parcours. Mais ça, c'était avant que les choses se corsent pour lui.

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Très vite, le succès va monter à la tête de John Daly. Victime d'à peu près tous les vices, il va truster les Unes des tabloïds plutôt que celles des quotidiens sportifs. En plus de dilapider une bonne partie de sa fortune dans les casinos (on parle de près de soixante millions de dollars en quelques années), Daly est un alcoolique notoire. Un soir, il va arriver totalement ivre au Hooters, une chaîne de restaurant très populaire en Amérique. Devant son refus de quitter les lieux et son attitude de plus en plus violente, les policiers vont être obligés de le garder une nuit en garde à vue. C'est le début de la fin pour le golfeur.

L'alcool va d'ailleurs être un acteur majeur de la déchéance de Daly. Ce dernier va même en jouer, multipliant les allusions à sa passion pour la bouteille. Lors d'un tournoi, Daly va tout simplement [" target="_blank">remplacer le tee sur lequel il pose habituellement la balle par une canette de bière.](<iframe width=) Mieux encore, son régime alimentaire. Si la plupart des sportifs souhaitent faire attention à leur ligne, Daly a une vision légèrement différente des choses. Très différente, puisque "l'athlète" frôle bientôt les 110 kilos et ne peut même plus rentrer dans ses pantalons de golf. En diététicien averti, le golfeur s'impose un régime à son image, tout en excès et en démesure : il se nourrit exclusivement de popcorn, le tout généreusement arrosé de Jack Daniel's. Le pire dans tout ça ? Ça a fonctionné. En seulement quelques mois, il va réussir l'improbable exploit de perdre près de 30 kgs. Malgré cette métamorphose, les résultats ne sont plus vraiment au rendez-vous et Daly trimballe se large carcasse sur les parcours comme le Christ porte sa croix. Sauf que dans son cas, le public, ravi, attend sa prochaine excentricité et se régale de ses tenues des plus excentriques, qui semblent tout droit sortis du pire cauchemar d'un styliste Desigual.

Peut-être fatigué par des années d'outrances, le vieux lion semble maintenant s'être calmé. Sans rien renier. « En dehors du terrain, ma vie a été ce qu'elle a été. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus calme et rangé. A 50 ans, je ne suis plus un bad boy » confie-t-il. Pour conjurer son passé difficile, l'ex-enfant prodigue des greens s'est lancé dans la chanson. Après un duo avec Kid Rock, il va sortir deux galettes aux noms révélateurs : My life et I only know one way. Dans l'une de ses chansons, il entonne cette phrase, qui pourrait rester comme son épitaphe : « Des erreurs, j'en ai faites et refaites, mais je vais vous dire quelque chose, mes amis, je suis encore là, et je ne disparaîtrai pas... »