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Et soudain, l'équipage du Nostromo se réveille

12 ans après son dernier concert, la légende suisse reprend du service - et pas pour rigoler. On est allés vérifier sur pièces, à Nantes, à l'occasion de leur tournée avec Gojira.

par Lelo Jimmy Batista; photos William Lacalmontie
10 Février 2017, 8:46am

Photo - William Lacalmontie pour Noisey



Texte - Lelo Jimmy Batista
Photos - William Lacalmontie



« Franchement, je n'ai jamais entendu quelque chose d'aussi agressif. »

Telle fût la réaction d'Adel, membre du boys-band 2Be3 à l'écoute de Eyesore, deuxième album de Nostromo, lors d'un blind-test organisé par le magazine Rock Sound en août 2000. Et si l'on pourra légitimement arguer qu'on pouvait, sans chercher bien loin, trouver à l'époque nettement plus extrême et outrancier que le mélange de hardcore, grindcore et metal du groupe suisse, il est en revanche certain qu'en termes de férocité, d'ardeur, de frénésie, d'inexorabilité, de passion, de rigueur, de minutie, de mosh-pits carnassiers et de bestialité pure et inaltérée, rien, absolument rien, n'égalait Nostromo.

Découverts en 1997, alors qu'on prenait tout juste conscience de la bouillonnante scène genevoise (Knut, Shora, Brazen, Impure Wilhelmina, le fanzine Evil et les labels Snuff Records et Hannibal's Records, pour ne citer que ceux qui allaient former, dans les années à venir, la partie la plus visible du phénomène), Nostromo ont instantanément fait place nette grâce à un son littéralement accablant, mêlant technicité délirante, paroles rancunières et force de frappe insensée.

Imaginez un orchestre de Mariachis contraint sous la plus abjecte des tortures de jouer l'intégralité de Fear Emptiness Despair de Napalm Death sur le matos de Meshuggah. Imaginez Coroner libéré de ses canevas contrapunctiques et se laissant aller à d'infernales accélérations hardcore. Imaginez-vous coincé dans un conduit d'aération à travers lequel on enverrait, à 10 000 bars de pression, des kilotonnes de merde de porc. Imaginez trois des disques les plus rageurs et excitants du tournant entre les années 90 et 2000 enregistrés par un guitariste à la précision maniaque (Jérôme Pellegrini), un bassiste fou de musique électronique (Ladislav « Lad » Agabekov), le batteur le plus punitif d'Europe continentale (Maik G.) et un chanteur de ska-core (Javier « Jaja » Varela). C'était aussi simple que ça.

Et parce que le feu triomphant ne brûle jamais très longtemps, Nostromo a fini par s'effacer dans la plus parfaite dignité, discrètement, au milieu des années 2000, après un ultime album composé de morceaux live et de versions acoustiques (Hysteron - Proteron), reléguant au passé une discographie sans faute (Argue, Eyesore et Ecce Lex, tous essentiels, tous obligatoires) et des concerts où tout n'était que lutte, mouvement et opposition. « Guerre, Feu, Village » avait l'habitude de dire Jérôme, le guitariste, et « Guerre, Feu, Village » c'était, à chaque fois.

Jusqu'au jour où, à la surprise générale, la machine se remet en route, prouvant définitivement que le nom du groupe tenait plus du remorqueur interstellaire d'Alien que de l'infortuné héros de Joseph Conrad. Une réunion qui se voulait avant tout informelle, improvisée à l'occasion du mariage de Maik, le batteur, mais dont la portée a très vite dépassé les quatre genevois. « On a posté une photo de nos retrouvailles sur les réseaux sociaux et immédiatement, des tas de gens nous ont contacté pour des concerts » raconte Lad qui, comme les autres membres du groupe, semble avoir toujours un peu de mal à réaliser ce qui lui arrive.

Il faut dire que les propositions en question ne tenaient pas franchement de la mise en jambes. La première est venue du Hellfest, qui leur a offert les yeux fermés une place de choix sur l'affiche de l'édition 2017. La seconde, de Gojira, titans de la scène metal internationale mais surtout fans de la première heure de Nostromo, qui avaient plusieurs fois assuré leur première partie à l'époque, et qui souhaitait désormais leur rendre la politesse le temps d'une tournée de 7 dates en France. C'était beaucoup. Un peu trop peut-être pour des types qui, à ce stade, n'avaient pas encore rallumé les amplis et encore moins assuré une répète en bonne et dûe forme. Mais comme le disait Nicolas Gomez Davila, « la décision qui n'est pas un tant soit peu démente ne mérite pas le respect. »

Photo - William Lacalmontie pour Noisey

Janvier 2017, Nantes. Après quelques concerts dans une poignée de squats et de clubs suisses, Nostromo se prépare pour sa troisième date en compagnie de Gojira. Sur scène, pendant le soundcheck, les blagues fusent, Lad enchaîne les riffs de « Sweet Leaf » et « Five Minutes Alone » à la basse, Jérôme prend des poses outrancières avec sa légendaire Jackson rose bonbon et chaque phrase est ponctuée par les habituels tics de langage genevois (« Dedieu ! », « C'est bestial ! »).

Avant même de s'être échangés la moindre parole, on retrouve en quelques secondes le groupe qu'on a laissé partir sans même s'en apercevoir il y a maintenant 12 ans. Des types dont la musique et l'attitude sont restées gravées à jamais sur la surface de la conscience de tous ceux qui ont eu le bonheur de croiser leur route entre 1997 et 2005. Des types dont je pourrais aujourd'hui encore vous raconter très précisément, minute par minute, chaque concert que j'ai vu d'eux, de cette tournée pandémoniaque où, au coude à coude avec Botch et Ananda, ils volaient chaque soir le show à Dillinger Escape Plan, à ce all-dayer hystérique au fin fond des Vosges où ils ont joué en plein après-midi, dans une salle couverte de carrelage la version la plus insensée de « Selfish Blues » jamais entendue par l'Homme, sous le regard héberlué de Xavier, le chanteur des Blockheads et d'un inconnu figé dans une impassibilité marmoréenne et vêtu d'un T-shirt « Le bonheur, c'est simple comme un coup de pine » (véridique).

Photo - William Lacalmontie pour Noisey
Photo - William Lacalmontie pour Noisey
Photo - William Lacalmontie pour Noisey

Les balances pliées et les retrouvailles consumées (« Hey, mais c'est avec toi qu'on s'est fait virer de cette boîte de nuit à Nancy, non ? »), nous nous installons dans une petite salle meublée (coïncidence ?) comme un sas de vaisseau spatial pour discuter de passion, d'amitié, d'erreurs de jeunesse, de la difficulté de jouer du grindcore quand on a dépassé la quarantaine, du bonheur d'avoir des fans qui ont à peine la vingtaine et, plus globalement, du salvateur et insensé retour de Nostromo.


Noisey : La dernière fois qu'on vous a vu sur scène, c'était il y a exactement 12 ans. Vous avez fait quoi pendant tout ce temps ?
Jaja :
Des enfants [Rires]. Deux, pour ma part. J'ai aussi continué la musique dans un groupe qui s'appelle Elizabeth. Niveau boulot, je suis toujours dans le graphisme et la communication, rien n'a changé de ce côté là.

Lad : Parallèlement à Nostromo, j'avais commencé à faire de la musique électronique. Je me suis, petit à petit, mis à bosser avec pas mal d'artistes techno et je me suis passionné pour la production et le métier d'ingé-son. J'ai ouvert mon studio en 2011 et j'ai ouvert un gros studio de mastering à Genève l'an dernier. Je fais 20 % de production, principalement de la musique électronique, et 80 % de mastering dans un tas de styles différents. Je n'ai rejoué dans aucun groupe depuis Nostromo et ça m'a énormément manqué.

Maik : Moi, j'ai continué la musique et la batterie. Après Nostromo, j'ai fait pas mal de drum & bass parce que c'était un style que j'adorais. Et c'était intéressant de passer d'un groupe à un truc où tu te retrouves quasiment tout seul. Par la suite, je me suis orienté vers des choses nettement plus calmes, et notamment vers un style qu'on peut trouver ringard mais dans lequel j'ai appris énormément de choses : la chanson française. J'ai dû composer avec des installations nettement plus minimalistes, avec beaucoup moins d'éléments et de nouveaux accessoires comme le washboard. Et puis je devais jouer avec une toute autre finesse [Rires]. Cela dit, depuis qu'on a repris Nostromo, je réalise que la finesse est bien présente dans le metal également. C'est juste une autre approche. Ce qui a changé par contre, c'est le physique. Comme tu peux le voir, j'ai pris une quinzaine de kilos et une bonne brioche. [Rires] Mais je suis en train de les perdre... Du moins j'essaie !

Jérôme : À l'époque, j'avais un studio ou tout du moins un truc qu'on qualifiait de studio - en réalité, un ordinateur avec quelques micros. Là, depuis peu je bosse dans un vrai studio : Lad m'a proposé de venir travailler avec lui, ce qui a été une opportunité incroyable pour moi. Et contrairement à Maik, je ne suis pas du tout parti dans la finesse côté musique, vu que je suis allé encore plus loin dans le grindcore avec Mumakil. J'ai aussi fait un autre projet qui s'est un peu terminé en queue de poisson, Anyway - je ne sais même pas pourquoi je le mentionne d'ailleurs [Rires]. Et je suis très content de retrouver aujourd'hui mes vieux copains.

Photo - William Lacalmontie pour Noisey

Vous l'aviez vécu comment, la fin de Nostromo ?
Jaja : Il restait encore pas mal de choses à faire. Bien sûr, ce serait mentir de dire qu'on était en phase ascendante et que des tas d'opportunités s'ouvraient à nous, mais je pense qu'on aurait pu continuer encore un peu.

Lad : Moi, la fin de ce groupe, c'est un truc qui m'est resté en travers de la gorge. Je pense qu'à l'époque on ne se rendait pas compte de la dynamique dans laquelle on était. Et même il y a encore un an, on ne réalisait pas. On ne s'en est vraiment rendus compte que lorsqu'on a annoncé notre retour et qu'on a vu l'engouement, qu'on a réalisé qu'il y avait des gens qui se souvenaient de ce groupe. Moi je me disais : « Cool, on va rejouer ensemble, refaire quelques concerts », et là on se retrouve à jouer au Hellfest et à partir en tournée avec Gojira, qui faisaient notre première partie à l'époque et qui sont aujourd'hui devenus un des plus gros groupes metal au monde. Et nous, on se retrouve parachutés là-dedans... Ça fait un peu bizarre mais c'est super de revenir fort comme ça.

Jaja : Make Nostromo Great Again ! [Rires]

Maik : Un truc qui en dit long, c'est notre dernière date. On venait de terminer une tournée européenne avec Mastodon et on a fini sur ce dernier concert en Angleterre, où on a joué seuls, dans une cave, pour l'anniversaire d'une nana. Bref, pas vraiment le genre de fin planifiée à l'avance... C'est arrivé comme ça, sans prévenir. Il y avait des divergences entre nous, de style notamment - Jérôme voulait partir plus dans le grind, moi j'avais envie de faire de la drum & bass. Et puis comme dit Lad, on ne se rendait pas compte du truc, on avait le nez dedans. Ce n'est que bien plus tard qu'on a réalisé qu'on aurait peut-être pas dû arrêter comme ça.

Ça avait été aussi très bizarre pour le public, parce que vous êtes partis sur Hysteron - Proteron, une compilation de morceaux acoustiques et d'enregistrements live, bref un disque qui n'en était pas vraiment un et qui partait dans des directions très différentes.
Lad :
Hysteron - Proteron, ça veut dire « le dérèglement dans l'ordre des choses. » Pour nous, c'était le titre parfait, parce que c'était censé représenter exactement ça, une sortie de route momentanée, une parenthèse. Sauf que Nostromo s'est arrêté là dessus, du coup les gens ne comprenaient plus rien. [Rires]

Maik : Il y a aussi autre chose, c'est que la fin de Nostromo est arrivée très tôt. De toute cette scène qu'il y avait autour de nous -Knut, Shora, Impure Wilhelmina- on a été les premiers à jeter l'éponge. Ce qui explique peut-être pourquoi ça a créé ce manque et que les gens se rappellent de nous. Je pense que si on avait continué encore un an ou deux et qu'on s'était arrêtés en même temps que les autres, au moment où la scène s'essoufflait, les choses auraient été différentes. On n'aurait peut être pas cet engouement qu'on voit aujourd'hui.

Jaja : Peut être que ça se serait arrêté de manière plus posée et que du coup on n'aurait pas du tout eu envie de remettre ça aujourd'hui. On n'en sait rien.

Maik : Du coup je me dis qu'on a vraiment aucun regret à avoir. C'était peu-être le meilleur scénario possible, finalement.

Perso, je suis plutôt contre les reformations...
Maik : Nous aussi, en fait [Rires]

Mais la vôtre se justifie peut-être un peu plus. Tout le monde, vous quatre comme le public en face, a cette impression d'histoire d'inachevée.
Jaja :
C'est vraiment ça. C'est comme si tout s'était arrêté d'un coup.

Lad : Ce qui est génial c'est que malgré le fait qu'on se soit perdus de vue, qu'on ait pris des chemins différents, tout est immédiatement revenu en place à la seconde où on s'est vus. Cette amitié qu'on a créé il y a 20 ans, elle est toujours là, intacte. Quand on s'est réunis, même si on avait changé, même si on était peut-être un peu plus sérieux, un peu plus responsables, je me suis dit : « Putain, mais on est toujours aussi cons » [Rires] On a gardé ce truc qu'on avait à l'époque. On l'a juste délesté de tous les trucs de gamins qui nous empoisonnaient la vie à l'époque, les histoires d'ego... Faut bien comprendre que ce groupe, ce sont mes potes. Ce sont mes vrais potes.

Photo - William Lacalmontie pour Noisey


C'est d'ailleurs pour ça que vous vous êtes reformés. Sans le mariage de Maik, ce ne serait sans doute pas arrivé. Vous n'auriez pas pris vos téléphones pour vous rappeler et vous donner rendez-vous dans une salle de répète.
Maik : On se croisait de temps à autres mais on ne s'était jamais retrouvés tous les quatre et surtout on ne parlait jamais de Nostromo. C'était derrière nous, on était passés à autre chose. Et puis, je me suis marié. Comme ma femme et moi on n'est pas trop branchés mariage, on s'est dit qu'on allait faire un festival de 3 jours. Mais un truc calme, hein. Plutôt acoustique, tranquille. Et, vu qu'on allait enfin se retrouver tous ensemble, je me suis dit que j'allais proposer aux collègues de refaire quelques titres en acoustique. On est donc retournés dans le local de Jérôme, où on répétait à l'époque, et quand cette porte en fer s'est ouverte, on a tous eu cette réminiscence ultra-violente... C'est comme si on faisait un bond dans le temps. Je crois que c'est à cet instant précis, qu'on s'est tous dit, sans se l'avouer, qu'on n'allait pas en rester là et qu'il fallait continuer.

Et quand vous avez fait votre première vraie répétition en mode électrique, ça a donné quoi ? C'est revenu tout de suite où il a fallu passer par une phase de rééducation ? [Rires]

Jérôme : Il y a eu quelques secondes un peu bizarres et puis c'est parti d'un coup. Comme le vélo, quoi.

Lad : C'était barge, il y avait des morceaux dont on n'avait quasiment aucun souvenir et qu'on a enquillés du premier coup, sans réfléchir. Les doigts se mettaient littéralement en place tous seuls. Il a fallu bosser ceci dit. Maik s'est remis à la batterie de manière intensive, j'ai pas mal travaillé avec Jérôme...

Maik : Et Jaja n'a rien branlé ! [Rires]

Lad : Si, bien sûr, il a dû réapprendre les paroles...

Jérôme : Il lisait tous les soirs des histoires à ses enfants en hurlant. [Rires]

Vous avez tout de suite eu envie de faire des concerts et de relancer la machine ou vous vous êtes dit « allons-y tranquille, on verra bien ce qu'il se passera » ?
Jérôme :
Non, on avait envie de refaire des concerts, clairement. Pour moi, c'est tout l'intérêt de cette musique. Elle vit avant tout sur scène et c'est aussi ce qui nous procure le plus de plaisir.

Jaja : Mais les choses se sont précipitées. On a presque immédiatement étés contactés par le Hellfest.

Maik : A ce moment là, j'étais encore un peu réticent. Je devais retrouver mon niveau de batterie, déjà. Et puis j'avais quelques problèmes de dos. Et un soir, j'ai reçu un message de Joe [Duplantier, le chanteur/guitariste de Gojira] qui me demandait si ça nous branchait de faire leur première partie. Là, on ne pouvait plus reculer. On était sur-motivés et on s'est mis à répéter comme des brutes.

Ce soir, à Nantes, c'est la troisième date de votre tournée avec Gojira, mais vous avez fait quelques concerts chez vous avant ça.
Jaja :
Oui, trois dates, une « en famille » dans un ancien squat de Genève et les deux autres dans des petits clubs à Fribourg et Delémont.

Lad : Mais rien à voir avec ce qu'on vit depuis trois jours avec Gojira. Là, on joue devant énormément de monde. Cela dit, même les trois dates en Suisse, c'était blindé. Il se passe un truc que j'ai un peu de mal à comprendre, je t'avoue.

Jérôme : Ce qui est étonnant, c'est qu'il y a une grosse partie du public qui a à peine l'âge de notre premier album [Argue, sorti en 1998]

Lad : Et ils sont chauds ! Un truc de malade ! Il y a de vieux crabes qui étaient déjà là à l'époque, bien sûr. Mais proportionnellement, il y a beaucoup plus de jeunes. Et c'est ultra-motivant.

Jaja : C'est quelque chose dont j'avais commencé à prendre conscience durant les tournées avec Elizabeth. Souvent on se retrouvait à jouer au fin fond de la France et des gamins venaient me voir pour me demander : « t'es bien le chanteur de Nostromo » ? J'hallucinais. On l'a déjà dit tout à l'heure mais on n'avait vraiment aucune conscience du truc qu'il s'était passé autour de ce groupe.

Jérôme : Et là, aujourd'hui on se retrouve avec Gojira, à tourner avec les meilleures conditions possibles. On n'a jamais eu ça avant. Comme rodage, on a vu pire.

Et toute la tournée est sold-out.
Jaja :
Ce qui est cool, c'est qu'on reprend le truc exactement là où on l'a laissé : on y va à la fraîche, sans prise de tête et ça s'enchaîne, ça se déroule, tout naturellement. Il n'y a aucun plan.

Maik : On n'a réfléchi à rien, c'est très spontané. De toute façon, si on avait réfléchi, on ne l'aurait pas fait, clairement.

Pour l'occasion, vous avez ressorti vous-mêmes vos 3 albums, que tu as remasterisé, Lad.
Lad :
Oui, mais ce n'est pas un vrai remastering dans les règles de l'art, on n'est pas repartis des bandes d'origine pour faire un nouveau mixage. J'ai juste repris les disques et j'ai cleané le son à partir de là.

J'ai été surpris de voir que certains morceaux y gagnaient franchement en finesse, sur Ecce Lex notamment.
Lad :
Parce que le mastering d'origine était dégueulasse ! C'était TELLEMENT à burnes ! [Rires] Argue sonne beaucoup, beaucoup mieux. C'est celui sur lequel j'ai passé le plus de temps, le son manquait vraiment d'ampleur.

Maik : À la base, on avait prévu d'ajouter quelques bonus, des enregistrements live, des choses comme ça. Mais tout s'est tellement précipité... On a dû monter une structure, Noise Addict, pour sortir les disques nous-mêmes, sans devoir passer par un label, mais aussi pour pouvoir être payés dans les règles lors de nos concerts en France. Ça, plus les répètes tous les jours, nos boulots à côté, nos vies privées... On avait des concerts entiers, enregistrés avec un son impeccable, mais on n'avait pas le temps de les écouter, de trier les morceaux... On a préféré abandonner l'idée.

La suite, vous y pensez déjà ou pas ?
Lad :
On n'y pense pas vraiment, mais c'est là, présent dans un coin de nos têtes, clairement.

Maik : Si on s'est reformés, ce n'est pas pour juste faire ces quelques concerts et retourner ensuite dans notre train-train. Pour l'instant, on met ça de côté mais l'envie est là, c'est certain.

Dernière chose, sans doute la plus importante. Votre devise de l'époque, « Guerre, Feu, Village », elle tient toujours ? [Rires]
Jérôme : Plus que jamais !

Lad : C'est toujours l'idée. Village brûlé. Pas d'autre alternative possible. [Rires]


« Guerre, Feu, Village » c'était et « Guerre, Feu, Village » ce sera encore. Quelques heures après notre entretien, Nostromo le prouvera de manière éclatante en faisant fondre sur le public du Stereolux un essaim de flèches de haine enflammées. Un magistrale démonstration de style, qui a montré, en 8 titres à peine (dont une incroyable reprise du « Corrosion » de Nasum), que Nostromo, en 2017, et contre toute attente, a atteint ce point très précis dans la vie d'un groupe où il accède à une zone située en très haute altitude et s'arrête un instant pour se laisser flotter au coeur de la brume électrique. Après quoi il contemplera la ville à ses pieds, une ville gigantesque, s'étendant à perte de vue, et il se laissera tomber droit dessus, bardé de 8000 méga-tonnes de Semtex. Lorsque ce moment sera venu, assurez-vous juste d'être pile en-dessous.

Photo - William Lacalmontie pour Noisey
Photo - William Lacalmontie pour Noisey
Photo - William Lacalmontie pour Noisey
Photo - William Lacalmontie pour Noisey


Un énorme merci à Loïc Lepillet et à l'équipe du Stereolux pour son accueil.

Les trois albums du groupe,
Argue, Eyesore et Ecce Lex, sont disponibles sur Noise Addict.

Prochaines dates :
29.04 - Bruxelles @ Magasin 4 (avec Hangman's Chair)
07.05 - Impetus Festival
09.06 - Download Festival
18.06 - Hellfest
30.11 - Paris @ La Maroquinerie