Silhouette d'un homme
Photo : Adrian Rosu / Eyeem | Getty Images

Il est temps que la pédophilie soit traitée comme une maladie mentale

« C'est un sujet qui n'intéresse tout simplement pas les scientifiques, il est activement répugnant. »
9.9.20

Les nuits où des images d'enfants se bousculaient dans sa tête, Joseph Parker* prenait des douches froides, espérant que le choc de l'eau glacée repousserait ses pensées intrusives. D'autres fois, il fixait une image du moine bouddhiste sri-lankais Henepola Gunaratana, afin que le « visage ridé » du moine puisse remplacer les images dérangeantes.

Parker a su qu'il était attiré par les enfants à l'âge de 17 ans, mais ce n'est qu'à 24 ans, il y a deux ans donc, qu'il a commencé à avoir des pulsions sexuelles débordantes. Ces pulsions étaient particulièrement intenses lorsqu'il s'endormait. Sur Internet, il a découvert des médicaments pouvant diminuer le taux de testostérone et, par conséquent, la libido – un processus parfois appelé « castration chimique ». Il a demandé ces médicaments à un psychiatre qui lui a donné de la rispéridone, un antipsychotique. Il en a pris pendant environ un an, puis a ajouté de la sertraline, un antidépresseur, mais, à ses yeux, ces médicaments ne lui étaient pas d’une très grande utilité.

Sur un e-shop de produits pharmaceutiques basé en Turquie, il a commandé de l'acétate de cyprotérone, un progestatif qui diminue la testostérone, ainsi que de l’estradiol, une hormone féminine, et combine désormais les deux médicaments. Le site en question est souvent fermé en raison de son caractère illicite : « À ma connaissance, c'est le troisième ou le quatrième changement de site depuis que je suis tombé dessus il y a 14 mois », dit-il.

Au cours des dernières décennies, les chercheurs ont acquis de nouvelles connaissances sur la pédophilie, autrement dit l'attirance sexuelle pour les enfants. La pédophilie semble être une préférence sexuelle innée, quelque chose qu'une personne ne choisit pas et ne peut pas changer. L'attirance d'un pédophile pour les enfants est une constante, et non une phase. Il développe son attirance pour les enfants à peu près au même moment que d'autres personnes développent des attirances sexuelles.

Si les connaissances des chercheurs ont évolué, l'accès à des soins de santé modernes et généralisés n'a pas suivi le même rythme, ce qui a conduit à un méli-mélo d'approches thérapeutiques. De plus, les patients sont de plus en plus nombreux à s'automédicamenter, comme l'a fait Parker. La plupart des pédophiles ne sont orientés vers un traitement que dans le cadre du système de justice pénale.

« Seule la moitié environ des auteurs de délits sexuels sur des enfants sont de véritables pédophiles. L'autre moitié préfère les adultes sur le plan sexuel et abuse des enfants parce qu'ils sont accessibles ou facilement manipulables »

Mais surtout, les chercheurs ont établi une distinction entre la pédophilie et l’agression sexuelle sur mineurs, une différence entre l'attraction elle-même et le crime. « La plupart des gens entendent ces mots et pensent qu'ils sont synonymes. Ce n'est pas le cas », dit James Cantor, un psychologue clinique et neuroscientifique canadien qui étudie la pédophilie.

Seule la moitié environ des auteurs de délits sexuels sur des enfants sont de véritables pédophiles. L'autre moitié préfère les adultes sur le plan sexuel et abuse des enfants parce qu'ils sont accessibles ou facilement manipulables. Les consommateurs de pédopornographie, par contre, sont presque toujours des pédophiles au vu de la facilité avec laquelle ils pourraient, s’ils le voulaient, accéder à des alternatives à la pornographie adulte.

L'objectif de tout traitement moderne et préventif de la pédophilie devrait être d'aider les gens à gérer leurs penchants sexuels plutôt que d'essayer de les changer, selon Cantor. Cela peut passer par le recours volontaire à des médicaments réducteurs d'hormones pour contrôler les pulsions ou par une thérapie. La pédophilie et la violence sexuelle n'étant pas synonymes, le traitement de la pédophilie ne consiste pas seulement à prévenir les abus sexuels sur les enfants, mais aussi à aider les personnes concernées à améliorer leur santé mentale et leur bien-être. C'est un concept qui peut être difficile à accepter. Il s'agit de reconnaître que les personnes qui sont sexuellement attirées par les enfants méritent de vivre une vie saine et épanouie.

Ce n'est que récemment que des groupes de soutien pour pédophiles non délinquants ont fait leur apparition sur la toile. Le groupe le plus connu, Virtuous Pedophiles, a été créé en 2012 comme un espace sûr où les pédophiles peuvent discuter de leurs difficultés et de leur engagement à ne pas passer à l'acte. Parker fait partie des Virtuous Pedophiles et est connu dans la communauté sous le nom de Double22. Une autre organisation, l'Association for Sexual Abuse Prevention (ASAP), a été créée par quelques membres des Virtuous Pedophiles, et a pour objectif de créer une plateforme pour mettre en relation les pédophiles et les professionnels de la santé mentale.

En avril de cette année, la première étude randomisée contre placebo d'un médicament réduisant les hormones pour la pédophilie a eu lieu en Suède. Publiée dans JAMA Psychiatry, elle a révélé que le médicament réduisait à la fois le désir sexuel accru et l'attirance sexuelle pour les enfants, et que les effets étaient perceptibles en deux semaines.

C'est la première étude à inclure des personnes qui revendiquent leur statut de pédophile et cherchent à obtenir de l'aide de leur propre chef, et non pas seulement des personnes évincées du système judiciaire. C'est aussi la première à inclure un groupe placebo, ce qui est encore plus remarquable. Selon Peer Briken, professeur de recherche sur le sexe au Centre médical universitaire de Hambourg-Eppendorf en Allemagne, cette étude « marque une étape importante dans les domaines de la sexologie clinique et de la psychiatrie médico-légale ».

« Le problème, c’est que les gens ne comprennent pas qu'il s'agit d'une maladie mentale, explique Fred Berlin, professeur à la faculté de médecine de l'université Johns Hopkins. Nous cherchons légitimement à protéger les enfants. C'est pourquoi nous stigmatisons rapidement les personnes qui sont attirées par les enfants et souvent, nous ne les considérons même pas comme des êtres humains qui ont un problème et qui mériteraient de l'aide. Mais à mon sens, ils ne doivent pas être considérés comme des patients de seconde zone. »

« Bien sûr, la société ne peut accepter aucune forme d'abus contre un enfant. Mais il est contre-productif que ces personnes ne puissent même pas demander de l'aide à un professionnel » – James Cantor, psychologue clinicien et neuroscientifique

En 2014, le journaliste Luke Malone a écrit un article sur des jeunes, parfois des mineurs, qui découvraient qu'ils étaient attirés par les enfants, et comment ils y faisaient face. Quand Adam, un des jeunes pédophiles interviewés, a avoué à une thérapeute son problème, « elle est juste devenue extrêmement froide et sévère. À quelques reprises, elle a même failli se mettre à crier. » Elle a tout révélé à la mère d'Adam.

« Il y a une très bonne raison pour laquelle les pédophiles évitent les thérapeutes et les médecins : ces derniers ont l'obligation de les dénoncer à la police s’ils pensent que des enfants pourraient être en danger par la suite, explique Ethan Edwards*, co-fondateur de Virtuous Pedophiles. Avec le manque de formation à ce sujet et la conviction commune que tous les pédophiles abusent des enfants tôt ou tard, il est très périlleux pour un pédophile de chercher de l’aide. »

Christoffer Rahm, psychiatre, chercheur à l'Institut Karolinska, en Suède, et auteur principal de l'étude, a lancé PrevenTell, une ligne d'assistance nationale pour la dépendance sexuelle et la sexualité non désirée. Il a été contacté par des pédophiles. L'un d'eux était chauffeur de bus scolaire. Il était en proie à ses pulsions et à ses fantasmes, mais n'avait jamais commis de délit sexuel. Rahm a fait des recherches pour déterminer le meilleur traitement pour son patient et a trouvé une lacune dans la littérature scientifique : il n'y avait pas de comparaison rigoureuse entre les différents médicaments, ni de recommandations sur les personnes les plus aptes à suivre une thérapie – à notre connaissance, les femmes pédophiles sont plus rares, et les recherches sur les traitements à leur disposition encore plus rares.

Pour Cantor, c'est plus qu'une simple lacune lorsqu'il s'agit de pédophilie. « C'est un véritable trou noir, dit-il. C'est un sujet qui n'intéresse tout simplement pas les scientifiques, il est activement répugnant. » C'est ce qui a motivé Rahm à mener son étude. « S'il y a des gens qui cherchent de l'aide pour cette situation, le mieux serait de la gérer dans une phase préventive avant que le mal ne soit fait, dit-il. Bien sûr, la société ne peut accepter aucune forme d'abus contre un enfant. Mais il est contre-productif que ces personnes ne puissent même pas demander de l'aide à un professionnel. »

Rahm a étudié le dégarélix, un médicament utilisé dans le traitement du cancer avancé de la prostate. C'est la première fois qu'il est utilisé pour la pédophilie. Il s'agit d'une injection qui fait effet immédiatement et qui dure environ trois mois. Elle fonctionne en arrêtant les signaux envoyés par le cerveau à l'organisme en vue de produire de la testostérone.

Au cours des entretiens qualitatifs qu'elle a réalisés pendant l'étude, l'équipe de Rahm a constaté que certains de ses participants avaient ressenti des effets positifs. « Ils ont décrit un sentiment de calme intérieur, dit Rahm. Ils ressentaient moins de pression et avaient une vie intime plus agréable avec leurs partenaires. Certains ont dit que leurs pensées dérangeantes avaient disparu et qu'ils pouvaient ainsi se concentrer sur d'autres choses. Et beaucoup ont dit qu'ils avaient perdu cette pulsion irrésistible de masturbation, et qu'ils étaient capables de voir les enfants comme des êtres humains et non comme des objets sexuels. » Les participants du groupe qui ont reçu le médicament actif ont tous déclaré vouloir continuer à le prendre.

La plupart des thérapies appliquées aux pédophiles n'ont pas été validées de cette manière, mais ont été déployées par la psychologie médico-légale et le système de justice pénale. Bien que Berlin ait prescrit des médicaments qui réduisent les hormones à d'innombrables patients, il estime que le système judiciaire devrait collaborer davantage avec les médecins et les scientifiques qui étudient l'utilisation de ces médicaments. « En tant que médecin, je pense que c'est complètement inapproprié », dit-il.

Si un individu va en prison parce qu'il est sexuellement attiré par des enfants, la prison ne peut rien faire pour supprimer cette attirance ou pour l’aider à résister à la tentation à sa libération. Cela conduit également à une méfiance vis-à-vis d’un traitement, en raison d'antécédents de recours involontaire à la castration chimique et à la thérapie par aversion – une thérapie qui associe des stimuli négatifs à des images de jeunes enfants afin de dissuader toute attirance future. « Il est très naïf de croire que nous pouvons résoudre ce problème simplement par la punition et l'incarcération », dit Berlin.

« Certains patients préfèrent ne plus avoir de libido plutôt qu'avec ces pulsions sexuelles lancinantes qu'ils ne peuvent pas exprimer et contre lesquelles ils ne peuvent rien faire » – James Cantor

La thérapie par la parole doit se concentrer sur la gestion des préférences sexuelles du patient, tout en reconnaissant explicitement que ces préférences ne changeront probablement jamais. Par le passé, la thérapie était parfois axée sur la recherche d'un traumatisme, car on pensait que des antécédents d'abus conduisaient quelqu'un à en commettre. La vérité est un peu plus compliquée. Le fait d'avoir été victime d'abus sexuels dans sa propre enfance peut être un facteur déterminant pour commettre des abus sexuels à l'âge adulte, mais pas nécessairement un facteur de pédophilie. « C'est ce que j'ai entendu encore et encore, dit Cantor. Ils le savaient. Ils l'ont toujours su. Tous leurs anciens psy leur disaient de se concentrer sur les traumatismes, sur ce qui était arrivé dans leur enfance. Mais la réalité, c'est qu'ils sont nés comme ça. »

Selon Cantor, quand la thérapie n’essaie pas de changer la sexualité mais de la gérer, les gens s'adaptent très rapidement. Si un patient a déjà regardé de la pédopornographie ou commis des abus sexuels dans le passé, le thérapeute l'aidera à analyser comment et pourquoi sa maîtrise de soi s'est effondrée, et comment organiser sa vie pour que cela ne se reproduise pas – et non pas comment cesser d'être attiré par les enfants. Ce processus pourrait également être associé à des médicaments qui réduisent la libido. « Certains patients préfèrent ne plus avoir de libido plutôt qu'avec ces pulsions sexuelles lancinantes qu'ils ne peuvent pas exprimer et contre lesquelles ils ne peuvent rien faire », dit Cantor.

Rahm ne préconise pas l'utilisation d'un médicament à vie pour chaque pédophile. Selon lui, une personne peut n'en vouloir et en avoir besoin que pendant quelques mois, pour traverser une période difficile ou au début d'une thérapie comportementale. « Nous devons passer à la prochaine génération de recherche et de développement de la qualité, dit Rahm. Nous devons évaluer nos traitements et mettre sur le marché des traitements basés sur des preuves de manière à savoir ce que nous faisons. »

Le mot « castration » a une histoire sombre, et des connotations plus sombres encore. En Allemagne, le nombre de castrations forcées de délinquants sexuels a augmenté après l’adoption des lois de Nuremberg, avec au moins 2 800 délinquants sexuels castrés entre 1934 et 1944. Aux États-Unis, les hommes noirs accusés d'avoir violé ou agressé sexuellement des femmes blanches pouvaient se voir infliger une castration. Et pour ces raisons, Rahm est réticent à l'idée de qualifier le dégarélix de « castration chimique ». S'il pense que les chercheurs et les cliniciens sont tenus de décrire avec précision le rôle du médicament et ses effets secondaires, il craint que le fait de parler de castration n'effraie les patients.

Rahm explique que chaque personne qui a participé à l'étude l'a fait volontairement et a été informée en détail des effets secondaires possibles de la prise de dégarélix. Elles avaient la possibilité d'arrêter l'étude à tout moment. Il mène actuellement une autre étude contrôlée contre placebo sur une option non pharmacologique : une thérapie destinée spécifiquement aux pédophiles, à laquelle ils peuvent accéder de manière anonyme, via le dark web.

La simple existence des études de Rahm est importante, en dehors des détails des résultats. On pensait auparavant qu'il était impossible de faire des études contrôlées contre placebo sur la pédophilie, en raison des implications éthiques.

Selon Briken, parce que le médicament utilisé est à action rapide et qu'il permet à tout individu souffrant de pédophilie de participer à l'étude – et pas seulement à ceux qui sont à haut risque de commettre un délit –, il a contribué à rendre le groupe placebo possible sur le plan éthique. Briken conclut que l'étude de Rahm est « la contribution la plus importante dans le domaine de la pharmacothérapie des troubles pédophiles » depuis l'étude originale sur les médicaments réducteurs d'hormones en 1998, et qu'elle offre un point de départ pour une approche plus complète du traitement de la pédophilie.

En Allemagne, le projet de prévention de Dunkelfeld, qui propose des thérapies et des médicaments, dispose de dix sites dans toute l'Allemagne et permet de demander de l'aide de manière totalement anonyme. L'équipe est très demandée : le Guardian a rapporté qu’après la diffusion d'un documentaire de la BBC qui lui était consacré, la ligne d'assistance téléphonique de Dunkelfeld était submergée d'appels de pédophiles britanniques. « Un Britannique était tellement désespéré qu'il a emménagé en Allemagne pour avoir accès à un programme de Dunkelfeld », lit-on dans le Guardian.

Richard Kramer* est le directeur pédagogique de B4U-ACT, une communauté en ligne pour les pédophiles. Il a compris qu'il était attiré par les garçons pubères dans sa vingtaine (son attirance se porte sur les garçons d'environ 12 ou 13 ans, ce qu'on appelle techniquement l'éphébophilie). « J'en avais très honte et je pensais que j'étais sérieusement défectueux en tant qu'être humain, dit Kramer. Je ne trouvais vraiment pas d’informations à ce sujet. Je ne voulais pas aller à la bibliothèque de peur que les gens ne voient ce que je cherche. »

Lorsqu'il a commencé à se renseigner sur Internet, il ne trouvait que des informations très négatives. « Ça disait que j’étais un monstre, que j’allais faire des centaines de victimes, que ma vie entière allait être consacrée à tromper les parents et manipuler les enfants, dit-il. Je me suis dit que si c'était ce qu'on pensait de moi, je n'avais aucun intérêt à aller voir un thérapeute. » Le succès d'une thérapie repose en grande partie sur le soutien de la famille et des amis, ce qui peut faire défaut aux pédophiles. Ils subissent souvent des traitements lourds tout seuls, sans pouvoir en parler aux autres.

Lorsque Kramer s’est senti de nouveau prêt à chercher un nouveau thérapeute, il souhaitait en trouver un qui comprenait suffisamment les pédophiles pour ne pas le traiter comme un criminel. Ses objectifs n'étaient pas de contrôler ses pulsions, mais de gérer la honte et le sentiment d'isolement vis-à-vis des autres. « Nous devons veiller à ce que les personnes qui ont cette orientation ne la mettent pas en pratique, dit Berlin. Si on y pense, cela peut être un sacré fardeau. Il n'est pas surprenant que certains de ces individus aient besoin d'une aide en matière de santé mentale, en raison de l'effet de ces attirances sur leur amour-propre et leur confiance en soi. »

Certains pédophiles sont attirés par les adultes et les enfants, d'autres, par les enfants seulement. Pour ceux qui sont exclusivement attirés par les enfants et qui se consacrent à la non-criminalité, Kramer pense qu’il leur faut un espace pour les aider à faire leur deuil de cette impossibilité à avoir des relations romantiques et sexuelles. « Comment gèrent-ils la solitude ? » dit-il. Il y a d'autres préoccupations, dont certaines sont presque banales : comment, par exemple, font-ils pour répondre aux questions que leurs amis et collègues leur posent sur leur vie personnelle ? On lui  a déjà demandé s'il était gay, et il n'était pas sûr de savoir comment répondre.  « Je ne suis pas vraiment gay, mais je ne suis certainement pas hétéro ni asexué, dit-il. Comment réagir à cela ? »

Gary Gibson a fondé l'ASAP comme une solution potentielle à ce problème. Grâce à son implication dans l'Association for the Treatment of Sexual Abusers (ATSA), il a établi une liste de thérapeutes vers lesquels il peut orienter les pédophiles. La liste compte maintenant environ 400 noms. L'ASAP se concentre principalement sur les pédophiles non délinquants, mais elle aidera également les personnes qui ont commis des infractions et qui veulent arrêter. « Ces gens sont tout simplement désespérés », dit Gibson.

Il a travaillé avec des pédophiles qui étaient si désespérés de trouver de l'aide qu'ils ont subi des castrations physiques. Un homme s'est rendu au Mexique pour se faire opérer et à son retour, il a essayé de trouver un médecin pour superviser son rétablissement et son traitement. « Je n'ai pas pu trouver de médecin qui accepte de le prendre en charge », dit Gibson.

Jusqu'à récemment, l'ASAP était presque entièrement gérée par Gibson, mais elle connaît actuellement une expansion importante. Gibson a renforcé son personnel administratif et ses bénévoles. Il est aussi en train de créer une nouvelle base de données en ligne des prestataires de soins de santé mentale, et de mettre en place une ligne d'assistance téléphonique 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.  Sn rêve est d'obtenir une subvention de plusieurs millions de dollars pour créer un programme de mentorat pour les adolescents de 13 à 17 ans qui apprennent qu'ils sont pédophiles. « J'ai fait trois demandes de subvention, dit-il. Peut-être que la troisième fois sera la bonne, car on me l'a refusée deux fois. »

« Ces groupes de soutien et ces réseaux de thérapie constituent une bouée de sauvetage, mais à eux seuls, ils ne garantissent pas une cohérence dans le traitement »

L'objectif est d'aider chaque individu non délinquant attiré par les enfants à trouver une thérapie s'il le souhaite ou s'il en a besoin, dit Robert Hillman, « pédophile vertueux (non délinquant) de longue date » et nouveau président de l'ASAP.  Son mantra est : « Tous les pédophiles sont nés non délinquants », et il veut aider à ce que cela reste ainsi. « Les personnes heureuses et mentalement saines ne violent pas des enfants », dit-il.

« Les gens font les choses les plus désespérées quand ils se sentent les plus désespérés, dit Cantor. Le but de ces groupes et de ces thérapies, c'est d'aider les patients à mener une vie qui vaut la peine d'être protégée. Lorsqu'ils ont une vie qui vaut la peine d'être protégée, c'est là qu’ils ont l'énergie et la volonté de se contrôler, parce qu'ils ne veulent pas risquer la vie qu'ils ont. »

Ce que veulent Hillman et Gibson, c'est que toute personne attirée par les enfants ait la possibilité de suivre sa propre voie et de déterminer ce qui fonctionne le mieux pour elle. Cela peut inclure une expérimentation avec des médicaments, mais pas nécessairement. L'ASAP ne contrôle pas ses thérapeutes, qui agissent tous indépendamment, en utilisant des méthodes de traitement différentes. Ils ne réussissent pas toujours. « Un type s'est suicidé, à ma connaissance, dit Gibson. Mais je pense que nous avons probablement sauvé quelques vies et évité à de nombreux enfants d'être maltraités. »

Ces groupes de soutien et ces réseaux de thérapie constituent une bouée de sauvetage, mais à eux seuls, ils ne garantissent pas une cohérence dans le traitement, et ne comblent pas les lacunes de la littérature scientifique lorsqu'il s'agit de déterminer le meilleur traitement pour une personne donnée. Certains médicaments hormonaux sont moins risqués ou plus efficaces que d'autres, certains pédophiles s'en sortent mieux sans médicaments, certaines pratiques thérapeutiques sont plus utiles que d'autres. Tout cela n’est pas clair.

Comme avec tous les médicaments, certains patients ont de bonnes expériences et d'autres pas. Un pédophile peut s'identifier comme « égo-dystonique » ou « égo-syntonique ». Contrairement aux personnes égo-dystoniques, les personnes égo-syntoniques considèrent la pédophilie comme faisant partie de leur identité, et ne voient pas d'inconvénient à fantasmer et à se masturber sur des enfants (mais pas sur du porno). Il se peut que le traitement soit différent avec ceux qui ont des attitudes différentes envers leur attirance, même si les membres des deux groupes ont le même engagement à ne pas passer à l’acte.

Après environ cinq semaines, Parker a commencé à se sentir mieux grâce aux médicaments qu'il avait commandés en ligne. « C'est comme le jour et la nuit, dit-il. Je ne saurais vous dire le poids qui m'a été enlevé, ou la pression qui a été relâchée sous mes pieds. Chaque fois que j'y pense, je m'allonge sur ma chaise et je soupire avec contentement, sachant que je ne souffrirai plus jamais comme ça. Les pulsions physiques et les images intrusives ont disparu. »

Selon lui, les médicaments ne doivent pas être considérés uniquement comme un substitut pour une personne qui commet des abus sexuels. « La délinquance n'a jamais été un danger pour moi en premier lieu », dit-il. Il ne prend pas les médicaments pour s'empêcher d'abuser d'un enfant, mais pour améliorer sa qualité de vie.

Lorsque Max Weber, qui gère un site de soutien aux pédophiles en Allemagne, s'est rendu compte de son attirance pour les jeunes filles au début de sa vingtaine, il était terrifié. « Mon image de la pédophilie à l'époque était la même que celle que la plupart des gens ont dans la société : les pédophiles ne pouvaient que commettre des crimes », dit-il.

*Les noms ont été modifiés.

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