Le rap a toujours été déterminé par l’élément psychogéographique, plus que tout autre type de musique. La musique et les thèmes abordés laissent rarement place au doute quant à la provenance d’un rappeur. Avec Internet, ce constat s’estompe lentement : un artiste peut s’inspirer de sons produits à 10 000 km de chez lui et se faire des fans partout dans le monde. C’est donc encourageant de voir que Young Dolph est un rappeur dont la carrière est profondément ancrée et attachée en des lieux précis. Sa voix traînante, typique de la région de Memphis, est familière et rassurante, comme s’il rappait la bouche pleine. Le plus important le concernant, c’est peut-être ses tournées où il écume des villes qui n’ont, à première vue, que peu de liens avec le rap, comme Pensacola, Birmingham et Indianapolis. Et c’est là que Dolph se fait la plus grande partie de ses revenus.
Les tactiques de Dolph sont spéciales (il distribue toujours ses CD’s lui-même, ville par ville), ce qui explique sûrement pourquoi l’industrie ne l’a pas accueillie avec le même enthousiasme que ses pairs. On ressent dans ses mixtapes comme South Memphis Kingpin, et plus récemment High Class Street Music 4, un amour pour le gros son de club mais également un sens de l’humour corrosif et un soucis du détail. Dolph est un type qui rappe à la fois sur la rue et les rapports compliqués qu’il entretient avec ses parents. Qui bouffe de la junk food en portant une montre sertie de diamants. Qui se plaint des meufs trop chiantes en sortant des trucs de type : « she like to argue so I sent that bitch to law school » sur des prods méga-lourdes signées Drumma Boy, Zaytoven, Metro Boomin ou encore DJ Squeeky.
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Pour être honnête, la première fois que ça s’est produit c’est parce que j’avais conclu un deal. Un vendredi soir, je me suis pointé dans un club où un de mes potes était DJ. Lui et moi, on était du même quartier, donc on s’est mis bien dans le coin VIP. Tout le monde nous connaissait, ils étaient tous hyper excités que Dolph soit là, dans le même club qu’eux. J’ai demandé au DJ de passer mon morceau, je lui ai filé 100 balles et je me suis cassé. Et il l’a passé ! Dans le game, t’as beaucoup de mecs qui ont de la thune mais qui font une musique nase, et tu as les mecs qui font des trucs cool mais qui manquent de thune. Moi, j’ai tout simplement bossé dur pour en arriver là.
Je ne prends rien à la légère, je ne lui ai pas filé 100 balles comme ça, pour qu’il joue mon truc. Quand je faisais ma promo, j’organisais toujours un truc le vendredi, les gens le savaient, on chillait tous dans le coin VIP. On organisait une sorte de fête itinérante, on commandait 200 ailes de poulets et 20 bouteilles pour tout le monde. Memphis le savait, le vendredi soir c’était la soirée de Dolph. Mais tout ça se passait au tout début. C’était mon tout premier morceau, et je voulais vraiment qu’il le passe, et je ne lui ai pas laissé le choix. J’obtiens toujours ce que je veux.

Tu te souviens du premier rap que tu as enregistré ?
C’était sur le beat de « White Girl » de Jeezy. Un de mes potes m’avait invité dans son studio, j’avais pas prévu d’enregistrer quoique ce soit, on s’amusait c’est tout. J’ai commencé par un freestyle et j’ai enregistré. À ce moment-là, Jeezy était le mec à suivre, tout le monde l’écoutait. J’ai rappé dessus et tout le monde a vite été obsédé par mon morceau, ils le voulaient tous sur leur mixtape. J’ai donc sorti ma propre mixtape et le buzz a été instantané.
Mon père s’appelle Dolph. Dolph c’est mon vrai nom, pas un nom de rappeur ou un pseudo, c’est vraiment mon nom. Je suis du même quartier que mon père, on est allé dans la même école, on a fait les mêmes choses. Mes parents ne vivent plus dans le quartier depuis un bon bout de temps, j’ai préféré les installer en banlieue. C’était une de mes priorités. J’en étais arrivé à un point où je voulais juste couper toutes les relations que j’avais avec eux, je ne voulais plus repenser à tout ça. Mais je les ai pardonnés, ma grand-mère m’a dit que peu importe la façon dont ils s’étaient comportés envers moi, ils resteraient toujours mes parents, et je n’en aurai jamais d’autres. Ma grand-mère était fâchée avec eux depuis bien plus longtemps que moi, mais j’ai finalement réalisé que c’est elle qui avait raison, donc dès que j’en ai eu la possibilité, je les ai emmenés loin du sud de Memphis. Quand je sors dans le quartier, voir mes potes, je croise toujours les potes de mon père. C’est comme ça, c’est chez lui ici et c’est chez moi aussi.
Il se passe quoi en ce moment à Memphis ?
En swag rap, pas grand chose. Y’a des trucs cool hein, tu peux en entendre partout, mais nous, on fait de la musique ancrée dans la réalité. C’est pour ça qu’on nous écoute, on fait de la vraie musique sur des sujets réels
Toutes les photos sont de Kyle Kramer.
Kyle Kramer ne pèse rien dans la rue mais il a côtoyé Young Dolph. Il est sur Twitter – @KyleKramer Plus de rappeurs américains sur Noisey Young Scooter a profité du jour de l’an pour sortir sa nouvelle mixtape Street Lottery 2 Kevin Gates est un rappeur hyper sensible Il n’y a plus qu’un nom dans la bouche des kids de Harlem : A$AP Ferg Killer Mike est le barbier le plus célèbre d’Atlanta Ken Rebel est le nouveau rappeur de 19 ans qui fait briller New-York
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