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Les immenses icebergs qui longent la côte du Canada sont très mauvais signe

Ils sont magnifiques, mais ils nous rappellent surtout qu'on massacre salement notre planète.

par Bryson Masse
21 Avril 2017, 5:00am

Les flèches blanches étincelantes d'Iceberg Alley, sur la côte Est du Canada, baptisée ainsi pour la parade annuelle d'icebergs qui flottent le long de la côte, ne font généralement pas les gros titres de la presse internationale, malgré leur beauté majestueuse qui invite à l'humilité et à l'émerveillement. Mais cette semaine, l'échouage d'un énorme bloc de glace sur le rivage de Ferryland, en Terre-Neuve, a attiré l'attention du monde entier, tant il a atterri à proximité de cette petite bourgade pittoresque de la péninsule d'Avalon.

Plus globalement, le nombre d'icebergs longeant la côté Est du Canada est en forte hausse ces derniers temps. Plus de 450 icebergs ont été signalés depuis le début de l'année, et l'an dernier, 687 d'entre eux avaient été dénombrés au total. Les scientifiques ont bien du mal à expliquer ce phénomène, mais ils pensent que le changement climatique n'y est pas étranger, et qu'il risque bien d'accentuer le problème dans les années à venir.

Ces mastodontes de glace sont des présages du futur. Le réchauffement des eaux de l'Arctique signifie que les icebergs fondent de plus en plus tôt, et sont par conséquent plus petits.

Autrement dit, les touristes feraient bien d'en profiter avant qu'il n'y en ait plus.

Un énorme iceberg visible depuis la rive de Ferryland. Image : The Canadian Press/Paul Daly

Selon le Canadian Ice Service (CIS), les icebergs qui frôlent les côtes de Terre-Neuve viennent généralement des glaciers du Groenland et de l'île de Baffin, avant de flotter le long du détroit de Davis avant d'atterrir dans la mer du Labrador et de passer au large des villes et villages de la côte. Ils sont portés par les courants océaniques et des vents puissants, et perturbent tellement le trafic naval de la côte que des organisations telles que l'International Ice Patrol doivent les surveiller pour s'assurer qu'aucun iceberg ne percute un chalutier local.

J'ai contacté Eric Rignot, professeur à l'Université de Californie, qui étudie les calottes glaciaires du Groenland depuis des décennies. S'il n'a pas vraiment pu m'en dire davantage sur les phénomènes qui affectent la Terre-Neuve cette année et la recrudescence des icebergs dans la région, il confirme que le réchauffement climatique, d'une manière générale, envoie de plus en plus d'icebergs dans la région.

"À cause du réchauffement, les glaciers déversent de plus en plus de glace dans l'océan, ce qui fait croître le nombre d'icebergs qui flottent loin du Groenland, m'a-t-il expliqué par e-mail. Mais les icebergs sont aussi plus petits, car ils se disloquent plus facilement dans un climat plus chaud."

Ce n'est pas la première année qu'une nuée d'icebergs déferle sur la côte Est du Canada. "Il y a d'autres raisons, ces derniers temps, qui expliquent la présence d'icebergs dans des endroits 'inhabituels' ou la quantité notable d'icebergs qui a été observée", m'a expliqué Scott Weese, expert du CIS, par e-mail.

Des chercheurs de l'Université de Sheffield ont découvert que le vêlage se produisait de plus en plus souvent, et à des latitudes de plus en plus élevées. Une étude menée en 2014 a montré que ces changements se produisaient de manière cyclique, mais depuis les années 1990, le taux de vêlage est à son plus haut niveau historique. L'article concluait que "le passé récent est une période inédite en termes de flux d'icebergs issus de la calotte glaciaire du Groenland, ce qui correspond à des évolutions rapides du climat au Groenland au même moment."

Ce changement a été confirmé par les habitants de la région. "Le fait que les icebergs fondent m'a été rapporté pour la première fois par un pêcheur qui emmène les touristes voir des icebergs dans le fjord d'Ilulissat. Depuis 2002, les icebergs sont plus petits", raconte Rignot.

Rignot explique qu'il est difficile d'obtenir des données claires sur le comportement des icebergs en mer car ils disparaissent avec le temps, ce qui revient à "chasser une meute de chats", dit-il.

Ces immenses icebergs sont sublimes, mais ils sont aussi là pour nous rappeler notre influence néfaste sur la planète. Parfois, il est difficile d'apprécier la beauté du monde quand elle ressemble au bouquet final d'un feu d'artifice dévastateur.