Le Pourquoi Du Moment

Pourquoi on a des courbatures ?

Faire un effort douloureux est suivi par des douleurs encore plus intenses, car notre enveloppe charnelle est faible et ingrate.

par Marie Simon
05 Avril 2016, 10:12am

Illustration : Keoni Cabral/Flickr

Avec la série « Le Pourquoi du moment », Motherboard répond aux questions les plus posées à Google en 2016. Aujourd'hui, on se demande d'où viennent les courbatures, ces sensations si désagréables qui nous pourrissent la vie après une séance de sport un peu trop énervée.

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Les beaux jours reviennent, timidement. Mais le soleil, portant les promesses de longues après-midi oisives à boire de la bière fraiche et à reluquer des silhouettes idéales, vous a cette année fait un sale coup. Sa lumière enchanteresse a révélé, lors d'un passage matinal devant le miroir éclairé de quelques rayons, que vous aviez changé. Beaucoup. Votre corps porte le poids des soirées innombrables où vous avez choisi le flottement, l'alcool et le kebab facile au détriment d'un sain agenda, vous disant « je vivrai sérieusement demain. » 365 soirs plus tard, demain n'est pas encore arrivé. Vous êtes mou, vous êtes gras. Vos contours sont aussi imprécis qu'un dessin d'enfant qui a débordé. Vous avez des bourrelets impossibles, et lorsque vous vous étirez langoureusement tel le chat que vous étiez antan, cela fait flop flop.

Comme chaque année, l'illusion d'une rédemption corporelle possible s'impose à votre esprit pervers. Vous allez sur Youtube, le paradis des humains qui s'agitent en vain en riant. Il s'y passe des choses incroyables et parfaitement incompréhensibles, comme Get a Round Juicy Bubble From Home No Equipment, Poodle Exercice with Humans, SUPER EXTREME CARDIO CRUSH et autres performances d'hommes et de femmes qui, pour une raison inconnue, estiment que tous les enjeux de l'existence résident dans les fesses.

Tel Métamorph de la première génération Pokémon, vous êtes bien décidé à changer de forme afin d'écraser tous vos ennemis. Vous vous installez donc devant la chaine d'une blonde longiligne qui semble tout droit sortie d'une usine de gynoïdes dans Ghost in the Shell. Elle est pourtant humaine et utilise la force de ses quadriceps avec un sourire ravi, indifférente à la souffrance des hommes et aux lois de la thermodynamique. Vivre de cette façon, c'est-à-dire en faisant des squats et des fentes sautées, semble plutôt satisfaisant.

Vous vous êtes donc attelé à cette série de pompes-abdos sans renâcler. Puis tout s'est enchainé très vite. D'abord il y a eu les litres de sueur, la douleur cuisante dans tous les muscles, l'impression qu'il est possible de s'auto-démembrer par la seule force de la volonté, la sensation de sortir de son corps, puis une curieuse forme de blackout par abus musculaire.

Vous vous êtes réveillé le lendemain dans votre lit, comme d'habitude, dirait-on. Et pourtant, non. Quelque chose avait changé. Votre corps était toujours mou, mais cette fois, il était habité par la Douleur Ultime, celle que l'on évoque dans les films Saw ou les enfers de La Comédie humaine de Dante.

La douleur : une allégorie

LES COURBATURES

Elles correspondent à une douleur musculaire légère à intense consécutive à un exercice physique brutal, inapproprié ou trop intense, qui se réveille lorsque les muscles squelettiques concernés sont sollicités de nouveau. Les courbatures surviennent généralement 24 à 72h après la séance de sport en question, voire plus tôt encore si vous avez remplacé votre session TV du soir par une série de 300 burpees du jour au lendemain.

Jusqu'à la fin du 20e siècle, on pensait que les courbatures provenaient de l'accumulation d'acide lactique (qui contribue à la production d'énergie dans les cellules musculaires) dans les muscles lors d'un effort prolongé. C'est sans doute l'explication que votre prof d'EPS vous aura donnée, au collège, après que vous vous soyez plaint de ne plus pouvoir accéder à la salle d'espagnol sans l'aide d'un monte-charge. Cependant, lorsque les courbatures apparaissent, l'acide lactique a quitté les muscles depuis longtemps ; la corrélation n'est donc pas avérée.

On pourrait se dire que l'apparition des courbatures suit une certaine logique : je fais du mal à mon corps, il me renvoie l'ascenseur. Problème réglé. Pourtant, l'origine des courbatures est bien plus mystérieuse que cela d'un point de vue physiologique, notamment parce qu'il existe un délai de longueur variable et imprévisible entre le moment de l'effort et le réveil de la douleur, et surtout parce que le meilleur moyen de réduire les courbatures… est de refaire du sport.

Il existe plusieurs hypothèses concurrentes pour expliquer ce phénomène. La plus communément acceptée en médecine du sport est que, lors de votre entrainement déraisonnable, vos muscles ont subi des dommages structurels (des microlésions) suffisamment importants pour entrainer une réponse inflammatoire. La concentration de certains enzymes et des globules dans le sang des personnes courbaturées va en faveur de cette hypothèse, de même que les biopsies réalisées sur des sujets après l'effort : elles montrent que les lignes Z qui tiennent les fibres musculaires sont sujettes à des micro-saignements, et augmentent elles-mêmes la sensibilité des nocicepteurs (récepteurs sensoriels de la douleur).

Non non non je ne ferai plus jamais de séries de squats jumps simplement parce que quelqu'un me l'a demandé.

La mauvaise nouvelle, c'est que même dans le cas où vous deviendriez un sportif accompli, vous resterez toujours et inconditionnellement sujet aux courbatures. On ne peut pas leur échapper. Si les échauffements et entrainements appropriés, l'hydratation et la prudence contribueront à atténuer leurs effets, votre enveloppe charnelle continuera de vous tourmenter. Alors, autant s'y habituer.

D'ailleurs, comme le rappelle JCVD qui s'y connait un tantinet en fitness, « il y a la douleur physique et la douleur mentale, et puis il y a le spirit, qui lui, n'a aucune douleur. »

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