Publicité
Culture

Profession : collectionneur de couteaux fabriqués en prison

On a discuté avec un type passionné d'armes artisanales.

par Tom Usher
07 Mars 2017, 5:45am

Collectionner les couteaux est un passe-temps comme un autre. Votre père le fait, votre oncle aussi – du moins, ça arrive. Il existe des milliers de couteaux en liberté, couteaux qui ornent les murs de pavillons familiaux ou de cabanes isolées servant de repère à des psychopathes.

La plupart des collectionneurs privilégient des couteaux qui leur semblent « esthétiquement attrayants » ou qui disposent d'une particularité technique remarquable – ou qui proviennent, et c'est un poil plus rare, d'une bataille légendaire du XVIe siècle. Ce n'est absolument pas le cas de l'homme qui se cache derrière Artisanal Prison Shanks, un compte Instagram qui recense des photos de couteaux fabriqués par des prisonniers à l'aide de crayons de bois, de brosses à dents et de planches de bois découpées.

Afin de comprendre pourquoi quelqu'un voudrait collectionner de telles choses, j'ai discuté avec ce type – qui souhaite rester anonyme.

VICE : Bonjour ! Pourquoi faites-vous cela ?
Artisanal Prison Shanks : J'ai toujours été intéressé par ces objets. Je les trouve beaux et remarquables – notamment parce qu'ils sont construits uniquement dans un but fonctionnel, en utilisant les seuls matériaux à disposition. 

Je suis admiratif de l'ingéniosité de ces types. Ces couteaux sont fabriqués avec des objets qu'on ne trouve que dans des cellules ou à l'intérieur de la prison. J'ai déjà entendu une rumeur selon laquelle un mec aurait fabriqué un couteau grâce à des bonbons. C'est dans l'esprit de la mission Apollo 13. Tu n'as que quelques trucs à ta disposition, et tu dois utiliser ton cerveau.

Est-ce que ça vous inquiète que des gens vous voient comme un type violent, qui glorifie ces armes ?
Je m'inquiète pour un rien, alors oui. Les gens pensent que je suis un psychopathe. Je peux les comprendre, ce n'est pas le genre de truc que vous mettez en avant dans votre bio Tinder.

Non, en effet. Comment avez-vous commencé ? Avez-vous déjà été en prison ?
Non, je ne me suis jamais retrouvé en prison. J'ai commencé à entendre parler de ces couteaux artisanaux dans un documentaire des années 1990, avant d'en voir lors d'une brocante. J'ai toujours été attiré par le folklore et l'art DIY. La première fois que j'ai observé de tels couteaux, je n'ai pas vu des armes mais des œuvres d'art.

Photo via Artisanal Prison Shanks

Combien de couteaux possédez-vous ? 
Dans ma collection personnelle, j'en ai cinq, mais ce sont des pièces que j'ai fabriquées moi-même. Lorsque je vivais aux États-Unis, j'en avais six de plus, mais j'ai dû m'en séparer.

Vous les fabriquez désormais vous-même ?
Oui, parce qu'il n'y a pas beaucoup de couteaux de prison en vente en Grande-Bretagne. Les prisons les détruisent sur place, mais aux États-Unis, certains matons les subtilisent.

Ils les vendent ensuite à des collectionneurs ?
Exactement. Ce n'est pas un marché officiel, mais vous pouvez en trouver si vous cherchez bien. J'ai vu des gens en vendre pour 25 euros sur Instagram. Mais ils ne les vendent pas en Grande-Bretagne.

Parce que c'est illégal ?
Tout à fait. Cela dit, comme je conserve mes couteaux à des fins artistiques, c'est OK, je peux les garder chez moi tant que je ne me balade pas avec en pleine rue. Cela s'applique aussi à des couteaux utilisés dans des cérémonies religieuses, par exemple.

Je vois. Avez-vous des préférés ?
J'aime beaucoup ceux qui sont fabriqués à base d'objets totalement inoffensifs.

Comme quoi ?
Comme les couteaux brosses à dents. Tous les prisonniers possèdent une brosse à dents, et la plupart ont un briquet ou des allumettes. En chauffant l'extrémité de la poignée de la brosse, vous pouvez en faire n'importe quoi – insérer un petit morceau de métal dedans, par exemple. Le tour est joué : vous avez un couteau avec une poignée. Mais parfois, vous n'avez même pas besoin d'un morceau de métal. Vous pouvez simplement chauffer le plastique et le frotter contre une surface rugueuse pour le rendre tranchant. C'est fascinant. 

Bien noté ! 

Suivez Tom sur Twitter.

Tagged:
crime
Art
Instagram
Features
armes
détenus
collectionneur