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Culture

Cocaïne, acide, cocaïne, rhum, clopes, cocaïne, chartreuse, cocaïne : quel régime de star était le plus nocif ?

Hunter S. Thompson, Elvis Presley, Ernest Hemingway – tous se sont brûlé les ailes sur l’autel de la créativité.

par Hannah Ewans
31 Janvier 2017, 5:30am

Certaines célébrités sont plus connues que d'autres pour leur consommation excessive de drogues et d'alcool. Hunter S. Thompson consommait, selon ses dires, de la cocaïne au petit-déjeuner – sans oublier d'en reprendre quelques traces dans la journée – avant de s'offrir un peu d'acide pour le dîner. David Bowie aurait survécu à un régime exclusivement composé de coke, de café et de poivrons rouges. De son côté, Lemmy Kilmister se serait enfilé une bouteille de Jack Daniel's chaque jour.

Ces fables – mais en sont-elles vraiment ? – se superposent à différentes légendes urbaines qui collent à la peau de tous ces artistes. Une chose est sûre : les éléments récréatifs mentionnés au cours de cet article représentent des quantités astronomiques pour votre frêle corps de personne ordinaire. Comment ont-ils fait pour vivre aussi longtemps ?

Pour le savoir – et pour apprendre quel régime était le plus mauvais, tout en gardant à l'esprit qu'aucun de ces régimes n'est vraiment « bon pour la santé » – j'ai demandé conseil à des connaisseurs : le docteur Henry Fischer, qui travaille au sein du think-tank Volteface, spécialisé dans les politiques liées à la drogue ; George McBride, également membre de Volteface ; Harry Shapiro, journaliste chez Druglink et responsable du contenu de Drugscope ; et Petronella Ravenshear, nutritionniste.

Elvis Presley : Pepsi, bacon, sandwiches à la banane et au beurre de cacahuètes, médicaments délivrés sur ordonnance

Elvis. Photo : MGM Inc, via

Difficile de préciser avec exactitude tout ce qu'Elvis s'enfilait quand il était au fond du gouffre, mais une chose est sûre : il buvait beaucoup trop de Pepsi. On raconte qu'il se faisait livrer des camions entiers à Graceland. En plus de ça, tout le monde sait que son alimentation était essentiellement composée de « Fool's Gold Loaf », un sandwich de 30 centimètres de long, farci de bacon, de beurre de cacahuètes et de confiture de fraise – soit 42 000 calories. Dans les jours qui ont précédé sa mort, il mangeait deux sandwiches gargantuesques avant d'avaler des petits hamburgers. Son apport calorique avoisinait les 94 000. En comparaison, un éléphant asiatique consomme 50 000 calories.

Ajoutez à cela des médicaments délivrés sur ordonnance : diazépam, méthaqualone, phénobarbital, éthinamate, codéine, analgésiques, sédatifs – et j'en passe. Au cours des sept mois ayant précédé son décès – de janvier à août 1977 – son docteur lui aurait prescrit 8 805 comprimés, ampoules, etc.

« Pour une grande partie de la population, le gluten agit comme un opiacé – c'est-à-dire comme l'héroïne ou la morphine. Il est non seulement addictif mais engendre des effets sédatifs, m'explique Petronella Ravenshear. Le régime d'Elvis, riche en graisse, en sucres et en glucides, n'est pas seulement toxique pour le foie et le cœur. Il est également fatal pour le microbiome, soit les gentils microbes qui auraient pu préserver sa santé. À court terme, les effets sont connus : constipation, baisse d'énergie, changements d'humeur et dépression. À long terme, c'est la mort assurée. »

Elvis consommait également tout un tas de tranquillisants. Son obésité a certainement modifié les effets des médicaments sur son organisme. « Si une personne pèse deux fois plus qu'une autre, elle aura besoin d'une dose plus élevée pour ressentir les effets désirés », m'ont confirmé les deux spécialistes de chez Volteface. « De plus, si une personne suit un régime extrêmement calorique, l'effet des médicaments consommés s'en trouvera forcément modifié. Dans le cas quelque peu extrême d'Elvis, il était presque impossible de connaître les effets des médicaments ingérés. »

Niveau de dangerosité de ce régime ? 4/5

« Il prenait des stimulants, des tranquillisants, tout ce qu'il pouvait. Le risque d'overdose était très élevé, m'a confirmé Harry Shapiro. De plus, si vous arrêtez de prendre tout ça, vous vivrez un enfer. Elvis a été victime d'une crise cardiaque plutôt violente, davantage causée par son régime alimentaire que par les médicaments. »

Ernest Hemingway : Mort dans l'après-midi

Ernest Hemingway. Photo : US National Archives and Records Administration. Via

Hemingway détestait beaucoup de choses – William Faulkner, les femmes. Cela ne l'a pourtant jamais empêché de vouer un culte à l'absinthe, jusqu'à concevoir son propre cocktail à base dudit alcool, « Mort dans l'après-midi » – qu'il sirotait, comme son nom l'indique, au cours de l'après-midi.

Dans un livre de cocktails publié en 1935, il écrivait : « Versez une once et demie d'absinthe dans une flûte à champagne. Ajoutez du champagne glacé jusqu'à obtenir une substance laiteuse. Dégustez-en de trois à cinq verres, en prenant votre temps. »

Selon les gars de Volteface, « cette boisson est assez savoureuse. Le problème, c'est de l'ingérer en dehors des repas, sans avoir mangé auparavant. L'absinthe est un alcool très fort. Si une personne en consomme de façon quotidienne, on peut dire sans trop se mouiller qu'elle est alcoolique. »

Taux de dangerosité ? 3/5

« Sur le long terme, l'alcool est plus dangereux que la drogue, affirme Harry Shapiro. L'héroïne n'est pas aussi néfaste qu'on pourrait le penser, par exemple. À la différence de l'alcool, elle n'affecte pas les organes vitaux – le foie, le cerveau, les reins ou le cœur. De plus, l'alcoolisme est lié à de nombreuses maladies mentales. Sans surprise, Hemingway s'est tiré une balle dans la tête. »

Lemmy Kilmister : Whisky Coca, speed et cigarettes

Lemmy Kilmister. Photo de l'utilisateur Flickr Alejandro Pàez, via

Lemmy Kilmister a tourné avec une dose quotidienne de whisky coca, de speed et de clopes, et ce pendant près de 40 ans. Jusqu'à sa mort en 2015, il ne pouvait se passer de ses deux bouteilles de vin quotidiennes. Lui au moins avalait un peu de nourriture – enfin, des similis repas. Pas de légumes, pas de pommes de terre ou de petit pois. Non, à la place, il mangeait des spaghettis froids, des frites froides et des steaks – froids, bien entendu.

« Une alimentation saine ne constituera jamais un contrepoids à l'effet des drogues, mais ça vous permettra tout de même de mieux récupérer à terme », m'ont rappelé Henry Fischer et George McBride. « En ce qui concerne les effets du speed sur la santé mentale, la psychose liée aux amphétamines est une maladie très répandue chez les consommateurs réguliers. La situation est d'autant plus alarmante dans le cadre d'une consommation journalière. Lemmy ingurgitait beaucoup de sucre avec le whisky coca – sans surprise, il a fini par être victime de diabète. »

Taux de dangerosité ? 3/5

Lemmy Kilmister est mort d'un cancer – ce qui n'est pas non plus très surprenant. 

« Vous pouvez suivre un tel régime lorsque vous avez la vingtaine ou la trentaine, mais ça devient vraiment dangereux lorsque vous atteignez les cinquante ou soixante ans, m'a dit Harry. Le speed et les drogues stimulantes engendrent beaucoup de tension dans un corps vieillissant. Cela dit, Lemmy est mort d'un cancer. Encore une fois, je pense que les clopes et l'alcool ont été la source du problème, bien plus que le reste. »

David Bowie : cocaïne, café, clopes, lait et poivrons rouges

David Bowie. Photo de l'utilisateur Flickr Auréola, via

Selon son biographe David Buckley, David Bowie avait pour habitude de consommer uniquement des poivrons rouges, de la cocaïne et du lait entier – du moins, en 1976. Bowie a avoué plus tard qu'il arrivait à peine à se souvenir de cette époque, ce qui n'est forcément bon signe.

Selon David Buckley, « pour préparer l'album après Young Americans, [Bowie] s'asseyait dans une maison avec une quantité suffisante de cocaïne de bonne qualité, du café, un carnet à croquis et un tas de livres ».

« La coke est un coupe-faim », m'ont rappelé les gars de Volteface. « Logiquement, David Bowie ne mangeait pas beaucoup. Le lait apporte certains nutriments nécessaires, alors ça devait lui suffire. Évidemment, la cocaïne constituait la pire partie de son régime. Sa santé mentale s'en trouvait forcément affectée. Si vous multipliez les grammes, vous allez tôt ou tard souffrir d'hallucinations. »

« Le régime de Bowie l'empêchait de mourir de faim, mais il avait de sérieuses carences en vitamines, en minéraux et en acides aminés, m'a expliqué Petronella Ravenshear. Cela a sans doute entraîné de multiples défaillances, comme des déchirures musculaires ou des malaises à répétition. Boire du lait et avaler des vitamines C grâce aux poivrons était suffisant pour rester en vie. Nul besoin de vous préciser qu'il y a une grande différence entre être en vie et être en bonne santé. Le lait entier contient beaucoup trop de calcium et pas assez de magnésium. Une carence en magnésium empêche le corps de se relaxer et peut provoquer des crampes, des problèmes de cœur, une forte tension artérielle. Ce régime est aussi pauvre en B12, un élément essentiel pour le système nerveux, digestif et le sommeil. »

Taux de dangerosité ? 4/5

Personne ne pourrait survivre longtemps en suivant un tel régime – d'ailleurs, Bowie l'a expérimenté pendant un court laps de temps. « Bowie consommait régulièrement de la drogue, mais son cancer s'est déclenché à cause de la cigarette », m'a rappelé Harry.

Stevie Nicks : Cognac, bière, weed et cocaïne

Stevie Nicks. Photo d'Eva Rinaldi, via

Stevie Nicks était accro à la cocaïne. Elle aurait dépensé, d'après ses propres estimations, près d'un million de dollars en coke. En plus de ça, elle consommait du Cognac, de la bière et de la weed.

« C'est une combinaison assez classique », m'ont confirmé les gars de Volteface. « Des millions de gens prennent aujourd'hui de la cocaïne, des cigarettes, du cannabis et de l'alcool. Ils sont très nombreux mais ne consomment sans doute pas un gramme par jour. L'ingestion simultanée de cocaïne et d'alcool – un mix très populaire – renforce les effets de la cocaïne mais également sa dangerosité. La cocaïne vous permet de rester éveillé et de continuer à boire de grandes quantités d'alcool sans même vous en rendre compte. Les problèmes surgissent lorsque les effets de la cocaïne s'estompent et que le contrecoup de l'alcool se fait sentir. Si ce mélange est quotidien, votre consommation augmentera de façon presque inévitable. »

Nicks le savait : son addiction était devenue problématique. Elle s'en est occupée lorsque son médecin lui a dit qu'elle risquait d'être victime d'une hémorragie cérébrale voire d'une mort prématurée.

Taux de dangerosité ? 2/5

Même si c'est objectivement très dangereux, Stevie Nicks a réussi à se sortir de son addiction à la cocaïne et est revenue plus en forme que jamais. « Le corps humain est capable de se remettre très rapidement, m'a rappelé Harry. Même si vous avez une cirrhose, votre foie peut se régénérer. Vous pouvez être un cocaïnomane invétéré pendant dix, décider de tout arrêter et – à long terme – être de nouveau en bonne santé. »

Hunter S. Thompson : tout, tout le temps

Hunter S Thompson. Photo de l'utilisateur de Wikilmedia Rs79, via

Pour le cas qui nous intéresse, mieux vaut diffuser un extrait de sa routine journalière – le texte qui suit a été rédigé par E Jean Carroll et apparaît dans HUNTER : The Strange and Savage Life of Hunter S. Thompson, publié en 1994.

Selon les gars de Volteface, « la routine de Thompson lui apportait assez de nutriments – c'est déjà ça. Contrairement à David Bowie, il n'a pas souffert de carences. Le problème, c'est qu'il consommait quand même beaucoup trop de drogue. Lorsque vous ingérez des substances psychédéliques en abondance, arrive le moment où elles cessent d'être efficaces – mais vous pouvez toujours doubler la dose. Thompson avait clairement développé une tolérance à toutes les drogues. Il devait avaler des quantités monumentales pour ressentir un quelconque effet. Il buvait des quantités tout aussi démesurées d'alcool et prenait de l'Halcion – un somnifère. C'est une combinaison plutôt dangereuse. Ça peut vraiment vous tuer. Le travail de son foie est aussi mystérieux que celui de son cerveau. C'est un miracle qu'il ait survécu aussi longtemps en suivant ce régime. »

Thompson et d'autres ont pu survivre à ces régimes extrêmes grâce à une chose : leur richesse. « Il avait une armée de médecins à sa disposition », m'ont précisé Henry Fischer et George McBride. « Une personne ordinaire ne pourrait pas survivre parce qu'elle n'aurait pas accès aux mêmes médecins et hôpitaux. Mieux vaut être un être addict plein aux as qu'un drogué fauché, c'est évident. »

Taux de dangerosité ? 5/5

« Il avait tout à disposition, il vivait dans un véritable manège de substances chimiques, m'a dit Harry. La drogue ne l'a même pas tué, il a choisi sa mort. Il est quasiment impossible de mesurer les dégâts infligés à son corps. Je n'aurais certainement pas voulu me trouver dans les environs de Hunter S. Thompson – il devait être vraiment instable. »

@hannahrosewens