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Grandir en France

Orpaillage, animaux exotiques et soleil permanent : une enfance en Guyane

Comment grandir à Saint-Laurent du Maroni ne m’a absolument pas préparé à la vie en métropole.

par Vladimir, propos rapportés par Maxime Brousse
31 Janvier 2017, 5:15am

Toutes les photos sont publiées avec l'aimable autorisation de Vladimir.

Cet article vous est présenté par Canal +, qui diffuse la série Guyane. Cliquez ici pour plus d'informations.

Beaucoup de gens ont un peu de mal à situer la Guyane sur une carte, et c'est dommage. Certains oublient qu'elle existe, tandis que d'autres la confondent avec les Antilles. Mais non, la Guyane n'est pas une île : elle est voisine du Suriname et du Brésil. Et ici, l'eau n'est pas aussi claire que ce que vous croyez.

Je m'appelle Vladimir, je suis né en 1998 et je suis en première année de STAPS à Rennes. J'ai choisi de venir ici pour tenter de percer dans le kayak-polo, mais les 18 premières années de ma vie, c'est en Guyane que je les ai passées. Mes parents sont nés en France : ils sont professeurs tous les deux et ont passé vingt ans en Guyane. Donc personnellement, je me sens vraiment Guyanais. C'est mes origines, c'est là que je suis né, et c'est vraiment autre chose que la métropole. Rien n'est pareil, à vrai dire – que ce soit notre manière de vivre en général ou notre rapport aux saisons.

J'ai grandi à Saint-Laurent du Maroni, qui est la deuxième ville de la région, avec 45 000 habitants – pourtant, il n'y a qu'un seul supermarché. Sachant que la Guyane est quasiment située au niveau de l'équateur, les saisons sont peu marquées et les journées ont toujours la même durée – en gros, il fait jour de 6h30 à 18h30. Depuis que je suis arrivé en France, j'ai réalisé qu'au quotidien, les gens sont beaucoup plus joyeux, et qu'il y a beaucoup plus de mixité sociale en Guyane. Enfant, j'ai fréquenté des gens de nombreuses origines différentes, parce que j'étais à l'école publique – des personnes qui vivaient sur le fleuve, ou qui n'avaient jamais mis les pieds en France. Entre les Créoles, les Amérindiens et les Bushiningués, une pléthore de communautés cohabitent.


La Guyane, c'est beaucoup de rivières et de fleuves – le Maroni fait quand même plus de 600 kilomètres, soit presque autant que la Garonne. Donc durant toute mon enfance, le kayak m'a permis de m'ouvrir à la nature et de la découvrir. Parce que même si la Guyane constitue le lieu de décollage de certaines fusées Ariane ou Soyouz, elle reste avant tout une région très peu construite. Elle fait la taille de l'Autriche, mais il n'y a que 250 000 habitants recensés – et la majorité d'entre eux habite dans les quelques communes situées le long du littoral.

Je garderai toujours un souvenir incroyable de la première fois que je suis allé faire du kayak à Saut Maripa, sur l'Oyapock – le fleuve qui marque la frontière avec le Brésil. Il se situe à une vingtaine de kilomètres au-dessus du fameux pont qui relie la France et le Brésil, décidé par Jacques Chirac l'année avant ma naissance, mais toujours pas opérationnel. Saut Maripa est un endroit magnifique, où l'eau est beaucoup plus claire qu'ailleurs – presque transparente. On est très proche de la nature, et très éloignés de la civilisation. Il faut faire pas mal de piste en voiture pour y aller. À chaque fois qu'on s'y rendait, on dormait en carbet, on faisait du kayak toute la journée… On croisait des gens, surtout côté brésilien, parce qu'il y a beaucoup d'échanges entre les rives du fleuve, ainsi qu'un peu de trafic.

Que ce soit de ce côté ou sur le Maroni, côté Suriname, les fleuves ne sont pas vraiment considérés comme des frontières par ceux qui y habitent depuis des générations. Y naviguer permet pas mal de rencontres, outre les toucans et les aras qui nous survolent régulièrement. Alors que je faisais une sortie en kayak avec le lycée, j'ai notamment croisé un anaconda, puis un caïman – ce qui est toujours bizarre pour les élèves qui ne sont pas trop habitués à en croiser. Mais c'est un fait : il y a énormément d'animaux en Guyane. Et s'il n'y en a pas tellement qui font peur, il y en a beaucoup qui se mangent.

L'agouti, par exemple, est un gros rongeur qu'on croise un peu partout et dont la viande est délicieuse. Il m'est aussi arrivé de goûter du tatou, et du caïman – mais seulement lors de compétitions de kayak côté brésilien ou surinamien, parce qu'il est interdit de commercialiser ces animaux. Mais comme les Guyanais sont loin des points de ravitaillement et qu'ils n'ont pas forcément les moyens, ils chassent ce qu'il y a, avant d'en servir dans les restaurants. Ils servent ça en sauce, comme beaucoup de viandes. Niveau goût, ça se situe quelque part entre le poulet et le poisson.


L'une des choses auxquelles on pense souvent quand on parle de la Guyane, c'est l'or, et l'orpaillage. Mais quand on vit sur place, c'est assez banal. Si vous ouvrez un journal local, vous avez de bonnes chances de tomber sur une histoire d'orpaillage – il y en a tellement qu'on en perd le fil. L'or pose problème parce que le Brésil, le Suriname et la Guyane en sont riches, mais tout se passe dans la jungle, dans des coins isolés. Ce n'est pas une chose à laquelle j'ai été confronté dans ma jeunesse. Des orpailleurs, j'en ai croisé plusieurs fois en kayak, mais je ne sais absolument pas s'ils étaient dans la légalité ou pas.

L'une des méthodes pour extraire l'or consiste à se servir de grosses barges. Les orpailleurs plongent dans le fleuve. Ils sont alimentés en oxygène et pompent le lit de la rivière pour en extraire l'or, qui est trié sur la barge. Et ce genre de bateaux, on en croise souvent, pas loin de Saint-Laurent. Il suffit d'aller à Apatou, à trois quarts d'heure de voiture ou deux heures et demie de pirogue, pour en voir – parfois même plus bas, selon la saison. J'en ai souvent vu, mais je n'ai jamais eu de problème avec eux. Après, je n'ai jamais été attiré par ce genre de pratique : remuer le fleuve, alors que l'eau est déjà marron… La région est très riche en biodiversité, et j'ai été sensibilisé à cette nature depuis ma petite enfance – je trouve ça dommage de la gâcher pour si peu.

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