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Des autochtones préviennent qu’il y aura plus de conflits au Canada en 2017

« C’est la conséquence de la trahison de Trudeau et du fait que la plupart des Canadiens refusent de reconnaître qu’ils vivent sur des territoires volés. »
04 janvier 2017, 12:00pm

En décembre 2015, le premier ministre Justin Trudeau a présenté cinq politiques pour aider à atteindre l'objectif d'en arriver à une « relation de nation à nation renouvelée avec les Premières Nations ». Un an plus tard, il l'a répété : « Nous avons été élus en nous engageant solennellement à parvenir à une réconciliation avec les autochtones de tout le pays. » Mais, à l'approche du 150e anniversaire du Canada, de nombreux autochtones estiment que le gouvernement n'est pas ou peu passé de la parole aux actes.

« Je pense que 2017 sera l'année où des tranchées seront creusées et les lignes de front seront établies de façon très tangible », prévoit Caleb Behn, avocat de la communauté des Premières Nations de West Moberly, dans le nord de la Colombie-Britannique.

« C'est la conséquence de la trahison de Trudeau et du fait que la plupart des Canadiens refusent de reconnaître qu'ils vivent sur des territoires volés et qu'ils ont opprimé des communautés qu'ils promettent de traiter honorablement depuis plus de cent ans. »

Malgré l'importante opposition de nombreuses nations autochtones, le gouvernement libéral canadien a approuvé la construction de deux pipelines majeurs pour le transport de pétrole des sables bitumineux et d'un terminal d'exportation de gaz naturel liquéfié, a autorisé la construction du barrage du Site C dans le nord de la Colombie-Britannique et a refusé d'intervenir dans le conflit du barrage de Muskrat Falls au Labrador.

En plus, le gouvernement est revenu sur ce qui semblait être une promesse claire de respecter en intégralité la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA), a pris position contre un recours en justice des survivants de la « rafle des années 60 », a retiré un appel qui aurait forcé l'Église catholique à contribuer au financement de programmes d'aide aux survivants arrachés à leur famille et envoyés en pensionnat, et est toujours l'objet de critiques pour son système de protection de la jeunesse dans les réserves jugé raciste.

Même si le premier ministre affirme le contraire, la réduction du nombre d'avis d'ébullition de l'eau dans les réserves ne fait que de lents progrès. Sans compter qu'il n'a pas « immédiatement annulé la limite de 2 % à l'augmentation annuelle du financement des programmes pour les Premières Nations », comme il l'avait promis, ce qui contribue à aggraver ce problème.

En octobre, il a été établi que le gouvernement n'avait suivi que cinq des 94 recommandations de la Commission de vérité et réconciliation, alors que le gouvernement avait promis de toutes les suivre.

Cependant, Trudeau a assuré que son gouvernement a pris des mesures en réponse à 41 appels à l'action. Mais les critiques répondent que les actions prises, comme la commission d'enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées, sont sans effet, sans pouvoir juridique réel.

« Il y a trop de solutions bâclées et pas assez de vrais changements », affirme Khelsilem, un professeur de langue de la nation Squamish. « Ils disent aux Autochtones d'être patients et de tenir bon, alors que nous attendons depuis des décennies que plusieurs de ces choses changent. »

Ainsi commence 2017.

Beaucoup de communautés autochtones portent avant tout attention aux projets d'extraction des ressources, en particulier depuis l'approbation par le fédéral des projets Trans-Mountain de Kinder Morgan et ligne 3 d'Enbridge le 29 novembre dernier.

Pour certains, cette approbation entre en contradiction avec l'engagement du gouvernement à respecter la DNUDPA, qui comprend un article que beaucoup d'autochtones interprètent comme un droit de veto sur les projets d'extractions des ressources. En bref, l'article 32, complexe d'un point de vue juridique, vise à passer du devoir de consulter à celui d'« obtenir leur consentement, donné librement et en connaissance de cause, avant l'approbation de tout projet ».

Une volonté semblable a été formulée dans le traité pour lutter contre l'exploitation et la distribution du pétrole qu'ont signé plus de 100 groupes des Premières Nations.

Au cours de la dernière élection fédérale, Justin Trudeau a répondu « Absolument » à la question « Est-ce que non veut dire non pour votre gouvernement? » Le premier ministre a aussi répété la phrase : « Le gouvernement donne des permis; les communautés donnent la permission. »

Toutefois, dans une récente entrevue, il a affirmé que les Premières Nations n'ont pas de droit de veto sur les projets d'exploitation des ressources.

Quelques semaines plus tôt, le ministre des Ressources naturelles Jim Carr, interrogé à propos des manifestations potentielles contre les projets de pipeline, a répondu que nous vivons dans un État de droit et que, « si les gens choisissaient de ne pas être pacifiques, alors le gouvernement du Canada, par ses forces militaires, par ses forces de police, s'assurera de la sécurité ». Des autochtones y ont vu une menace de répression armée comme lors de la crise d'Oka en 1990 et de la récente confrontation près de la réserve sioux de Standing Rock aux États-Unis.

Jim Carr s'est plus tard excusé pour ses déclarations et a appelé le chef de Kanesatake, Serge Simon, qui a participé à la crise d'Oka, pour éviter qu'il ne sorte au moment du discours de Justin Trudeau, à l'Assemblée extraordinaire des Premières Nations.

Charlene Aleck, conseillère de la Première Nation Tsleil-Waututh, à North Vancouver, estime qu'on ne peut pas à la fois approuver de nouveaux pipelines et continuer de parler d'une relation de nation à nation.

« Nous avons déjà présenté notre proposition à Kinder Morgan », affirme-t-elle. Sa nation a à plusieurs reprises contesté devant les tribunaux les projets de pipeline. « Notre opposition à ce projet n'est pas une nouvelle. Si nous ne pouvons pas parler de ce problème, vous ne pouvez pas parler de réconciliation après des centaines d'années de répression. »

Erica Violet Lee, une étudiante et rédactrice de Saskatoon et de la nation Thunderchild First, ajoute que « la raison pour laquelle nous vivons maintenant dans la pauvreté, ce sont les siècles de tentatives violentes de nous chasser de nos terres. Les Premières Nations ont droit à des logements sécuritaires, de l'eau potable et des aliments sains sans devoir vendre leur âme à TransCanada, Kinder Morgan, De Beers et Enbridge pour se le permettre. »

Khelsilem prévoit aura malgré tout des points positifs en 2017.

Notamment, la loi visant à protéger les langues autochtones, qui, selon lui, « aura un effet vraiment positif, si elle a la portée suffisante pour être efficace. Tout dépend de ce qu'elle comprendra. » Il ajoute que l'augmentation du financement en éducation annoncée pourrait être très importante. »

Entre-temps, les chefs des groupes autochtones conseillent à leur population d'être patiente. Le vice-président du Conseil national des Métis, David Chartrand a déclaré après une récente réunion avec Justin Trudeau que « nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu'il fasse tout, tout de suite, que demain tous les problèmes soient résolus. Ça n'arrivera pas. »

Mais beaucoup pensent que les approbations des projets d'exploitation des ressources sans le « consentement donné librement et en connaissance de cause » des Premières Nations annulent tout progrès.

Behn pense que les autochtones qui militent en faveur de l'accès à l'eau potable seront de plus en plus visés par des poursuites stratégiques contre la mobilisation publique, aussi appelées poursuites-bâillons, souvent utilisées pour entraver la participation politique et le militantisme des autochtones.

Par conséquent, l'élection prochaine en Colombie-Britannique pourrait être l'une des plus âprement disputées de l'histoire de la province.

« Il y aura une escalade de la militarisation, dit-il. L'industrie et le gouvernement vont essayer de tirer tout ce qu'ils peuvent de formules creuses comme "réconciliation" et "de nation à nation". Les communautés ne vont pas avaler ça. »