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Tony Moggio : le talonneur s'est brisé, mais l'homme s'est relevé

Le 7 février 2010, ma vie a basculé. Depuis, je ne peux plus jouer au rugby, mais je continue de m'inspirer de ses valeurs de combat et de pugnacité pour vivre.
10.3.17

Dimanche 7 février 2010, Tony Moggio et son équipe du Rugby Castelginest XV se déplacent à Labarthe-sur-Lèze pour y affronter le Racing Club Labarthais pour un match du championnat de deuxième série régionale en Haute-Garonne, l'équivalent de la 9e division. Coup de sifflet de l'arbitre. Mêlée. A ce moment, la vie du talonneur bascule en même temps que les deux packs s'effondrent : la moëlle épinière sectionnée, les jambes paralysées, Tony Moggio reste au sol. Au prix de bien des efforts, il va pourtant se relever, même si la vie du rugbyman amateur 24 ans ne sera plus jamais la même.

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Tony a dû réapprendre à vivre, apprendre à accepter son handicap, ce coup du sort aussi tragique qu'inattendu. Dans son ouvrage "Talonneur brisé", paru aux Editions Privat, Tony Moggio nous livre le témoignage poignant d'une vie qui bascule un dimanche d'hiver avec les copains du rugby. Plongée dans la vie d'un homme qui raconte toutes les étapes par lesquelles il a dû passer pour accepter la fatalité, avant de se reconstruire et aller de l'avant.

Tony Moggio au stade Marcel-Deflandre de La Rochelle. Photo via Facebook.

Au cours d'un match de rugby, ma vie a basculé dans le fracas d'une mêlée. En un mot, le verdict des médecins a claqué à mes oreilles comme un coup de fouet : j'étais tétraplégique. D'autres auraient été anéantis, mais moi, au contraire, j'en ai fait un atout pour vivre et aimer plus fort. Et pourtant, au sortir de cette mêlée, je ne savais pas que ce long tunnel de galères m'ouvrirait les portes d'un nouveau monde.

En ce dimanche glacé de février 2010, j'ai poussé parce que le rugby, c'est ma vie. Alors, j'ai mis la tête pour défendre mon maillot jaune et bleu. Mais ce jour-là, je n'ai pas eu de troisième mi-temps. L'hélicoptère m'a emporté, brisé. J'ai d'abord entendu le bruit lointain du rotor puis, de plus en plus distinctement, le chuintement tranchant des pales qui fauchent l'air glacé. Dans le vacarme croissant de l'engin en approche, je viens de changer de vie. Je l'avais déjà deviné, mais là je le comprends. Définitivement. Mon corps meurtri ne s'est jamais tout à fait remis, je me suis réveille privé de mes membres. Ce réveil va durer trois jours et ma tétraplégie toute une vie, je m'en rends très vite compte. Trois jours au cours desquels une vie en devient une autre. Trois jours pendant lesquels je me dis parfois que mourir ne serait pas la pire des choses. Mais j'en sors. Ces trois premiers jours ont pesé pour moi le temps d'une éternité. Je suis convaincu que je dois au rugby d'avoir tenu le coup à la fois physiquement et mentalement durant ces longs jours et ces très longues nuits aux portes de l'enfer, car il n'y avait pas que le respirateur à domestiquer. Il y avait aussi ma peur.

Je raconte ce réveil et ma renaissance, car j'ai dû renaître. Je revenais chez les vivants mais mon corps avait fui. Je suis privé de l'usage de mes membres, et alors ? Mes gestes ne sont plus les mêmes, mais mon esprit qui pousse ma volonté jusque dans l'en-but est resté intact. Je me suis emparé des valeurs du rugby pour me reconstruire. Si je reviens sur tous les détails de ma reconstruction des plus intimes aux plus difficiles à vivre, je témoigne aussi du rôle qu'a joué la grande famille du rugby. Moi, obscur talonneur de 2e Série, infoutu de faire une touche droite, j'ai alors compris ce qu'était une famille, quand on n'emploie pas ce terme dans le sens de filiation ou de parenté. Il n'est pas ici question d'état civil mais de partage : un sens inné de la solidarité qui s'exprime dès qu'un membre de la fratrie se retrouve dans la nécessité. Aujourd'hui, je témoigne de tout cela dans ma Biographie et je parle de ma vie toute neuve, celle du bonheur. j'ai mon maillot dans la tête, le ballon dans le cœur, et mon terrain c'est désormais la joie de vivre, une vie dont je jure qu'elle ne m'a jamais abandonné. Je suis plus que jamais à la conquête, et je vais le faire savoir à mes lecteurs avec mon livre.