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Sports

Loose Change : Quand des snowboarders mettent le cap à l'est

Le snowboarder français Niels Schack a monté ce projet pour retrouver des sensations de liberté, d'aventures, pour rider des spots encore méconnus entre la Turquie et l'Inde.
5.1.16
Photo Perly

Le snowboarder français Niels Schack et son pote Sparrow Knox sont sans doute à l'opposé de l'image du snowboard que se fait le grand public. Loin des cabrioles des riders de compétition, et pas du genre à travailler avec des budgets hollywoodiens, les deux amis tracent leur bout de chemin avec leurs propres moyens. En novembre dernier, ils ont demandé 5 000 euros via Kickstarter pour financer un voyage de trois mois et demi dédié au snowboard. J'ai appelé Niels pour savoir pourquoi il tenait tant à voyager sans le sou et ce qu'il espérait tirer de cette dérive désargentée vers l'est, de la Turquie jusqu'à l'Inde, en passant par le Kazakhstan et la Mongolie, en quête de spots méconnus, d'aventures et de stress. Avant de partir pour la Turquie, il m'a donc tout expliqué.

Le Loose Change crew.

Salut Niels, tu peux me parler de la genèse de ton projet, Loose Change ?
Ludwig Lejkner et moi, on a longtemps travaillé avec des boîtes de prod' et, souvent, t'as pas trop ton mot à dire. J'avais notamment filmé pour Pirates et Ludwig avait quant à lui travaillé pour Isenseven. On a donc décidé de monter notre propre boîte de prod' quand toutes les grosses sont un peu tombées en ruines. Ça s'appelait Taco Trip, et on a fait ça pendant deux ans. Mais cette année, j'avais envie de faire un truc différent. Ça fait longtemps qu'on est très potes avec Sparrow Knox. On s'est toujours poussés et on avait en tête qu'on pourrait faire quelque chose tous les deux. On s'est donc lancés.

Taco Trip.

Peux-tu nous en dire plus ?
J'avais envie de travailler avec de nouvelles personnes. J'ai contacté des gens cet été et je leur ai dit : "J'ai envie de monter ce projet, Loose Change… J'ai envie de retourner vers les principes du début." Parce que quand j'avais 18 ans et qu'on allait à Helsinki en Finlande, c'était tout nouveau, on stressait. Maintenant, on enchaîne Minnesota, Pologne, Helsinki… On a des amis partout, on est toujours à la maison ! C'est vraiment cool, mais il n'y a plus de stress ! Il n'y a plus ce côté aventure qu'il y avait avant. C'est un peu trop facile. On s'est habitués à aller dans ces pays. Je voudrais retrouver cette nervosité, quand tu te dis que tu vas dans un pays où tu ne connais rien. Donc avec Sparrow, on s'est dit "pourquoi ne pas partir tous les deux, avec une équipe."

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Du coup, vous partez avec qui ?
On a un caméraman, Alex Weir, et un journaliste, qui nous suivent tout le long du voyage, plus un rider invité et un photographe différents dans chaque pays. Les riders invités, ce sont Gus Engle, qui habite à côté de chez moi à Montréal, Louis-Félix Paradis, Victor Daviet et Sami Luthanen. J'étais tellement impressionné qu'ils acceptent de participer à ce projet ! Victor Daviet, il bosse avec TransWorld cette année et il nous accorde 20 jours. Louis, il filme avec Snowboarder, mais il est ok pour venir avec nous. Sami Luthanen est un rider finlandais qui a beaucoup filmé pour Pirates et qui est l'un des meilleurs snowboarders que je n'ai jamais vu.

On est honorés que ces gens nous suivent. On n'a pas réussi dans le snowboard, on n'est pas le top du top, mais les gens croient en nous. C'est comme si on avait eu une promotion ! On est donc une équipe de six dans chaque pays, avec un noyau solide de quatre. On commence par la Turquie. Après, on part en Inde, dans une région du Cachemire qui s'appelle Srinagar-Gulmarg, puis en Mongolie s'il y a de la neige — pour l'instant, il y a vraiment peu de chances, donc on a le Japon en plan de secours. Mais le Japon, ça a été fait 20 000 fois… C'est un peu moisi. Et on finit avec le Kazakhstan. On part à peu près trois mois et demi : on fait entre 20 et 24 jours par pays. Filmer si longtemps sans rentrer à la maison, c'est chaud !

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Et 5000 euros (la somme collectée sur Kickstarter), c'est suffisant pour ça ? Ça va payer quoi, exactement ?
Les 5000 euros vont servir à payer les billets d'avion du caméraman, des photographes et du journaliste, les locations de voiture et l'hébergement. Pour l'instant, on a pris tous les billets pour les photographes et on est à 1100 euros… Loose Change ! Après, Sparrow et moi, on a notre budget voyage alloué par les sponsors et on a décidé de tout mettre dans une cagnotte. On a créé un compte en banque, et tout le monde est dans le même bateau, l'argent est mis en commun. Au total, on espère avoir 15 000 euros entre le Kickstarter et nous. On n'est pas les snowboarders les mieux payés, mais on est payés !

L'idée, c'est de faire des trucs sans argent. Quand on était dans des hostels en Norvège, c'était tellement cher qu'on faisait nos sandwiches le matin pour la journée. On volait dans le buffet pour se faire nos sandwiches. Quand il y avait pas la possibilité de payer les choses, on s'arrangeait. On a appris comme ça. On rencontrait des gens, on leur demandait si on pouvait dormir chez eux… Et on s'est dit : « pourquoi ne pas faire un film autour de ça, de tout ce qu'on voit pas. » Donc Loose Change, c'est la petite monnaie que t'as dans la poche de ton pantalon, mais c'est aussi « loose » dans l'idée de prendre ce qui vient vers toi et de le prendre avec une certaine casualnessBe Loose, pas besoin d'être strict. Et surtout quand tu voyages.

Niels Schack. Photo de Rudy Wyhlidal.

Vous avez aussi voulu donner un côté « humanitaire » à votre voyage…
Quand on a lancé le Kickstarter, on voulait pas faire un truc humanitaire, mais un truc où on pouvait aider des gens, sans dire non plus qu'on allait sauver le monde : je voulais trouver quelque chose d'honnête. Donc mon père m'a mis en contact avec le boss de Skateistan et on a eu une conversation. C'était tellement fou de parler avec ce mec qui était en Afghanistan et qui a pris 20 minutes pour me parler. Il m'a dit : « Il faut que tu trouves un truc dans lequel tu es honnête, et il faut que tu sois humble. » Donc on a décidé qu'on essaierait d'aller dans des écoles et d'organiser une sortie. On trouve un traducteur, on monte 5-6 snowboards que les kids peuvent essayer, et la station les laisse faire la piste débutant. Ce qu'on aimerait, c'est créer un parrainage avec ces enfants : que chacun de nos quatre riders invités file un set-up entier à un kid, et lui paie un forfait à l'année. C'est un truc qui m'a l'air possible.

Et après, l'idée c'est de sortir un film ou des petites réalisations par pays ?
Un film. Avec le DVD, le journaliste qui nous suit va écrire un gros article, mais avec la vision de quelqu'un qui n'est pas vraiment dans le snow. Il a le cœur d'un aventurier, pas d'un pro-snowboarder. Lui, il va voir ce qu'il y a derrière l'histoire. On voudrait que le film ne soit pas vu que par des snowboarders, ce qui est souvent le cas dans le monde du snow. Il y a un côté qui est juste humain, il n'y a pas que le snowboard, et c'est ça qu'on essaie de partager avec les gens. Les articles dans les magazines de snow, tu regardes les photos surtout… Et je voudrais parler à une cible qui lit les articles, qui n'est pas les snowboarders…

Le film va être séparé en 4 parties, et chaque partie aura sa propre identité. La manière dont c'est filmé, ce qu'on dit…Certaines seront de purs edits de snowboard, d'autres non. Notre inspiration, c'est les vidéos [de skate] Baker, mais aussi les vidéos des Wildcats et 91 Words for snow. On s'est pas trop fait chier dans ce film ! Si j'arrive à recréer ça, avec un edit moderne, plus rapide, genre les nouveaux edits de skate comme Bronze. Alex et moi, on rentre le 27-28 mars et on prend un appart ensemble pour monter le film. Je pense qu'il va sortir le 9 octobre 2016.