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Drogue

Les anges messagers de Ciudad Juarez

Depuis quatre ans, un groupe d'adolescents qui a pris le nom des Anges Messagers défile dans les rues de Ciudad Juarez couvert de peinture dorée et de paillettes et vêtu de grandes robes et d'ailes démesurées couvertes de plumes.
27 avril 2013, 8:00am

Photo : Luis Hinojos

Ciudad Juarez, au Mexique, est connue pour être la « capitale mondiale du crime organisé », à cause des nombreux meurtres liés aux cartels de la drogue dans cette ville frontalière des États-Unis. Les habitants sont prêts à essayer n’importe quoi pour stopper cette vague de violence. Depuis deux ans et demi, une bande d’adolescents qui se font appeler les « Anges Messagers » défilent régulièrement dans la rue. Leur visage est recouvert de peinture argentée et de paillettes et ils revêtent des robes blanches avec d’immenses ailes en plumes dans le dos. Aussi, ils tiennent des pancartes s’adressant aux policiers, aux cartels et aux pires hors-la-loi du pays. Leurs messages vont de « Zetas, repentez-vous », jusqu’à « Tueurs de policiers, ça suffit ! Cordialement, Jésus Christ ».

Les Messagers appartiennent à une petite paroisse chrétienne, Psaume 100, dirigée par Carlos Mayorga, à la fois pasteur et correspondant pour Milenio TV, une grosse chaîne télé mexicaine. Ils sont reconnus pour leur courage – peu de gens ont les couilles assez grosses pour interpeller les Zetas en public – et pour leur apparence pure et féérique.

J’ai rencontré les Messagers lors d’une manifestation, par une journée d’été ensoleillée, devant un commissariat. L’un d’entre eux, Luis, tenait un signe qui exhortait Joaquin « El Chapo » Guzman, un des parrains les plus puissants du Mexique, à se repentir. Il m’a appris que parmi les Anges, certains avaient pu choisir « la mauvaise voie » par le passé mais qu’ils étaient devenus des hommes de bien. Est-ce qu’une personne comme El Chapo, qui a commis autant de péchés, peut être pardonnée et obtenir sa place au paradis ? « Bien sûr, s’il veut se délivrer du Mal, il peut recevoir le pardon, m’a répondu Luis. Même s’il ne reçoit pas le pardon sur Terre, Dieu lui pardonnera. C’est le plus important. »

J’ai demandé à Carlos, un autre Ange, s’il avait peur d’éventuelles représailles en s’en prenant à des personnages publics aussi puissants. « Nous avons décidé de leur parler directement et nous sommes tout à fait conscients des risques que nous prenons. On s’est déjà fait passer à tabac par la police. Une fois, nous avons manifesté devant la prison municipale, et on nous a virés comme des malpropres. Nous avons peur, mais nous faisons confiance à Dieu. Il sait que nous faisons le bien. »