Une interview avec Dennis M. Hope, le propriétaire de la Lune

L’Américain Dennis M. Hope est propriétaire de la Lune, Mars, Vénus, Mercure et Io. Il vit de son business, la revente de parcelles, depuis 1995.

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16 Avril 2013, 12:30pm


Dennis M. Hope, le propriétaire de la Lune

S’approprier une planète est beaucoup plus simple qu’on le croit. Il suffit de jeter un coup d’œil à une carte du ciel, choisir la planète ou la lune que vous préférez, dire à tout le monde que vous en êtes propriétaire, et le tour est joué. C’est un peu comme dire à un gars dans un bar que sa pinte fraîchement servie vous appartient parce que vous le dites – en un peu moins dangereux parce que dans l’espace, il n’y a personne pour vous envoyer à l’hôpital.

L’Américain Dennis M. Hope l’a fait. Il est désormais grand propriétaire de la Lune, Mars, Vénus, Mercure et Io (un des satellites de Jupiter). En fait, Dennis était fauché quand il a commencé à collectionner les planètes. Il a trouvé le moyen de gagner de l’argent avec son nouveau hobby : revendiquer la propriété juridique auprès des Nations Unies, subdiviser ses terres extraterrestres et les revendre par parcelles. C’est le meilleur business model dont j’aie jamais entendu parler (à part l’indétrônable système de Ponzi). D’ailleurs, Dennis vit des revenus de son business céleste depuis 1995.

Pour son anniversaire, cette année, mon père a eu droit à un fragment de Lune provenant de la compagnie de Dennis, Moon Estates. Ça m’a fait penser à toutes ces fois où j’ai entendu parler de cadeaux similaires et où je me suis dit : C’est débile, comment on peut posséder la Lune ? J’ai appelé Dennis pour étouffer mon cynisme.


L’acte de propriété lunaire du père de l’auteur

VICE : Comment avez-vous fini par posséder et vendre des parcelles de la Lune ?
Dennis M. Hope :
J’ai commencé en 1980, j’étais en plein divorce et à court d’argent. J’ai pensé que je pourrais peut-être me refaire en achetant des biens immobiliers. Puis j’ai regardé par la fenêtre, j’ai vu la Lune et je me suis dit : « Mais, en voilà une tonne de biens immobiliers ! » Alors je suis allé à la bibliothèque, j’ai examiné le Traité de l’espace datant de 1967 et en effet, l’Article 2 stipulait : « L'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, ne peut faire l'objet d'appropriation nationale par proclamation de souveraineté, ni par voie d'utilisation ou d'occupation, ni par aucun autre moyen. » Ce qui voulait dire qu’il s’agissait d’un terrain dont personne n’était propriétaire.

Mais comment avez-vous fait pour l’acquérir ?
J’ai tout simplement envoyé aux Nations Unies une lettre où je revendiquais les droits de propriété pour la Lune ainsi que les huit autres planètes et leurs lunes, accompagnée d’une note stipulant que mon intention était de subdiviser et de vendre les parcelles aux personnes qui le voudraient. Je leur ai dit que s’ils avaient un problème d’ordre juridique avec cela, il fallait qu’ils me le fassent savoir.

Ils vous ont répondu ?
Non, jamais. Honte à eux ! Aucun gouvernement de cette planète n’a jamais contesté ma revendication, un point c’est tout. Plein de gens m’ont dit que je n’avais pas le droit de faire ça, mais c’est juste une question d’opinion.

Combien de terrains avez-vous vendus jusqu’à maintenant ?
Eh bien, je n’ai que cette activité depuis 1995, quand j’ai commencé à faire ça à temps plein. Nous avons vendu 300 millions d’hectares sur la Lune, 160 millions sur Mars et 62 millions sur Vénus, Io et Mercure combinés.


Dennis avec sa carte de la Lune. Les zones en rouge sont celles qu’il a déjà vendues

Qui achète ces terrains ?
Tout le monde. Notre propriétaire le plus jeune est un nouveau-né allemand et le plus âgé a 97 ans. Des hommes politiques du monde entier sont propriétaires, dont trois anciens présidents des États-Unis : Jimmy Carter, Ronald Reagan et George W. Bush. Ils n’ont pas acheté les terrains eux-mêmes. Les assistants de Carter et de Reagan les leur ont achetés, et pour George W. Bush, c’était un de nos clients qui a voulu lui faire ce cadeau. Nous avons des clients dans 193 pays de cette planète et nous sommes plus connus que l’Union astronomique internationale.

Pour être franc, je ne savais même pas ce que c’était jusqu’à ce que je le google, à l’instant. Quelle taille fait une parcelle et combien coûte-t-elle ? C’est pas trop cher ?
La parcelle la plus petite que vous puissiez acheter fait un demi-hectare. La plus grande, la « taille continentale », fait 2,6 millions d’hectares et elle coûte 10 millions d’euros. Nous n’en avons pas encore vendu pour le moment, mais nous avons vendu beaucoup de parcelles de 900 ou de 1 000 hectares. Quelque 1 800 grandes sociétés dans le monde nous ont acheté des terrains avec un but précis, dont les chaînes d’hôtels Hilton et Marriott.

Donc les gens achètent des terrains avec l’intention d’en faire quelque chose ? Ou est-ce qu’il s’agit d’une fantaisie à la mode ?
Eh bien, si on examine la définition de fantaisie en tant qu’objet « unique, original et disponible en quantité limitée », ça nous correspond exactement. Ça ne me dérange pas que les gens appellent ça une fantaisie. En fait, notre histoire montre que 17 % des gens achètent le produit parce que c’est nouveau, comme un gadget. Mais nous savons également que 42 % des gens enregistrent leur acte de propriété sous le nom de leur entreprise, ce qui tend à démontrer qu’ils prennent ça au sérieux. Et, évidemment, nous avons aussi les grandes sociétés qui ont acheté un terrain dans un but spécifique.

Des entreprises ont déjà planifié des projets ?
Pas encore, vu que pour le moment, il n’existe aucun moyen efficace d’y aller et d’en revenir.


Un exemplaire de la Constitution lunaire et de la lettre que vous recevez lorsque vous achetez une parcelle de terrain sur la Lune

Ah, oui. Et comment comptez-vous protéger toutes ces terres ?
En 2001, j’ai eu 163 000 emails de clients qui me posaient la même question. Nous avons abouti à la conclusion qu’il nous fallait instaurer une République démocratique nationale du nom de « Gouvernement galactique ». Il nous a fallu trois ans pour en rédiger la constitution. Nous l’avons mise en ligne en mars 2004, lorsque nous avions 3,7 millions de propriétaires. 173,562 personnes ont participé à la ratification. Nous sommes donc désormais une nation souveraine complète avec une constitution en vigueur. Nous entretenons à l’heure actuelle des relations diplomatiques avec trente gouvernements de la planète, et nous essayons de nous faire reconnaître par le maximum d’États, parce que notre but est de rejoindre le Fonds monétaire international.

Pour de vrai ?
Ouais. Même si nous ne sommes pas basés sur Terre, notre gouvernement a sa propre monnaie. Nous sommes un des seuls gouvernements au monde à pouvoir entièrement garantir la monnaie émise, avec les réserves d’hélium-3 sur la surface de la Lune. Nous avons l’équivalent de 6 billiards d’euros en hélium pour le moment.

C’est dingue. Alors techniquement, si quelqu’un veut alunir ou faire quoi que ce soit sur la Lune, il a besoin de votre permission ?
Non, parce que dans le même traité où je revendique le droit de propriété de la Lune, un article stipule : « Toute nation de cette planète aura le droit d’exploration. » Alors ça ne nous dérangerait pas si un gouvernement venait pour explorer. Ce qui nous dérangerait, ce serait qu’ils construisent des installations permanentes sur les corps planétaires ; juridiquement, ils n’en ont pas le droit vu qu’ils ne sont pas propriétaires du terrain.

Si, dans un siècle, on avait la possibilité de construire sur la Lune, qu’est-ce qui se passerait ?
En 2008, le Gouvernement galactique a fait breveter le tout premier système qui fonctionne sans gravité. En substance, l’engin pourrait faire le trajet de la Terre à la Lune en 30 minutes. Tous nos problèmes pratiques devraient être résolus, selon nos prévisions, d’ici trois à cinq ans. Nous espérons ainsi être sur la surface de la Lune en 2020, et y construire la première ville.


Le drapeau du Gouvernement galactique

Wow. À quoi va ressembler la ville ?
Nous pensons qu’il s’agira d’une pyramide fermée à quatre côtés, avec une base de 3 km² et haute de 2,5 km². Le tout fera environ 20 milliards de m². Les deux premiers étages seront dédiés à l’agriculture et au bétail. L’agriculture aidera à renouveler l’oxygène du bâtiment, tout comme le feront les générateurs d’oxygène. Tout sera complètement sécurisé et tous les objets seront testés avant que quiconque ne s’y installe. Nous avons déjà constitué une équipe avec laquelle nous travaillons.

Et votre entreprise s’implantera là-bas ?
Eh bien, elle pourra abriter près de 70 000 personnes. Chaque gouvernement de cette planète pourra ainsi y être représenté et disposer d’un bureau. Il y aura des restaurants, des hôpitaux et des théâtres. Tout ce qu’on trouve dans les villes de cette planète se trouvera dans cette ville sur la Lune.

C’est ambitieux. Vous avez eu beaucoup d’opposants depuis que vous avez commencé à vendre la Lune ?
Il y a eu des réactions négatives, bien sûr, mais dans l’ensemble, les réactions sont largement positives. En trente-deux ans de métier, six personnes ont souhaité être remboursées. J’ai 6 011 000 clients en ce moment, ça montre qu’on a un fort taux de satisfaction. Après tout, si ces parcelles ne trouvaient pas preneur, mon entreprise n’existerait pas.

Vous avez raison sur ce point, Dennis. Merci !

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