À la rencontre des mecs qui veulent faire de la joute un sport olympique
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À la rencontre des mecs qui veulent faire de la joute un sport olympique

Je suis allé vérifier si ce sport médiéval méritait d'être inclus au programme.
22 août 2016, 5:00am

Oyez, Oyez ! Apportez vos morts ! Ma colonne vertébrale couverte de pustules fuit le long de ma jambe et dans mon pot de chambre ! Voici un extrait des choses que vous auriez pu entendre lors de cette douce période qu'on appelle Moyen Âge. Un temps où l'âge que j'ai maintenant, 23 ans, serait qualifié de « proche de la mort ». Un temps où les hommes étaient de vrais hommes qui n'hésitaient pas à marteler le crâne d'un poulet vivant pour en faire une fondue, jetant toute la bonne viande par simple ignorance. Un temps où vous deviez écrire votre propre Bible avec de l'encre à base de sang infecté par la peste, l'ongle noirci par une plume. C'était le bon vieux temps. Et c'est à cette époque que je suis remonté en me rendant dans le château historique de Carisbrooke, sur l'île de Wight.

Je suis ici pour assister à une compétition de joute équestre – discipline qui rassemble des chevaux, des lances, des armures et des casques. Un truc à la Game of Thrones que certaines personnes essaient actuellement d'élever au rang de discipline olympique, selon l'organisme English Heritage. Mais la joute a-t-elle les qualités requises pour intégrer le grand panthéon sportif, aux côtés du tennis de table et du lancer du marteau ? Ou est-elle vouée à tomber aux oubliettes, comme le shin-kicking ou le meurtre de chats ? C'est ce que je m'apprête à découvrir.

La chaleur était torride sur l'île de Wight, un « ghetto blanc et pauvre » gangrené par la « consanguinité », selon le président de l'Ofsted, David Hoare. Si je ne croise a priori pas d'individus incestueux sur les routes, je vois en revanche un grand nombre de personnes de race blanche – M. Hoare semble dire vrai, du moins de ce côté-là. Le château de Carisbrooke, où doit se tenir la grande joute, est situé dans le centre de l'île, près de Newport. C'est à cet endroit que Charles Ier fut emprisonné en 1647. Il tenta de s'enfuir du château en 1648, mais fut incapable de se faufiler à travers les barreaux de sa cellule. Ce fut aussi le lieu où résida la princesse Béatrice, plus jeune fille de la reine Victoria. Aujourd'hui, en revanche, Carisbrooke abrite une multitude de festivités médiévales, l'une d'entre elle étant les compétitions de joute.

Tout le monde était dans la peau d'un personnage dans le petit village médiéval. Une femme préparait notamment toutes sortes de mets répugnants. À côté d'elle se tenait un type surnommé « l'homme caca », chargé d'examiner les excréments des gens afin de déterminer ce qui clochait chez eux (bien que le diagnostic fût probablement le suivant : « une dysenterie extrême provoquée par le fait de manger des rats entiers et pas cuits »).

Je dis que tout le monde jouait un personnage, mais cette dame était extrêmement indifférente face à tout ce qui se passait autour d'elle. Elle surveillait les parties d'arbalète – pour une simple pièce d'or, il était possible de tirer sur un dessin de serf ou de bouffon. Il y avait des boîtes disposées en pyramide, situées sur une étagère en dessous des objectifs, à côté du crâne d'un animal. Je lui ai demandé si je pouvais tirer sur les boîtes. « Elles sont là pour ça », m'a-t-elle répondu sèchement. Elle me dégoûtait un peu. Mais peut-être était-elle, plus que quiconque, dans la peau de son personnage ? Après tout, une commerçante médiévale serait-elle heureuse d'être assise dans de la merde de porc toute la journée à regarder les gens cracher leur rôti de pigeons et vomir dans leurs chaussures ? Je sais que je ne le serais certainement pas.

Dominic Sewell, en photo ci-dessus, dirige une société appelée Historic Equitation. Il est jouteur. « Cela prend du temps de développer un passe-temps », me dit-il au sujet de ses débuts dans la joute. « Un soir, j'ai commencé à traîner avec des mecs cool lors d'un banquet médiéval, avec des épées et tout ça. Je me suis vite passionné pour les vrais [aspects] historiques. J'ai commencé à monter à cheval, mais il m'a fallu cinq ans pour apprendre à jouter. J'ai commencé à prendre les chevaux très au sérieux et j'ai changé de travail. J'ai bossé dans des écuries et des écoles d'équitation, afin d'être avec des chevaux en permanence. J'ai réussi à transformer ce passe-temps en entreprise, et nous organisons ces événements depuis cinq ans. C'est un rêve devenu réalité. »

Quant à la question d'en faire un sport olympique, il explique : « Ça va prendre beaucoup de temps, mais c'est une chose que nous prenons très au sérieux. Qui sait. Cela permettrait aux gens de décrocher de leurs jeux vidéo et d'améliorer leur condition physique. »

En effet. Ne serait-ce que de porter cette putain d'armure et grimper sur un destrier améliorerait la condition physique de n'importe qui. L'énorme casque qu'ils m'ont fait essayer a suffi à me faire perdre l'équilibre.

La lance est aussi casse-pieds. Impossible de la tenir plus de dix secondes sans que mes muscles ne commencent à trembler et frémir. Josh Davies, originaire du Minnesota, est l'armurier de l'équipe. Il lui faut six à huit mois pour créer une armure. Accessoirement, il a fabriqué ses lunettes lui-même.

Après une cérémonie bruyante au cours de laquelle les participants à la joute se mettent en place, des familles et des enfants criards arrivent pour assister à la joute. Beaucoup d'enfants parlent de Pokémon Go et supplient leur mère de leur prêter leur portable.

Les personnes âgées adorent l'Angleterre et l'histoire. Et il faut dire qu'en dehors des meurtres, des croisades et des colonies honteuses, l'histoire et la culture anglaises sont assez cool, si vous voulez mon avis. Il est bon de se connecter avec ses racines, qu'elles soient bonnes ou mauvaises.

Venons-en donc à la joute. Les commentateurs sirotaient leur Olde English tandis que les battants faisaient rage les uns sur les autres à cheval. Il devait y avoir huit passes par trois paires de deux chevaliers. J'étais prêt pour le carnage.

Mais la joute n'est pas vraiment à propos de ça, malheureusement. Il y a toutes sortes de règles. Des juges, des officiels et des systèmes de points. Il ne suffit pas de frapper l'autre mec. En fait, il ne s'agit pas de ça du tout. Il s'agit de casser votre lance sur la tête de l'autre mec, en ne le touchant même pas la moitié du temps.

La joute devrait-elle être un sport olympique ? Vous savez quoi, sûrement, ouais. C'est une discipline assez chiante pour figurer aux JO, en tout cas. Si on échange la fanfare historique contre un quelconque commentateur de la BBC, la joute conviendra parfaitement. Il faudrait qu'elle soit modernisée, mais elle perdrait tout son charme. Peut-être que débarrasser la joute de sa dimension historique et de son jeu de rôle jovial est un trop grand sacrifice à faire. Et avec l'arrivée du skate et de l'escalade étant, qui a besoin des Jeux olympiques de toute façon ? Sûrement pas le Roi Arthur.

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