Guillaume Henry

Vous vous souvenez de Carven ? Cette grande maison née dans les années quarante qui s'était spécialisée dans les grandes robes dégoulinantes et les produits dérivés embarrassants ? Des slips pour hommes chez Mistigriff, huh ?

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avr. 14 2011, 12:00am



Vous vous souvenez de Carven ? Cette grande maison née dans les années quarante qui s’était spécialisée dans les grandes robes dégoulinantes et les produits dérivés embarrassants ? Des slips pour hommes chez Mistigriff, huh ? Ça commençait ­sérieusement à sentir le sapin. Cependant, en moins de deux ans, Guillaume Henry a su faire repartir la vieille enseigne, en la recentrant sur une ligne de prêt-à-porter et en faisant des robes que toutes les filles veulent s’acheter pour ensuite les porter et plaire aux hommes dedans, et puis éventuellement les enlever. Des robes aux volumes jolis qui s’épanouissent en corolle, laissent voir une épaule, une hanche et transmettent des valeurs quasi désuètes comme la courtoisie dont il s’agit de faire preuve quand on engage une conversation à l’heure du thé dans une ancienne maison de mode sise au 18, rue Royale.

Vice : J’ai lu quelque part, dans Le Journal de la Haute-Marne
Guillaume Henry :
Ouh, investigation !

On peut se tutoyer pendant l’interview ?
Oui, bien sûr.

Que tu étais le fils du maire de Humes-Jorquenay.
Oui, deux villages, Humes et Jorquenay.

Apparemment il y avait autour de six cents habitants dans les années quatre-vingt-dix. C’était comment ?
C’était… Ah, c’est la première fois que je me pose la question… C’était super, hyper famille, avec quinze cousins et cousines, des réveillons du Nouvel An à quarante. Humes c’était un petit village, on avait l’impression de connaître tout le monde.

C’était pas oppressant ?
Pas du tout. Comment ça peut être oppressant quand, une fois les portes de la maison ouvertes, tu as des champs, des forêts, des lacs, des rivières ? Je passais mon temps dehors à patauger, à faire des trous, des cabanes. Là, je vais y recharger mes batteries, post-fashion week.

C’est un bon antidote ?
Un antidote ça voudrait dire qu’il y a une maladie. Non, c’est une ressource. Parce que la mode me prend beaucoup de temps et qu’une fois là-bas, je me consacre entièrement à ma famille et puis à moi-même. On ne parle pas de mode, on parle plutôt de comment va madame Fortin. Dans ma famille, personne ne flirte avec le milieu de la mode. J’ai des soucis, mes parents et mes frères aussi. On les partage. Et en fait on se rend compte qu’on a les mêmes, d’argent, d’horaires, d’affects. On se ressemble en tout. Ça me fait vraiment du bien d’aller là-bas : ils ne vendent pas les magazines que je lis habituellement, et mon portable ne capte pas.

Quand est-ce que tu t’es mis à t’intéresser à la mode ?
Très tôt. Vraiment. J’ai habillé mon chat, j’ai essayé d’habiller ma mère – elle était moins docile que mon chat. J’ai toujours voulu, je crois. J’ai commencé par dessiner des ­bateaux en feu, comme tous les petits garçons. Et du jour au lendemain, c’était des vitrines de l’avenue Montaigne. À 9 ans, je me rappelle avoir dit en classe que je voulais être styliste, dessiner des vêtements.

C’était quoi le déclic ? Un intérêt pour la femme ?
Ah non, parce que ça a toujours été le produit, sans vouloir vexer la gent féminine. C’était essentiellement les tissus, les couleurs, les associations, les volumes – ça m’a toujours semblé très global le milieu de la mode. À la fois ethnologique, sociologique, culturel, esthétique. Je trouve que c’est un univers rempli. Je ne lui attribue pas une trop grande valeur, on ne sauve pas des vies, hein. Mais faire un vêtement, c’est penser à quelqu’un, dans un pays, qui vit d’une certaine façon. Quand j’étais petit, je voulais être dans le milieu de la mode, ou archéologue, ou psy, et finalement, styliste c’est pas mal parce que c’est un peu tout ça aussi. De quoi les femmes peuvent avoir envie, de quoi elles n’auront plus envie, comment les surprendre sans les violenter, comment associer goût et confort. J’aime bien poser toutes ces questions. J’ai un rapport mathématique à la mode.

Comment ça « mathématique » ?
Eh bien…

C’est une équation ?
Mon credo c’est : « Pas de problème, que des solutions. Quelle est la solution au problème qu’il ne faut pas se poser parce qu’on n’a pas le temps ? » J’aime bien réfléchir à comment faire quelque chose de différent qui reprenne quelque chose que les gens ont apprécié – à un certain prix. Donc mathématiquement, travailler en amont avec des fournisseurs, des fabricants.

T’as fait les Beaux-Arts et ensuite Duperré ?
Parce que j’ai échoué à Duperré la première fois. Donc une année aux Beaux-Arts où j’ai appris les volumes, les couleurs, les associations, les non-mélanges, les concepts. Et puis trois années magnifiques à Duperré avec des profs formidables, dont Pierre Hardy.

Comment tu es rentré à Givenchy ?
J’étais stagiaire : le premier arrivé, le dernier parti tous les jours. J’observais tout ce qui se passait et j’essayais de faire les meilleures photocopies du monde. Et un jour il y a eu un poste qui se libérait au studio pour être l’assistant de l’assistant du styliste. J’étais là au bon moment. C’est une marque que j’aime infiniment, Givenchy, donc je me suis vraiment beaucoup investi à travailler avec Julien Mac­donald. Et puis quand il est parti, avec Riccardo, que j’ai assisté en direct sur son premier prêt-à-porter. Et puis c’est moi qui suis parti.

Qu’est-ce que tu as retiré de cette expérience ?
Qu’avant de surprendre les autres il fallait se surprendre soi, se renouveler. Ça ne veut pas dire faire une saison de rose après avoir fait une saison de noir. Ça veut dire transformer le noir en quelque chose de nouveau.

Pourquoi es-tu passé de Givenchy à Paule Ka ?
Parce que ce sont deux marques avec une aura qui me parle beaucoup.

Tu vois, moi, je suis plus sensible à l’aura Givenchy. Paule Ka je l’associe à…
À ?

À Ségolène Royal, en fait.
Oui, mais j’étais là avant Ségolène. Ségolène Royal est une cliente mais Paule Ka n’est pas pour autant le ­vestiaire de Ségolène Royal. Moi, je n’ai rien contre Ségolène Royal. C’est plus intelligent de la part d’une marque de respecter toutes ses clientes confondues que de faire de l’élitisme un peu vulgaire. Chez Paule Ka, j’ai appris qu’un vêtement c’était aussi le prix d’un tissu. Et puis on travaillait au-dessus de la boutique donc on avait les ­retours en direct. Parfois, je me battais pour des robes. On en vendait deux… Comment trouver une solution pour que cette jolie robe se vende plus ? Il ne s’agit pas de la travestir, il s’agit de lui donner l’émotion suffisante pour que les femmes accrochent. Faut pas la trafiquer. Givenchy et Paule Ka, ce sont deux expériences magnifiques parce que très sincères. Et il n’y a que cela qui me touche. Le bruit, le faux, l’artifice, ça me laisse vraiment… je sais pas… inerte.

C’est marrant parce qu’en ce moment t’es quand même au centre d’un bruit.
Je me retrouve comme étant la voix de Carven mais j’espère qu’à travers les échanges que j’ai avec les médias, c’est de Carven dont on parle. C’est formidable pour l’ego d’avoir son visage dans les magazines mais ce qui doit durer, c’est la marque, fondamentalement.

Comment tu as été recruté ?
Trois ans de Paule Ka, et un jour j’ai reçu sur mon portable un message de quelqu’un que j’aime beaucoup et qui est à la fois un exemple, un conseiller et un ami, Jean-Jacques ­Picard. On communique beaucoup par textos interposés. Il me demandait ce que je pensais de Carven. J’ai répondu : « Super, génial, que des robes, plus de couture. » Et il a montré mon texto aux dirigeants.

Qu’est-ce qu’il fait, lui, en fait ?
C’est un…

Un consultant ?
Il est consultant, oui. Mais « consultant » ça ne veut rien dire, c’est comme « coach ». C’est quelqu’un qui a un rapport instinctif aux gens. Il est souvent amené à donner son avis.

« Que des robes, plus de couture », c’était un véritable ­programme ?
Oui, mais parce qu’on échange beaucoup. Comme quand on vous demande votre avis sur un film. Vous allez dire : « Alors l’actrice est géniale mais la lumière est super moche. » Il s’avère que ce texto a donné lieu à un ­rendez-vous avec les dirigeants de Carven, ceux qui avaient repris le label. Ils voulaient savoir ce que j’envisageais. Je leur ai dit que personne n’attendait Carven.

On a peu de souvenirs de la marque.
Surtout les gens de notre génération. Les femmes de 70 ans ou de 80 ans en ont beaucoup plus. C’était drôle parce que quand je suis arrivé, la première semaine, il y avait encore des petites dames qui sonnaient à la porte pour avoir leur parfum Ma Griffe.

C’est mignon.
Trop mignon. Ça arrive encore. Et en fait je leur ai dit : « Voilà, il me semble que personne n’attend le renouveau de Carven. Il ne me semble même pas que quiconque attende quelque nouvelle proposition dans la mode, parce que le marché est saturé. Et peut-être que si Carven doit revenir, c’est par la porte centrale, la porte du milieu, à savoir un produit créatif, mais abordable. »

Mais si l’on remonte aux débuts de Carven, dans les années quarante et cinquante, ce désir de s’adresser à toutes les femmes était déjà présent.
Madame Carven visait surtout les petites femmes. Et s’habiller elle. Il y a un truc que j’aime bien dans la philosophie de Carven – c’est drôle que ça vienne de ma bouche –, c’est que c’était une femme qui habillait les femmes. Bon je ne suis pas une nana, évidemment, mais je suis entouré de filles qui sont un peu mes tutrices. C’est-à-dire que je le vois dans la seconde, ici, si une robe ne plaît pas. C’est quand Kety, avec qui je travaille, ne s’envisage pas dans le vêtement. Madame Carven voulait de la couture mais elle ne voulait pas de la couture de maman. C’était une fille d’une trentaine d’années qui avait envie de sortir, de courir, de faire du tennis sans être en crinoline de satin dès midi. Donc elle utilisait des matières plus pauvres, mais toujours avec élégance et un petit quelque chose de parisien. Quand on a réfléchi à ce que devait redevenir Carven, on s’est dit : oublions les archives, plus personne ne s’habillerait comme ça aujourd’hui. En revanche, qu’est-ce que cette fille qu’elle était à l’époque est devenue aujourd’hui ? Madame Carven habillait les it girls du moment, Anne-Aymone Giscard d’Estaing, Line Renaud, les filles qu’on voyait dans les magazines.

Elle avait des idées marketing marrantes.
Elle faisait des défilés pirates au beau milieu de séances de cinéma. Elle parachutait des échantillons au-dessus de ­Paris… C’était une femme moderne.




Bon, après, ce qui s’est passé, c’est qu’il y a quand même eu un moment de, comment dire, d’« essoufflement créatif ».
Et de dispersion, surtout. Je pense que les licences, même si elles font du bien à pas mal de maisons, peuvent aussi endommager leur image. Quand je suis arrivé ici, il n’y avait que des produits improbables ; des tire-bouchons, des slips kangourou, des pin’s. Ça ne fait pas très couture.

C’étaient des licences qui avaient été vendues à des gens ?
Oui. C’est parce qu’il n’y avait pas Internet, les gens ne voyageaient pas autant, donc peut-être qu’à l’époque on se disait : « Ça ne va pas faire de mal parce que c’est loin. » Ce n’est pas une marque qui a vieilli, c’est une marque qui a été abîmée. Il y a même des gens qui la résument à ce qu’ils en retiennent ; les cendriers, les stylos à plume…

Mais, dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, il y a eu la couture.
Jusqu’à il y a deux ans. Le problème c’est que l’univers de la couture s’essouffle parce qu’il existe des produits d’exception aussi dans le prêt-à-porter. Ça ne parlait plus aux filles comme toi. Il y a des maisons comme Dior ou Givenchy qui font de la couture extraordinaire et c’est normal que ça existe toujours parce que ça vous emmène jusqu’au parfum. Ce produit-là, vous n’allez pas vous l’offrir mais vous avez envie de goûter à la marque.

Un mirage qui fait rêver, et puis son application commerciale.
Mais c’est respectable à mort, ça. Chez Carven il n’y avait plus que la couture.

Qui se regardait disparaître. De longues robes vertes…
Exactement. La clientèle a vieilli en même temps que la marque.

C’est très touchant en même temps, cette marque de vieilles.
Oui. Cette dame qui vient sonner à la porte, il faut l’accueillir à bras ouverts parce qu’elle, elle sait ce qu’est la marque.

Le parfum Ma Griffe, ça existe toujours ?
Ça reviendra sous d’autres formes. Le parfum est magique, le nom est sublime, le packaging est à tomber. Il ne faut pas faire les choses précipitamment.

La femme pour qui tu dessines ressemble un peu à une étudiante.
C’est vrai. Mais une fois l’image passée, on peut habiller beaucoup de femmes. Une fois une copine m’a appelé – elle a 30 ans – en me disant : « Je suis sur le stand du Bon Marché. J’achète une veste Carven et il y a une dame de 60 ans qui achète la même. » La fille qu’on montre en lookbook, en présentation, c’est la fille qu’on a imaginée pendant six mois mais ce n’est pas nécessairement la fille qu’on veut habiller – en fait, je ne suis même pas sûr qu’elle existe.

Probablement pas. Les mannequins sont quand même moins jolies que ce qu’on les fait être.
Ouais. Mais surtout, j’aimerais bien que les gens s’approprient le truc.

Tu ramènes aussi des détails vraiment anciens.
Oui. Elle n’aura pas un string papillon notre fille, elle va plutôt avoir une bonne Sloggi. On ne veut pas être sexy, on veut être charmant.

Il y a un côté grand-mère.
C’est ce qui m’intéresse. Les petits cols, la fraise, la chaussure quasi orthopédique. Ce qui m’intéresse, peut-être que c’est aussi Humes en Haute-Marne ; c’est la normalité. Ça va être une femme qui aura décidé de mettre un imprimé à fleurs avec une jupe à carreaux. Et elle trouve ça tout à fait normal. C’est une mamie avec des cheveux lavande.

Les vieilles.
L’uniforme des lycées privés va aussi me toucher. Les ados des années quatre-vingt-dix, ça me parle vachement. C’est des filles que je connaissais au lycée, avec les chaussettes mi-bas, le kilt à carreaux et la coque laquée. C’est vraiment ce que je connais. Je ne lisais pas les magazines de mode mais j’adorais la mode, donc mes référents mode c’était mes copines, leurs bodys…

C’était cool les bodys !
Les Buffalo, aussi.

J’avais lu que la rue t’inspirait ; je me demandais ce que ça pouvait bien vouloir dire.
J’adore les gens qui font des efforts et qui sont à côté de la plaque. Les filles qui ne remarquent pas que leur collant est filé. Un monsieur qui va à la banque le matin avec le pantalon dans la chaussette.

T’adores les erreurs.
On a été contents des filles avec qui on a travaillé pour le défilé parce qu’elles étaient franchement splendides mais pas lisses – aussi jolies que la plus jolie fille du village ou la fille du lycée qu’on n’aime pas mais dont on veut être la copine.

Je vois. Tu penses qu’une femme bien habillée, c’est une femme qui a de l’argent ?
L’argent n’achète pas le goût. Je suis surpris par l’élégance de gens qui n’ont pas de moyens. Je ne suis pas un admirateur de la misère, ça me choque, ça me met mal à l’aise, mais je suis surpris par la beauté des gens qui prennent soin d’un manteau parce qu’ils n’ont que celui-là. J’aime aussi beaucoup la coquetterie, une grand-mère très ridée qui va se mettre du rouge aux joues. C’est pour ça que j’ai du mal avec la déglingue. J’aime pas la provocation gratuite, la sexualité évidente.

Tu es plutôt pour une « sexualité suggérée ».
Une fille à moitié nue, le travail est fait. C’est sans intérêt. J’aime les nuques, l’intérieur des coudes, les choses auxquelles on ne prête pas vraiment attention, les « attaches » – j’adore ce mot. Parfois c’est un beau sourire avec une dent un peu cassée. Par contre le sourire Ultrabrite, la terracotta avec les pommettes derrière les joues… il n’y a tellement plus aucune nature, aucune vérité, que ça me laisse coi.

T’as déjà été séduit par des filles mal habillées ?
« Mal habillées », c’est très subjectif. Moi ce qui me plaît plus c’est les gens convaincus d’être bien habillés, des filles qui te remettent le col comme ça, qui te disent « t’es mal fagoté » et puis à côté de ça leur blouse est transparente, elles ne s’en rendent pas compte, on voit la bretelle de leur gros soutien-gorge et ça, c’est touchant. Toutes ces petites erreurs.

Est-ce que tu fais ce que tu veux chez Carven ?
Non, parce que mon tuteur c’est Carven, je ne fais pas du Guillaume Henry. Cela dit les propriétaires de la marque ont découvert la première collection en même temps que les acheteurs. Carven aurait très bien pu devenir une ligne de tee-shirts avec des Tour Eiffel pailletées. Mais ils voulaient un truc authentique. Ils m’ont laissé libre. J’ai beaucoup de respect pour eux et pour la maison. Il ne faut pas la salir. Je me restreins, parfois.

J’ai l’impression que tu travailles beaucoup en redisposant des volumes sur les corps, de façon architecturale.
C’est pas loin de ça. C’est assez joli que tu l’aies vu comme ça. Oui, on fait des vêtements et on passe beaucoup de temps dessus mais pour leur donner du charme ou de l’émotion, on va dans des volumes qui évoquent un peu la gaucherie, une sorte de maladresse contrôlée.

C’est pour ça que les pulls raccourcissent.
Les pulls sont un peu trop courts parce que c’est celui qu’on porte depuis longtemps et qui a été lavé mille fois. Les vestes, pareil. Mon livre de chevet – je dois l’avoir sur mon bureau –, voilà regarde, c’est Instituteurs, les tenues d’école des années cinquante.

Fonelle dit que les proportions de tes vêtements racontent un truc sympa sur la femme alors que beaucoup de marques racontent un truc violent.
Il y a des choses sur lesquelles je ne m’attarde pas parce que je crois que ça contourne l’identité des gens, par exemple mettre en valeur une poitrine. Je n’y songe pas, parce qu’on s’en fout, ce qui compte c’est de mettre en valeur la beauté des gens. Une femme ne se résume pas à sa paire de seins. Et puis je préfère une poitrine cachée, même si elle est généreuse, parce que ça laisse trois petits points.

Tu fais des vêtements informés par le désir ?
Il y a une forme de ça, oui. Quand on est en essayage, j’ai plein d’outils. C’est comme ça qu’on a fait des cols Claudine. Par exemple, il y a des robes… tout à coup en essayage, la fille était outrageusement sexy et je me suis dit : « Il faut cacher ça. » On ne va pas mettre un manteau parce que ça annule la robe. Mais comment trouver un accessoire qui ­timidise tout ça ? Puis on a collé ce col Claudine et d’un coup, il y avait un paradoxe. Et les chaussures qu’on a faites, même si c’est un bloc, je les trouve très sexuelles. Pour moi la séduction passe par des choses banales, pas ­forcément par le vice.
 
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