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Vice Blog

LA FÊTE SELON LES NA NACH

26.4.11

Les Na Nach ressemblent beaucoup aux juifs orthodoxes que tout le monde connaît, sauf qu'ils ont une drôle de façon de glorifier Dieu. Entraînés par les rythmes frénétiques de la techno, ils dansent sur le toit de leur caisse, peignent leur mantra sur les murs, et conduisent des bus entiers de joyeux fêtards partout dans la ville, juste pour répandre la joie. On les rencontre surtout en Israël, mais il existe aussi quelques communautés en Ukraine et dans certains coins de Brooklyn. Vous en conviendrez, ils ressemblent à des hippies défoncés. Pourtant, quand ils ne sont pas en train de danser et de frapper sur des djembés, ils sont extrêmement religieux et même, sérieux.

L'origine de cette secte provient d'une « fameuse » lettre écrite par Nachman de Breslov, un rabbin ukrainien mort au début du XIXe siècle. Une centaine d'années plus tard, vers les années 1920, Rabbi Ber Odesser reçoit la lettre, envoyée depuis les hauteurs du Paradis. Dans celle-ci, Rabbi Nachman aurait soi-disant expliqué à Rabbi Ber Odesser comment rendre les gens heureux et les garder en bonne santé. C'est assez bien résumé dans le mantra suivant : « Na Nach Nachma Nachman Meuman. »

Selon Rabbi Nachman, le Messie arrivera lorsqu'un maximum de gens connaîtront ce mantra, et que chacun possèdera un exemplaire des enseignements Na Nachs dans sa bibliothèque. Pardon d'être aussi direct, mais le Judaïsme repose sur l'attente du retour du messie à Jérusalem. Les Na Nachs ont tout intérêt à faire un maximum de bruit pour faire passer leur message.

Faire la teuf sur le toit des fourgons, hurler sur les badauds à l'aide de porte-voix, vandaliser la terre promise… On pourrait croire qu'ils font ça juste pour s'amuser et foutre le bordel. Mais les Na Nach suivent simplement les conseils de Rabbi Nachman.

J'ai récemment eu la chance de suivre trois Na Nach pendant toute une journée. On est partis du centre de Tel Aviv jusqu'au marché du Carmel, le plus gros piège à touristes de la ville. Une fois garés, mes amis ont sauté du van et se sont mis à danser sur place pendant une bonne dizaine de minutes. Les habitants et les touristes se sont rassemblés autour d'eux pour les mater. Après s'être délesté d'une quinzaine de litres d'eau, les Na Nach ont créé une sorte de librairie improvisée en disposant des piles de bouquins religieux sur une table pliante.

Là, un van contenant quatre autres Na Nach en train d'écouter de la techno hardcore s'est arrêté. Ils sont sortis du van et ont commencé à jouer du shofar (un instrument fait en corne de taureau, utilisé dans la tradition juive pour les cérémonies religieuses) aussi fort qu'ils le pouvaient. Évidemment, ils dansaient aussi, et l'enthousiasme de ces nouveaux convives a provoqué une scène d'embarras général au sein de l'assemblée. Ces gens savent faire la fête. Après un petit moment, les deux groupes se sont séparés et j'ai été réellement triste de les voir partir.

On a entendu dire que d'autres Na Nach devaient s'incruster à une Bar Mitzvah pas très loin, du coup on est parti au nord de l'Ayalon pour participer à la célébration du jour le plus attendu de la vie d'un jeune garçon juif. On n'était pas vraiment invité à cette Bar Mitzvah un peu spéciale, mais la présence des maîtres Na Nach est toujours considéré comme un honneur. C'est hyper cool d'avoir des Na Nach à un mariage ou à une Bar Mitzvah. On les voit comme un bon présage lors de ces occasions, et les Israéliens sont prêts à payer de grosses sommes d'argent pour s'assurer de leur présence.

On est arrivé tôt, du coup on a décidé de se chauffer un peu sur le parking. Mes potes buvaient de l'Arak pur, une liqueur israélienne qui contient 63% d'alcool.

Les personnes les plus riches (et invitées) sont entrées à la Bar Mitzvah, et les Na Nach en ont profité pour rester dehors, histoire de jouer du Shofar et de danser sur de la transe-goa.

On nous a par la suite invités à l'intérieur, où tout le monde avait l'air relax. Les Na Nach ont porté le garçon sur leurs épaules et lui ont fait faire le tour de la salle comme si c'était un roi en modèle réduit.

Et c'est sans surprise que les Na Nach ont continué à assurer l'ambiance durant tout le reste de la nuit.

ZACHARY BENNETT