La nourriture en barquette des supermarchés français

Une étude des plats précuisinés et légumes prêts à manger destinés à la grande consommation.

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04 juin 2015, 5:00am

Toutes les photos sont de Fabien de Chavanes et extraites de sa série « Post-archéologie ».

Ce que j'ai essayé de faire avec cette série, c'était de réaliser un portrait en creux de la société française contemporaine par l'entremise de sa nourriture industrielle. La série inclut tous type de plats préparés, mais aussi des légumes en barquette ou en sachets déjà cuisinés, nettoyés et prêts à l'emploi. Les produits que j'ai choisis sont ceux qui peuvent nous accompagner tout au long des différents repas d'une journée type, depuis le petit-déjeuner jusqu'au dîner, en passant par les « plats de fêtes » et la nourriture dédiée aux animaux domestiques.

La nourriture, laquelle est supposée ramener l'humain à la terre, aux instincts, aux éléments, aux odeurs, à la nature, aux plaisirs, à la mémoire ou à la culture, trouve ici une autre place : on la retrouve en boîte et emballée, comme à peu près tout ce qui nous entoure. La société cherche à nous donner à voir plus qu'à goûter.

Par le ventre, c'est-à-dire par l'instinct primitif, je m'interroge sur la place de l'homme dans la modernité. La question de l'image, de sa place dans notre société et les liens que l'on entretient avec elle est également très importante dans ce travail. Par ailleurs, ces produits font état d'une société de surabondance, de gaspillage, prête à s'ensevelir sous ses propres déchets.

Aussi, je ne consomme que rarement ce type de produits. Ma préoccupation vis-à-vis d'eux concerne ce qu'ils « veulent dire » de nous – et pourquoi nous en sommes arrivés à les consommer. Pour autant, j'en ai mangé certains, et d'après mes souvenirs, leur goût était aussi étudié que leurs différents packagings. C'est-à-dire, assez sommaire.

Au-delà de la question de la pub alimentaire la série pose la question de la place de l'image dans notre société. La nourriture est ici surtout un prétexte visant à révéler quelque chose de nous. Le packaging fonctionne un peu comme une poupée russe : il laisse présager la découverte de quelque « trésor ». De fait, sans doute coûte-t-il plus cher à produire que le produit qu'il contient. Tout dans celui-ci est étudié et travaillé pour répondre à nos désirs – ou « besoins », selon la terminologie des communicants et autres consultants en marketing.

Quoiqu'elle soit très pessimiste, on peut considérer qu'il y a de l'humour dans cette série. Le traitement photographique archéologique joue la dérision, en traitant ces produits en barquettes comme autant de vestiges d'une civilisation disparue. Il est évident que ces produits jouent des codes : finalement, la réalité n'a plus vraiment d'importance. Personne ne croit à ce qu'annoncent ces packagings, mais tout le monde se laisse porter par les représentations et les stimuli visuels.

J'ai essayé de travailler la question du goût en général, mais également de tous les autres sens que l'on a tendance à atrophier dans nos sociétés contemporaines. Le goût, au même titre que tout le reste, s'uniformise et se standardise. Tout est plus ou moins sacrifié sur l'autel de l'efficience.

Allez voir le site de Fabien.

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